Luna Beretta & Artikel Unbekannt – Dimension Violences

02 Jan 19 Luna Beretta & Artikel Unbekannt – Dimension Violences

Lancé en septembre 2016 par Luna Beretta, le fanzine Violences s’intéresse à la violence sous toutes ses formes. Proposant un best of des textes courts écrits pour cette revue qui fait le pont entre les courants underground et les mauvais genres, le présent recueil pioche dans les six premiers numéros et offre un panorama enthousiasmant de plumes inspirées, allant fouiller dans les aspects les plus sombres de la société et de l’âme humaine.

Chaque contributeur bénéficie ainsi d’environ trois textes pour former un total de soixante. Le lecteur pourra en extraire des thématiques fortes : les humiliations de l’éducation et de la société, les figures maternelles néfastes, les pensées suicidaires, les vices sexuels et déviances en tous genres, le meurtre, les maltraitances humaines et animales, le spleen et la colère. On rencontre ici des tueurs en série aux trophées macabres (« Chasse gardée » de David Coulon, « Richard C » de Zaroff), des histoires de fesses qui se passent mal (« Cold Cell » de Christophe Siébert, « En vie » de Luna Beretta), des prostitué(e)s malgré eux (« Moins mal » de François Fournet, « Exemple d’utilisation des forces productives dans une économie mondialisée » de Christophe Siébert) mais aussi des invasions de mollusques difformes (« Mange » de Claire Von Corda) ou des patients sur lesquels on greffe des animaux vivants (« Xenogreffe » de Luna Beretta).

Derrière ces collégiens tourmentés (« Les Chiens » de Jacques Cauda), ces junkies métaphysiques (« Le Sacre du printemps » de Steve Martins) ou ces adolescentes soumises et violées (« Lily » de Catherine Robert), c’est le portrait calamiteux de la société contemporaine qui se profile, un monde où l’homme est un loup pour l’homme, broyé par le capital (« Avez-vous travaillé? » de Mathias Richard, « Ataraxia » de Noban), par le patronat (« Pierre, papier, ciseaux » de Sarah Buschmann), par le système éducatif et parental (« L’Ombilic » de Henri Clerc, « La Trique » de Zaroff) ou par les institutions de santé (« Chambre d’isolement » de Pascal Dandois). Mais si le tableau n’est peu réjouissant, les différentes plumes y ajoutent beaucoup de poésie et un certain lyrisme (Mathias Richard), parfois même une grosse dose d’humour noir (le réjouissant « Ordonne toi » de Jacques Cauda, en pleine forme subversive ici, et le tout aussi déviant « Barbie Mutilation » de Raphaël Eymery).

Certaines narrations à la première personne piochent dans le courant de conscience ou le style épistolaire (« Terminé » de Christophe Siébert, « Lettre d’à Dieu » de Pascal Dandois), d’autres se replongent dans l’Histoire (« Théâtre de sang » de Sébastien Gayraud), d’autres encore mêlent psychodrame et récit de terreur (« Dégueulassée » d’Astrid Toulon, « Hors du noir » de Sarah Buschmann, « Bête féroce » de Luna Beretta). Intime ou collective, la brutalité se décline de diverses façons mais ce volume témoigne surtout d’une nouvelle manière de raconter l’horreur. C’est peut-être même l’avenir du genre que l’on tient entre les mains, et c’est pourquoi Dimension Violences est une lecture particulièrement jouissive. Un condensé d’auteurs que l’on a envie de suivre ou de découvrir mieux. Alors oui, on s’en prend plein la gueule et ça secoue pas mal les tripes, mais on en redemande.

http://www.riviereblanche.com/

Note : 80%

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