Festival This is not a Lovesong – Deuxième édition – 29-31 mai 2014

06 Juin 14 Festival This is not a Lovesong – Deuxième édition – 29-31 mai 2014

En seulement deux éditions, le festival This is not a Love Song s’impose déjà comme un des rendez-vous incontournables pour les amateurs de musiques alternatives. En effet, on manquait dans le Sud d’un bon festival, riche, diversifié, ouvert à tous les courants des musiques indépendantes : pop, electro, post-punk, hip-hop, folk, shoegaze, rock psyché, garage, expérimental, etc. On se prend même à espérer que le TINALS, comme l’appelle déjà les habitués, devienne un peu l’équivalent de ce qu’avait été le festival IDEAL à Nantes dans les années 2000. Complet tous les soirs, le rendez-vous, qui se situe dans les jardins et à l’intérieur de la Scène des Musiques Actuelles de Nîmes, reste à taille humaine. On respire, on se balade, on ne fait pas la queue aux toilettes et on circule assez librement, si ce n’est pour la petite salle où il était parfois difficile de pénétrer en raison d’une entrée très étroite. En revanche, le système des tickets boissons est encore à revoir, car attendre une heure en plein soleil pour pouvoir se rafraîchir, ce n’était peut-être pas une bonne idée. D’ailleurs, dès le second jour, cette erreur serait réparée avec un stand de distribution installé à l’emplacement du vestiaire intérieur. Ouf ! Il faut dire que le soleil a tapé violemment durant ce weekend de la fin mai et les endroits à l’ombre étant pris d’assaut, les risques d’insolation sont élevés, et les coups de soleil aussi (je n’y ai pas échappé, sans parler des moustiques le soir, préparez la citronnelle !). Autre chose d’importance à améliorer : les stands de nourriture sont peu nombreux, peu copieux, très convoités et souvent en rupture de stocks en raison de la masse de gens. J’ai d’ailleurs failli tourner de l’œil le premier soir tellement j’étais affamé. N’hésitez pas à vous prendre une boîte de biscuits et un petit en-cas, cela pourrait être fort utile. Il est d’ailleurs permis d’apporter son propre vin et son pique-nique pour les concerts gratuits de l’après-midi. Il est également à signaler que la bière est très bonne dans le lieu (ce qui est assez rarement le cas dans les salles de concert) et que le patio intérieur est un endroit fort agréable, ombragé (cela a son importance pour les vieux corbeaux que nous sommes), où on pouvait entendre en direct (mais difficilement) les interviews radio avec certains des artistes invités par le festival.

Tinals

Qu’en était-il de cette programmation ? Les festivités ont donc commencé le jeudi 29 juin, brassant des genres assez variés. On retiendra ici les concerts qui nous ont le plus marqué. Il faut dire que le premier après-midi n’était pas très enthousiasmant : Speedy Ortiz, Filthy Boy et Temples jouent bien mais leur musique, très immature et sous influences, manque cruellement d’originalité. Des choses qu’on a l’impression d’avoir entendues mille fois, quand elles ne nous rappellent pas le pop-rock ringard des années 70. Mais tout cela n’est pas bien grave, car on retrouve des têtes connues, les gens sont venus d’un peu partout. On fait les stands de disques, on papote avec un coiffeur spécialisé dans les coiffures rockabilly. Bref, on s’ennuie pas. La programmation devient, en revanche, bien plus sérieuse le soir. Man or Astro-Man? proposent un garage rock speedé teinté de sonorités surf, d’un son assez lourd et puissant et de références SF kitsch. Le rythme commence à enchaîner. Lee Ranaldo nous présente ses nouvelles compositions avec The Dust. Bien sûr, cela ressemble à du Sonic Youth, Steve Shelley assure la batterie, mais pour un artiste avec un tel background, tous les morceaux semblent timides, trop pop, manquant sévèrement d’énergie. La guitare est jouée presque normalement, ce qui est un comble. On a même droit à des solos traditionnels ! Au final, on a l’impression d’un groupe amateur en train de répéter le dimanche dans le garage. Ce n’est pas grave non plus car on croise Rachel Goswell, Nick Chaplin et Simon Scott de Slowdive dans le public. On papote un peu avant leur performance qui fut un des moments les plus forts du festival. Aucun doute là-dessus.

Slowdive (11)

Slowdive

Les concerts de reformation peuvent être ratés ou pathétiques. On en a souvent fait l’expérience, mais dans le cas de Slowdive, on aurait dit qu’ils n’avaient jamais arrêté, même si les physiques ont un peu changé en vingt ans (quoique…). Donc retour au début des années 90. Le groupe commence par jouer ses premiers singles. L’ambiance est mystique, éthérée, épique, profondément mélancolique. Le son est incroyable. Les guitares se déversent sur nous comme des vagues. Les voix sont célestes, évanescentes, à peine audibles. La basse est cold à souhait, appuyée par les rythmiques orageuses. « Avalyn », « Golden Hair », « She calls » atteignent des sommets. C’est aussi la grande période de Cure, Cocteau Twins ou My Bloody Valentine qui nous saute à la figure. Les mélodies sont somptueuses, et même si le combo anglais a toujours affirmé ses influences, leur son était bel et bien unique. On comprend facilement pourquoi Brian Eno a travaillé avec eux. Ces évocations aériennes et climatiques ont définitivement opéré la rencontre entre l’ambient et le rock. L’émotion nous prend d’autant plus à la gorge quand les morceaux de l’album Pygmalion sont joués pour la première fois sur scène par le groupe au complet, en particulier « Blue Skied An’ Clear » et « Crazy for you ». Un pur moment de beauté.

Slowdive (10)

Slowdive

Le contraste est d’autant plus fort avec le concert de The Fall, avec un Mark E. Smith aussi dédaigneux et destroy que d’habitude, dans son costard dépenaillé. Les morceaux des derniers disques sont rendus avec une puissance incroyable, en raison des deux batteurs, véritables marteleurs aux physiques impressionnants, et d’un bassiste tout aussi imposant. Les morceaux sont frénétiques, répétitifs, invitant à la transe. Smith crée de la tension sur scène, il monte les amplis, les débranche, enlève les tomes de percussions, vire sa femme pour jouer le synthé à sa place. Celle-ci semble paniquée, ne quittant pas son sac à main, comme si elle avait la trousse de réanimation à l’intérieur. À moins que ce ne soit une bouteille de cognac qu’elle cache? La musique prend au corps, ça danse de partout. On lutte avec les moustiques, on regarde Mark E. Smith faire claquer son dentier, on regarde les muscles des percussionnistes derrière lui, puis on décolle carrément. Rares sont les groupes post-punk encore en activité et encore plus rares sont ceux à avoir su garder cette énergie névrotique, cette agressivité démente. Du coup, on se met à espérer que l’année prochaine PIL soient invités (nom de festival oblige) ou peut-être Swans, Wire, Savage Republic, Killing Joke? Qui sait?

The Fall

The Fall

Les festivités continuent avec Brian Jonestown Massacre. Pas mal , mais c’est le moment où la faim se fait sentir et où je sens qu’il va falloir faire la queue. Zapping donc. La nuit est tombée et les canadiens de Suuns montent sur la scène extérieure. Un son original, une belle ambiance visuelle, des influences variées (electro, hip hop, shoegaze, new wave, indie rock, voire heavy) et un rendu efficace, très prenant, qui donne définitivement envie de bouger. Le public accroche. Un autre moment fort du festival. Direction ensuite la petite salle, bien remplie pour Moodoïd, étrange groupe à mi chemin entre variété, jazz rock, pop kitsch, touches world music et des influences du style Gong ou Ange. Du moins c’est ce que disent certains. L’ambiance est survoltée, jusqu’au moment où le public décide de monter sur scène. Ils ne s’arrêtent plus de danser. Le morceau s’étire. Ils sortent les portables et commencent à faire des selfies avec le chanteur qui se demande quand il va pouvoir reprendre son concert. Moment rigolo, même si je ne sais toujours pas vraiment ce à quoi j’ai assisté. Clôture de la journée avec les ringards de Jon Spencer Blues Explosion. Les clichés rock ‘n’ roll abondent. C’est vulgaire et on dirait que personne ne leur a dit qu’ils avaient plus de quarante ans de retard musicalement. Bref, on part se coucher.

Brian Jonestown Massacre (27)

Brian Jonestown Massacre

La journée du 30 commence fort bien avec le projet Wooden Shjips. Ils n’ont pas inventé la poudre et mêlent le krautrock des années 70 à un rock psychédélique réverbéré plus typé années 80 (du style des Jesus & Mary Chain). C’est bien fait. Le son est prenant, les musiciens excellents. Je rate Courtney Barnett, faute de trouver un endroit à l’ombre. Après quelques rafraichissements dans le patio, je reviens pour Superchunk. Du college rock américain comme on n’espérait plus en entendre. Les gars ont la quarantaine bien tassée, pourtant ils se comportent toujours comme des ados. Il y a un côté surréaliste dans tout ça. Place ensuite à Midlake. Ils arrivent avec des looks de rednecks texans, chemises à carreaux et barbes de rigueur (quoique je me rends compte que la barbe devient très fashion, vu le nombre hallucinant de personnes qui s’y mettent ces derniers temps). Pourtant, leur pop-folk est très aérienne, délicate, parfois appuyée par des mélodies de flûtes traversières et un chant dont les intonations rappellent fortement Morrissey. Les musiciens dégagent une chaleur vraiment sympathique. Dès le concert terminé, ils viendront tous au milieu du public et parleront avec les gens. Simplement, gentiment. Des personnes remarquables.

Meridian brothers

Meridian Brothers

Meridian Brothers vont ensuite mettre le feu au poudre. Direction à présent les musiques traditionnelles de Colombie mêlées à une électronique robotique digne de Devo ou Aviador Dro. Les rythmiques samba sont donc revisitées à la sauce électro, avec une technicité indéniable et carrément impressionnante dans le cas du virtuose Eblis Álvarez. On est pris par le tempo, les vidéos sont fort bienvenues (les autres groupes ayant été avares dans le domaine), et la violence des dessins animés projetés (des yeux crevés à répétition, des têtes coupées…) nous fait entrer dans un tourbillon infernal, inédit. De la transe pure. Peut-être le meilleur concert de tout le festival. On poursuit ensuite avec Neutral Milk Hotel. Les musiciens sont nombreux sur scène. Il se passe plein de choses. Un accordéoniste tournoie sur lui même. Deux musiciens se munissent d’un trombone et d’un tuba et se lancent dans des drones hypnotiques. Un chanteur s’égosille sur des airs d’ivrognes presque celtiques. Une guitariste hippie apparaît tout à coup derrière un barbu (encore un autre). Puis place à une scie musicale… Toute cette animation sur scène nous fait passer un bon moment. Dehors, un rappeur commence à s’égosiller. Les jurons s’enchaînent. Quasiment toujours les mêmes. « Shit ». « Fuck ». Bref, rien de nouveau sous le soleil. Pourtant, ce n’est pas si désagréable que ça. Le gars porte un grand sweatshirt voyant. Normal, il se nomme Earl Sweatshirt. Mais déjà, tout le monde est impatient. La star arrive. la fameuse Catpower….

Suuns (2)

Suuns

influencé par les dithyrambes qui fusent de tout côté, je me faufile au premier rang pour voir la chanteuse américaine. Des rumeurs disent qu’elle est ivre. Chouette, il va y avoir de l’action. La dame arrive, simplement. Elle joue un premier morceau, puis un second, puis un troisième. Des filles pleurent à côté de moi. Les gens sont en émoi. Pourtant, je ressens un vide absolu. Les textes, en particulier, me semblent ridicules. Je commence à compter le nombre de fois que les pronoms « I » et « You » sont répétés dans les chansons. La tête commence à me tourner. Heureusement, le ventilateur sur le côté de la scène me balance son air frais et revigorant. Catpower enchaîne. Toutes les mélodies me semblent les mêmes. Mièvres. Sans finesse. Le chant maniéré, presque caricatural. J’ai l’impression d’avoir entendu ça mille fois… L’ennui est trop fort. Je sors. Je commence à imaginer un duo entre Catpower et Earl Sweatwhort : « I » « fuck » « you »… « You » « shit » « on me ». Cela m’amuse cinq minutes, en attendant que les stands de nourriture soient ravitaillés. Le concert des Black Lips finit de m’achever. Du rock garage qui semble encore une fois venir d’une autre époque. Je commence à en avoir assez des musiciens qui ne font que copier des choses du passé. J’ai envie de me sentir en 2014, de voir des artistes qui développent des styles personnels, inventifs. De plus, j’ai la fièvre qui monte avec les coups de soleil. Je jette un dernier coup d’œil à Har Mar Superstar, une sorte de Demis Roussos habillé en super-héros qui fait du Aretha Franklin. La salle est pleine. Difficile d’entrer à l’intérieur. Le contraste est saisissant. Mais la fatigue est trop forte, je pars me coucher et soigner mes piqûres de moustiques.

scene exterieure Crédit Agathe Salem

Scène extérieure

Il y a donc eu du très bon et du moins bon durant cette édition, mais en termes d’ambiance et d’éclectisme, le festival est sur la bonne voie. Il permet surtout de voir des artistes qui généralement s’arrêtent à Paris mais ne viennent jamais dans le Sud de la France. Du coup, on se sent moins isolé, et c’est déjà énorme. Il faut aussi souligner que le public s’est très bien comporté tout du long, très ouvert (il faut dire que le service d’ordre est très conséquent). Le seul débordement, et l’image que je garde du festival, et celle de cet homme qui a voulu se jeter dans le public de la scène pendant le concert des Black Lips. Mais avant de se lancer dans le slam, un liquide a commencé à couler de sa bouche. On aurait dit d’abord un gros filet de bave. Peut-être un mollard ? Il essaie de stopper cette chute mais cela se transforme en fils visqueux. C’est bel et bien du vomi qui s’écoule de son orifice buccal. Il semble désemparé. Le public focalise son regard sur lui. Ils font de l’espace. Ils ont peur qu’il leur saute dessus. La terreur devient contagieuse. Puis l’homme descend de la scène comme il y est monté. Il a raté son coup. J’entends des soupirs de soulagement malgré le volume sonore…. À ce moment-là, le temps s’était figé. Comme interminable. Je ne sais pas qui était cet homme, ni ce qu’il est devenu après. Mais j’ai trouvé cet instant très poétique. Presque tragique. L’image la plus forte de ce bien nommé This is not a Love Song.

Patio Crédit Agathe Salem

Patio

Les photos de concerts nous ont été fournies par le Paloma, que nous remercions chaudement pour leur accueil. Droits réservés.

© Crédits photos : Agathe Salem

 

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse