Zombie Zombie – Livity

02 Nov 17 Zombie Zombie – Livity

L’air de rien, sans y toucher, le groupe Zombie Zombie écrase une partie des concurrents et, pour les lecteurs qui n’adoptent pas une démarche de sélection entre différents disques, offre avec Livity un disque essentiel pour appréhender l’époque.

Les codes musicaux ne cessent de s’entremêler. Les résurgences free-jazz se sont accoquinées dans le math-rock ; les synthétiseurs fusionnent krautrock, new-wave et musique de films (Vangelis, Carpenter…) ; le rock se vit dans le psychédélisme rétro-futuriste. On réinvente une jonction années 70 – années 80 délivrée du punk (qui a eu son come-back et n’en finit pas de ne pas mourir, mais c’est une autre histoire), laquelle sublime des sons qui n’ont jamais existé sous cette forme. Oil 10, Perturbator, AI en musique ; la suite donnée à Blade Runner et le remake du Ghostbusters ; la lancée d’un Stranger Things saison 2 ou encore dans le domaine du hip-hop, la série The Get Down ; la mode qui ressort les épaulettes et le leggings tout en optant de nouveau pour le fluo : les références datées sont là, mais sublimées dans un léger décalage autre. Macron n’est pas Mitterrand, tout comme Trump n’est pas Reagan, même si on sent un tournant de la rigueur et une surveillance accrue qui font froid dans le dos et appellent à créer un ailleurs. Utopie ? Dystopie ?

La pochette de Livity est elle aussi clairement anté-millénariste : on y voit un dessin de Philippe Druillet, fabuleux auteur de La Nuit ou encore de la transposition en BD du Salammbô de Flaubert. C’est spécial, spatial et acéré.

La musique, elle, ne cesse d’ouvrir des horizons, visitant des constellations très variées. Et c’est là où ce disque panoramique parle d’un mouvement dans son ensemble, en dressant une synthèse vivante. Les parties de batterie sont très travaillées, enchaînant des toms bien mis en valeur, passant du « Splintered in her Head » Curesque sur « Livity », au dantesquement tribal sur « Heavy Meditation » (eux évoquent Fela Kuti et l’afrobeat) et joue de la similitude funky avec « Watch that Grandad go » de Bauhaus le temps de « Looose ». Entendons-nous : s’il est quasi certain que ceux de Zombie Zombie (Étienne Jaumet*, Cosmic Neman**, et Dr Schonberg***) connaissent leurs classiques, ils n’en font pas ici des pastiches, mais travaillent à la façon dont sonneraient ces groupes aujourd’hui, en version instrumentale. Sur ce même « Looose » (lequel contient quelques paroles), le saxophone est un écho aux partitions de The Grief, soit un rock arty indépendant des modes (comme Tuxedomoon). C’est avec « Lune noire », titre bonus du CD, alimenté par les cymbales, qu’ils sonnent le plus étranges. Ailleurs, c’est la galaxie Floydienne qu’on redécouvre grâce à un synthé planant (« Acera »), un groupe adulé également par toute une tripotée de jeunots, dont The Swindle (jetez une oreille à leur Post Music).

Cependant, là où ces groupes se couvraient d’un drapé plus sombre, Zombie Zombie, malgré son nom, plaît aux vivants : les rythmes sont aptes à créer du mouvement, saluent le binaire qui claque (« Hippocampe ») et la dynamique d’ensemble est festive, même lorsqu’on part dans de légères dissonances qui tiennent, elles, du drone. Les mesures s’enchaînent et les minutes aussi (des morceaux pièces de résistance), donnant un avant-goût de ce que seront leurs transpositions scéniques (rappelons pour ceux qui n’ont encore rien lu sur cet album qu’il a été enregistré dans les conditions du live). C’est là encore très dans l’air du temps si l’on songe aux production du label Sacred Bones Records (les mêmes qui ont sorti le dernier album de Carpenter, tiens, tiens… que Zombie Zombie avait déjà repris en 2010). Ce sont des montées qui tiennent davantage aux acides qu’aux coups de fouet.

Tout au long de ce disque florilège, l’auditeur est guidé par la main, voire chatouillé par ce drôle de « Pon » auquel ne manque qu’un « Pin » en contretemps pour mimer la sirène des pompiers sur « Hippocampe »… Je sais, vous allez me détester pour ça, mais c’est pas moi qu’ai commencé, c’est Zombie Zombie.

* Je conseille aussi le Night Music du monsieur, un album qui ouvrait la voie rétro.

** Lui, c’est Herman Düne, je conseille tout, dans un tout autre registre.

*** Enfin, le petit dernier a officié dans Purr, très bon groupe de Prohibited Records, caché au moment de la mutation noise-jazz sous les Prohibition, Heliogabale et… Herman Düne.

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Tracklisting :
01. Livity

02. Ils existent

03. Hippocampe

04. Looose

05. Acera

06. Heavy Meditation

07. Lune noire

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Note : 85%