Zëro – Ain’t that Mayhem ?

25 Juil 18 Zëro – Ain’t that Mayhem ?

Magnifique titre d’album et superbe pochette de Stéphane Barry pour ce nouveau Zëro. Tout en observant cette peinture conviant aussi bien les dessins de Victor Hugo que ceux d’Hayao Myazaki, on constate que le temps de Bästard et des Deity Guns est révolu. Alors qu’Hungry Dogs (le précédent que je chroniquais) était sorti en parallèle aux rééditions du-groupe-d’avant, et m’obligeait à lire dans ce troisième disque des effets de rage et de transcendance noise, cette fois, je suis tranquille : je ne peux plus voir en Zëro qu’un groupe qui construit son chemin sans un passé trop lourd.

Et quels chemins ! Ce sixième disque (je n’ai chroniqué ni le mini Places where we go in Dreams ni San Francisco) est une toupie infernale, un poil bancale et hétérogène tant le trio se fait plaisir et varie les genres. Peu de doublons, que de la musique sous toutes ses formes, inventive et passionnée, déstabilisante parfois dans ses choix labyrinthiques. Quatorze titres en double vinyle.

Ce qui irrigue le sang de ces musiciens accrocs à la scène est multiple :

– Un poil de musique inspirée par le western ? C’est « Adios Texas » à la tonalité entre éclaircies et ciel plombé. L’orgue d’Ivan Chiossone place une atmosphère sépulcrale et les cordes d’Hasmik Fau et Agathe Max subliment le final. Cette ambiance, on la retrouve sur l’interlude « Five vs Six », très court, porté par une batterie en roulements tribaux.

– Des titres plus ouvertement rock et libres ? Ainsi « The Kung Fu Song » au riff efficace, voix trafiquée en survol et conseils au jeune apprenti. Pourtant, en prolongeant son morceau au-delà des quatre minutes, Zëro pervertit cet élan, débusquant un trip néo-psychédélique expérimental. « Myself as a Fool » respire aussi la bonne humeur du haut de son electro-rock vif et malheureusement abruptement coupé. La veine noise n’est plus, on la regrettera au cours du disque.

– Un goût pour les spoken word ? L’un envoûtant, nocturne et chaud avec « Underwater Frequencies », la voix d’Eric Aldea qui murmure presque, proche des travaux que faisaient les Enablers il y a quelques années ; « San Francisco » sous sa version « II » est lui plus angoissant de même que « Deranged », possédé et maintenu sous tension par une partition aux teintes noires et or (un riff de guitare qui pique bien) ; la reprise en partie parlée du « Alligator Wine » de Screamin’ Jay Hawkins creuse ce sillon d’histoire horrible du bayou, démontant implacablement tout l’allant de l’originale. C’est le point-fort du disque, le visage le plus identifiable qui résonne avec leurs travaux en compagnie de Virginie Despentes.

– Une dose de vampirisme soft à la Hammer ? Pourquoi pas, lorsque la voix narre sur fond Legendary-Pink-Dots-meets-Air et fait le point sur des échecs patentés (« Fake from the Start »). Cette humeur rétro aux synthés revient sur « Recife, 1974 », à la fois languide et nostalgique.

Tout au long de ce disque copieux, Frank Lorrino effectue un énorme travail à la batterie avec des rythmes qui reviennent : la fin de « Adios Texas » invite le démarrage de « We blew It » et fait également écho à « Underwater Frequencies ».

Il reste donc trois titres plus à part. « We blew It », choisi comme titre pour promouvoir l’album, est délicat, associant la matière sombre des claviers à la légèreté de la batterie et de la guitare pour construire une montée en puissance très post-rock, éblouie par les cuivres et les éléments électroniques. « Marathon Woman », instrumental enlevé, ne cesse de prendre des directions différentes, aiguillonné par la batterie, précieuse là encore, soutenue par des claviers tantôt tapageurs et très présents, tantôt sourds et cadrant le propos. Enfin, « Yawny Holiday » vitupère par incartades bruitistes (bandes malmenées, comme sur « Being » de The Soft Moon), sans pour autant enlever cette langueur moite, comme l’attente d’un ailleurs plus harmonieux, malgré les tonalités noires.

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Tracklisting :
01. Adios Texas

02. The Kung Fu Song

03. Marathon Woman

04. Underwater Frequencies

05. Deranged

06. 8-Bit Crash Can

07. Fake from the Start

08. We blew It

09. Five vs Six

10. Myself as a Fool

11. Recife, 1974

12. Alligator Wine

13. San Francisco II

14. Yawny Holiday

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Note : 70%