Wayne Hussey – Songs of Candlelight & Razorblades

11 Sep 14 Wayne Hussey – Songs of Candlelight & Razorblades

En dehors d’intimes tournées en son nom propre et de la sortie d’un album de reprises que lui-même ne considère pas comme véritablement « solo » (Bare, 2009), Wayne Hussey, cinquante-six ans, a ruminé jusqu’ici l’idée de s’affirmer en solitaire plus qu’il n’a abouti, dans le cadre ainsi défini, à forme créative. Songs of Candlelight & Razorblades, en quatorze exposés, comble cette lacune et dessine peut-être un avenir hors Mission. Seul le temps le dira. Le combo dont il reste le frontman, en tout état de cause et sauf vents contraires, restera actif – au moins – jusqu’en 2016-2017. Des apparitions en festivals sont annoncées, déjà, pour l’année prochaine.

Dès lors, Songs of Candlelight & Razorblades marque un virage. Dans l’attitude et, bien sûr, dans le parcours. C’est la première trace officielle, en format long, de cette envie ancienne et qui projette vers l’avant sa personne plutôt que le patronyme Mission, entité qu’il a maintenue contre vents et marées, quelles qu’en soient les configurations humaines, de 1985 jusqu’à nos jours (sauf période d’abandon : 2008-2010). Le manager George Allen fit son office il y a quatre ans, convainquit Hussey de reprendre le flambeau et le groupe revint, dans une forme proche de celle des origines. Un album est sorti, The brightest Light, relativement éloigné du son des origines mais dont la qualité de songwriting et le ton libre ont été évoqués.

The Mission revenu, l’envie solo de Hussey ne s’est point éteinte pour autant. Travailler sur un nouvel album pour le groupe n’a en rien douché le projet d’émancipation et le fruit des entrailles se présente aujourd’hui. Si l’album Masque a sans doute, sous le patronyme Mission, fixé la première collection de chansons la plus exotique de Hussey (un disque traumatisant pour les fans die-hard de son gothique eighties – et qui aurait dû, pu sortir en 1992 sous le nom du leader), Songs of Candlelight & Razorblades expose Wayne dans la lumière, pour de vrai et très officiellement. Plusieurs musiciens (aucun de Mission) ont certes été conviés en studio pour une aide de détail, donnant du cachet, mais l’essentiel du travail revient bel et bien à Hussey : écriture, production, performance. Il n’a pas de batteur : une boîte à rythmes suffit à articuler la pulsation la plus strictement nécessaire. Pas une nouveauté dans la démarche de l’homme, à vrai dire : sous étiquette Mission, l’homme a su se passer de percussions authentique à l’occasion de sorties spéciales, telles la compilation Resurrection ou le single typé et à destination filmique « Breathe me in ». Plus récemment, il y a eu la réinvention épique du classique « Swan Song », sous le titre « Swan Song (Reconstruction Circa 1984) », pour le EP du même nom ayant accompagné la sortie du dernier album du groupe. Hussey aime le dancefloor, garde mémoire des 80’s et, en tout état de cause, sait frapper en synthétique.
De frappe néanmoins, il n’est point ou peu question sur ce cru solo 2014. La boîte à rythmes n’a rien à voir avec celle de l’ex-comparse Andrew Eldritch : là où The Sisters Of Mercy ont toujours joué de l’effet massue, la beatbox de Hussey est tout sauf réminiscence de Doctor Avalanche. Une pulsation minimale offre le cas échéant appui à un propos oscillant entre low et mid tempos. Songs of Candlelight & Razorblades est un disque d’orientation « ballades », au gré duquel le chanteur et compositeur fait quelques clins d’œil, furtifs, à l’univers Mission. Un sens de cet héroïsme à nous familier reste à l’ordre du jour, mais ponctuellement – cf. le premier single, « Wither on the Vine », qui par quelques apprêts, a rappelé à certains une vieille chose nommée « Marian ». Ailleurs, un piano descendant rappellera les choix harmoniques du « Bird of Passage » de Mission, inédit de la période Carved in Sand paru sur la très belle collection de raretés (l’album « ompagnon ») Grains of Sand. Wayne conserve aussi, sans trop le dire, quelques souvenirs du groupe un peu trop passés sous silence : la démarche est illustrée par une réinvention sonore soufflant lumière sur la période du courageux Neverland en date de 1995 (présence de la face B du EP Swoon, « Wasting away », réinventé pour l’occasion). Enfin, il est aussi fait référence à la résurrection récente de Mission, avec insertion à cette collection de la version acoustique du classique « Swan Song » (« Swan Song (Lament) », assez extraordinaire), déjà parue sous le nom du groupe, sur le EP déjà évoqué.

En dehors de ces quelques détails, l’écoute ne souffrira nul passéisme. Nous ne sommes pas en terrain conquis, sans pouvoir dire non plus que tout cela nous soit étranger… si du moins nous ne réduisons Wayne à aucun cliché, si héroïque fût-il, et gardons mémoire de l’ouverture de son background musical personnel. Rappelez-vous de Vessel, projet avorté avec les post-rockers de Votiva Lux.

Le disque, dès lors, offre un cadre intéressant au leader pour les prochains shows solo. L’œuvre est intimiste. Un propos affiché dès cette introductive ambiance de club jazz enfumé (« Madam G », superbe) : Hussey tend ici vers l’intériorité plus que vers le spectacle, mais certains repères, par leur nature même, ne peuvent que demeurer. Premier avantage de forme, sur le critère typologique, en cette voix maîtrisée comme jamais : un grain resté unique et qui nous avait déjà impressionnés sur le dernier Mission. Wayne se situe à un niveau de performance comparable, l’expressivité ne baissant pas d’un seul cran sur cette collection de chansons romantiques et majoritairement ancrées dans le spleen (« The Bouquets & the Bows », « ’Til the End of Time »). La vibration de gorge, dans son intériorité comme ses explosions, oscille entre crooning de classe I et tendance déclamatoire. De quoi faire chavirer n’importe quel fan du « groupe phare » même si la musicalité de l’ensemble reste en dehors de l’univers le plus connu ou disons, de celui qui, dans sa dimension la plus « éclatante », a marqué la mémoire collective au fer rouge.
Hussey parvient néanmoins, et très largement, à imposer un savoir-faire dans la déconnexion des attentes collectives. Il s’en est fait une habitude, de ses propres dires, quitte à perdre du monde en route. Le fait est là mais le corollaire aussi : Wayne ne peut aujourd’hui se voir reprocher quelque calcul que ce soit. Ce disque est celui d’une grande honnêteé ; Vis-à-vis de soi, comme des autres. Le refus du moule coïncide avec une collection de chansons bien finies (« Angel of Death » et ses clartés acoustiques, bluesy et lunaires) et dérangera une fois de plus la perception que certains souhaiteraient garder de l’homme. Éminemment plus complexe que celle que certains voudraient limiter à un statut de rockstar anciennement décadente, la personne de Wayne s’émancipe plus que jamais. Elle grandit encore dans cette musicalité économe mais achevée, marquée par le sensible et le peu de démonstration, et qui nourrit de pénétrantes mélopées (la chanson d’amour cordée « When I drift too Far from Shore », à fondre sur place), le cas échéant expérimentales (la conclusion en spoken word « Aporia »). Dans la mare, un doux pavé : tout n’est ici que chair, vibration existentielle. Un éclat du dedans.

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