Watine – Géométries sous-cutanées

23 Jan 19 Watine – Géométries sous-cutanées

Grand changement chez Watine. Peut-être parce qu’il s’appelle Géométries sous-cutanées, ce disque propose huit titres sans paroles (sur dix). On serpente in situ dans les états d’âme, portés par des ondes le long de trajets sinueux. Au loin, assourdis, les rythmes percussifs sont écrasés par la distance, par la peau, quand ils ne donnent pas dans le trip-hop cotonneux (« Melancholia my Love »). Quelques voix se font entendre, elles aussi traitées par la distance. Un train mental puis des percussions cardiaques indisposent un moment sur « Erratic Soul ». Mais, là où un éventuel malaise peut transparaître du fait de cette solitude et de cet éloignement au monde, progressivement la musique dissipe et enveloppe de ses cordes et nappes (« Sheer Power »), se faisant écrin ouaté. Les partitions interpellent, surtout lorsqu’elles sont habitées par les pizzicato (« Undying Pizzicato »), sans non plus trop en faire. Rapidement une deuxième mélodie fait surface et mêle sa mélancolie rétro-sixties pour moduler les émotions.

La longueur des pistes (souvent supérieure aux six minutes) génère des paysages sensitifs denses et variés (quand ce n’est pas un titre lui-même qui vient perturber l’écoute en imposant ses nappes de voix chorales – le cinématographique « Raining Bees »). Ces nouveaux titres sont des explorations et des temps d’observation qui se succèdent agréablement (« Hearth Walking » : pop electronique, ambient et avant-garde, toy-music en cinémascope), générés par une grande palette d’instruments, y compris des nappes synthétiques (final de « Lovesick » en écho très distendu à The Cure) et de manières d’en jouer (sous-terrains harmoniques et dysharmoniques, arythmies et emportements lyriques…). Cette fois, l’artiste explique qu’elle s’est enfin monté son home-studio (station LOGIC PRO, accouplée à son piano Pleyel), œuvrant sur ce disque de novembre 2017 à juillet 2018.

Toujours cette sensation d’être en bord de mer, sur une plage de galets ou de sable, vide de gens. Une impression soutenue par la résurgence d’un poème sur le poignant « Lovesick » : là, Catherine Watine se/nous met en garde contre la « secousse des corps », contre ces rencontres imparfaites aux temps modernes, jouant des euphonies dans un texte joliment percutant, multipliant les aphorismes. Sur « Jetlag », la dimension marine est encore présente, le corps est ainsi un voyage métaphorique hors du temps, une « entrée dans le désordre [des] idées » où l’immortalité et la trace entrent en résonances.

Sauver sa peau en plongeant au plus profond des troubles et des incertitudes, en sondant le goût pour ce qui irrite et blesse, sel des mers intimes, comme le suggère le très beau titre Mélancolie, mon Amour.

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Tracklisting :
01. Over Freeways

02. Sheer Power

03. Undying Pizzicato

04. Verrophone

05. Erratic Soul

06. Melancholia, my Love

07. Lovesick

08. Raining Bees

09. Hearth Walking

10. Jetlag

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Note : 81%

Site du groupe / MySpace :

http://watine.bandcamp.Com/

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