Varsovie – L’Heure et la Trajectoire

12 Août 15 Varsovie – L’Heure et la Trajectoire

C’est un plaisir de retrouver Varsovie avec ce package des deux albums du groupe chez The Opposed Records, qui met en valeur la nouvelle sortie. Nous avions découvert le projet avec son EP Neuf Millimètres, paru en 2006, alors en pleine montée des sites hébergés par myspace. Varsovie fait partie de cette génération post-Noir Désir d’un côté, élevée aux sonorités du post-punk de l’autre, au côté des copains de Joy Disaster ou de Torso (projet maintenant enterré par Vincent Fallacara qui a lancé Lüderitz).
De ces deux pôles, Varsovie garde le meilleur.

Pour l’aspect rock en français, on a cette voix souvent parlée, entre Torso et Bertrand Cantat (« Austerlitz ») qui élabore des textes emprunts de défaitisme, en lien avec la décadence fin de siècle qui fit les belles heures de notre poésie. Les jeux entre Histoire et présent permettent de donner par touches légères les impressions sur l’actualité d’Arnault Destal : en effet, c’est bien le batteur qui écrit ce que chante Grégory Cathérina. Les métaphores et le découpage des vers distillent des trajectoires personnelles, dans des textes teintés de sensibilité et d’humour noir (cette « Aston Martin éternuée sur le bord de la route »). Les textes majoritairement à la deuxième personne font une musique adressée, colérique et frontale, tournée vers l’extérieur (« L’Éclaircie »).
Les références évitent néanmoins le franco-français : c’est d’abord Lydia Litvak dont la destinée (aviatrice russe abattant les avions nazis durant la Deuxième Guerre mondiale et dont la fin de vie reste mystérieuse) méritait un morceau, apte à retranscrire avec force le dégoût pour une « époque terne à se foutre en l’air ». C’est aussi F. Scott Fitzgerald qui lit un extrait d’un poème de Keats, « Ode to a Nightingale », juste à la suite d’une citation de Gatsby le Magnifique. Voilà qui noircit le final de « La Fêlure ». La poésie est bien présente, mais elle est sombre. Très sombre.

C’est que chez Varsovie, les veines post-punk s’ouvrent encore et toujours avec l’appui d’une basse bien ronde (« Lutte avec l’Ange ») et de fréquents démarrages punk-noise des titres (« Austerlitz »), voire un tabassage en règle avec larsen véhément, dans lequel même la voix est traitée comme un instrument (« Détruire Carthage »). La préférence harmonique donne force aux compositions, les installant dans le déjà-vu : ainsi « L’Éclaircie » se finit avec des réflexes très punk-rock noir (Camera Silens en ligne de mire), cependant, le travail s’étoffe avec des choix plus fouillés dans les arrangements ou des breaks plus hardis, ce même titre jouant alors sur l’effet de surprise des variations et de sa note finale. « Lydia Litvak », quant à lui, est un morceau composé en deux temps (pour éviter la linéarité) mais qui force sur la répétition (pour s’ancrer), soutenu par de belles volutes de guitares. Le gimmick de la répétition hypnotique est une marque de fabrique du groupe aujourd’hui, comme ce riff de basse de « Sunsiaré », soudainement écrasé et descendant, une variation qui ouvre la porte à la belle voix de Yelena Mitseva. La jeune artiste parisienne décale alors cette fin de face habile (version vinyle) vers le monde des rêves.
La face B du 33 tours se base sur cette même habileté de construction, avec le titre éponyme qui fonctionne comme un manifeste. « L’Heure et la Trajectoire » prend le temps de construire son élévation, passant de la chute à un nouvel élan, rapidement suivi par le tube cold-rock « Hôtel Roma », aux guitares acides, à la batterie fiévreuse et dont la basse tricote.
Éclairé par les photos noir et blanc d’Olivia Rodrigue (à peine rehaussées du rouge sanguin), ce deuxième format long n’a plus les hésitations et la timidité audacieuse du lointain Neuf Millimètres (« Some Days », « Delirium Tremens »…). Il pousse plus loin la posture dressée et fière de deux amoureux du noir (Yan Four est parti), deux amoureux à en crever.

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Tracklisting :
01. Austerlitz

02. Détruire Carthage

03. L’Éclaircie

04. Lydia Litvak

05. Sunsiaré

06. L’Heure et la Trajectoire

07. Hôtel Roma

08. La Fêlure

09. Lutte avec l’Ange

10. Jusqu’au Jour

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Note : 80%

Site du groupe / MySpace :

https://varsovie.bandcamp.com/album/lheure-et-la-trajectoire

 

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