Traitrs – Butcher’s Coin

21 Mai 18 Traitrs – Butcher’s Coin

Valeur sûre qui monte vite, Traitrs a su répondre aux grandes attentes qu’on plaçait en eux : un peu de vent d’orage, une boîte à rythme qui claque comme sur un Sisters Of Mercy, la voix toujours proche des tessitures de Robert Smith, une basse fière, un son de synthé saturé et des rythmiques étouffées, des paroles immédiatement accrocheuses, des volutes inversées sur des craquement de vinyle, un soupçon d’ambiant cold, de l’industriel grinçant, un rythme mené à la trique, tubesque en diable, une amorce Joy en mode division tribale…

Voici les entames et premières impressions de leurs neuf nouveaux titres et, comme sur le Birds of Passage de Bel Canto, c’est une parfaite réussite dans les lancements : chaque morceau s’annonce varié, troublant, fort en émotions. Le groupe annonçait un disque centré sur une vieille maison craignos dont les vies amochées sur plusieurs générations se révèleraient. Les ressentis des protagonistes fictifs ont vite accaparé les deux musiciens.

L’écoute approfondie va compléter ces fugaces premières sensations. Traitrs, aujourd’hui, est au meilleur de sa forme (attendons la suite avant de voir si le pic est atteint, évidemment !) après un bon premier EP Rites and Rituals, un second EP (Heretic) et un single trois titres dans la foulée (Speak in Tongues) lesquels sonnaient cependant un peu trop homogènes dans leurs rendus.

Le positionnement Curesque est toujours intense, de la qualité des sessions de Kiss Me Kiss Me Kiss Me auquel on pense le plus fort le temps de « Window from the old House ». Les nappes de synthé sont souvent élégiaques ; derrière, les triturations sonores et les effets (assurés par Sean-Patrick Nolan) renvoient au travail de Martin Hannett pour Unknown Pleasures. Ce mélange de voix belle et affirmée (Shawn Tucker, également à la guitare) et de grisés donne la chair de poule. Beauté car les mélodies sont fortes et riches en images (« The lovely Wounded », « Thin Flesh »). Grisés parce que l’attirance vers le soleil se fait intense et les nuées se dissipent de temps à autres, lors d’échappées belles qui tirent le groupe vers les cieux. Le visage angélique du visuel (une femme ? un enfant ?) est baigné d’une lumière qu’il ne quitte pas des yeux : en eux on lit un espoir, une attente. Au dos, une superposition de photos suggère une maison en flammes, des enfants guettant là encore quelque chose…

Le duo est resté sur Toronto, au Candle Studios, là où Austra et Gina X avaient enregistré leur Mayan Drums pour le Record Day 2013 et où le précédent Speak in Tongues avait été mis en boîte. Cette fois, Josh Korody a aidé à la production, partie prenante de Fucked Up (comparses de la ville) et responsable des dernières sorties de The Dirty Nil ou Taylor Knox).

Osera-t-on dire que cela faisait des années qu’on attendait un groupe aussi à l’aise dans ce registre-ci ? Les pauses dans les voix sont travaillées, donnant de l’épaisseur et de la tension (« Skinning »). Désormais, lorsque le groupe joue la carte de l’intensité, ses titres explosent les limites initiales. Ainsi le bien-nommé « Omen » a même besoin d’un court final mené au piano pour atterrir après une montée céleste toute en puissance. Les triturations électroniques délaissent leur rôle d’écrin pour taquiner le cœur d’un titre comme « I sit and watch the Worm beneath my Nails » (c’était lui l’intro dissonante, avant un écho avec « The Figurehead » de qui-vous-savez, vite dissipé). Un aphorisme du poète argentin Antonio Porchia vient éclairer ces attirances morbides, mettant fin aux cauchemars : « quand je mourrai, pour la première fois, je ne me verrai pas mourir » (1943) ; et la batterie de « Still from her Sores » avance, implacable…

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Tracklisting :
01. Pale

02. Thin Flesh

03. The Suffering of Spiders

04. Skinning

05. Omen

06. The Lovely Wounded

07. I sit and watch the Worm beneath my Nails

08. Still from her Sores

09. Window from the old House.

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Note : 82%