Tim Hecker – Konoyo

27 Nov 18 Tim Hecker – Konoyo

En deux décennies, le canadien Tim Hecker est devenu une des figures les plus respectées de la musique électronique ambient. Mais même s’il fait l’unanimité auprès des amateurs, on attendait son chef-d’œuvre. Certains pensaient l’avoir trouvé avec Virgins (2013) mais ce neuvième album, Konoyo, affirme plus que jamais le génie du compositeur. Si Hecker a un passé universitaire, il s’affirme plus que jamais comme un chercheur et un adepte de l’expérimentation avec ce dernier opus. C’est aussi ce qui le distingue des autres faiseurs d’ambient, c’est qu’il se réinvente tout le temps, essayant de nouvelles configurations et du même coup il éveille un intérêt constant chez le public.

Après avoir travaillé avec une chorale islandaise pour Love Streams (2016), il collabore cette fois-ci avec un ensemble de Tokyo produisant une musique traditionnelle élégante et précieuse, le gagaku, jouée à l’origine dans les cours impériales. À partir de cela, Hecker va créer des sculptures sonores, avec la puissance qui le caractérise, tout en instaurant une conversation constante entre les sonorités des instruments anciens (cordes, vents et percussions) et les traitements digitaux qu’il produit. Il parvient ainsi à mêler densité émotionnelle et complexité structurelle. Si les synthétiseurs peuvent apporter un peu de mélodies, celles-ci sont immédiatement déconstruites pour produire un magma sonore plus sombre que ne l’a jamais été la musique de Hecker.

Le terme “Konoyo” se réfère lui même au monde des vivants mais c’est vraiment la mort que l’on ressent tout du long et qui attend au bout du chemin (“Across to Anoyo”). Elle est d’ailleurs présente dans les titres mêmes (“In Death Valley”, “Is a Rose Petal of the Dying Crimson Light”) et Hecker a avoué que c’est la conversation avec un ami décédé qui lui a donné l’impulsion pour enregistrer ce disque. La perte récente de Johann Johannsson, avec qui il avait collaboré sur son précédent opus, plane aussi, et on ressent ces états de paralysie et de mélancolie liés à la période du deuil. Les visions crépusculaires et la terreur sublime encadrent d’ailleurs ce périple, avec les pièces “This Life” et “Across to Anoyo” qui figurent parmi les plus belles réussites du compositeur. Les flûtes déversent des complaintes inquiétantes alors que les claviers accentuent la dimension funèbre. Les sonorités japonaises se fondent dans ce maelstrom spectral qui cumule les couches comme autant de drones venus tout droit des Enfers.

Si les sessions avec l’ensemble Gakuso ont été enregistrées dans un temple, on perçoit bien la dimension mystique du projet, et malgré l’absence de discours, on devine les questionnements existentiels d’un compositeur qui n’hésite pas à se remettre en question. Dissonances et harmonies, instruments et machineries entrent en collision et créent un espace sonore vaste qui a besoin de temps pour être plus efficace, contrairement aux miniatures que l’on trouvait sur les albums précédents. L’onirisme n’est jamais loin et atteint son apogée sur “Is a Rose Petal of the Dying Crimson Light” et surtout “A Sodium Codec Haze” alors que “Keyed Out” joue habilement des accalmies pour instaurer une menace plus grande. Les amateurs de musique industrielle devraient ne pas être dépaysés, notamment avec les interventions noise ou les sons urbains. Les amateurs de soundtracks planants et mélancoliques s’y retrouveront aussi : “In Mother Earth Phase” avec son violoncelle envoûtant qui nous fait dire que la musique orchestrale a laissé elle aussi son empreinte sur Hecker.

Le tout est cohérent et nous happe dès les premier instants, dosé avec précision, jamais trop abstrait ni trop bruitiste. De loin le disque le plus noir du compositeur mais peut-être aussi son plus magistral.

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Tracklisting :
1. This Life

2. In Death Valley

3. Is a Rose Petal of the Dying Crimson Light

4. Keyed Out

5. In Mother Earth Phase

6. A Sodium Codec Haze

7. Across to Anoyo

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Note : 86%

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