Tim Gautreaux – Fais-moi danser, Beau Gosse

30 Juin 16 Tim Gautreaux – Fais-moi danser, Beau Gosse

Après les superbes Nos disparus et Le dernier arbre, nous étions curieux de lire ce premier roman dans la carrière d’écrivain de Tim Gautreaux, publié originellement en 1998 et aujourd’hui disponible en français grâce à la traduction de Marc Amfreville. Le décor reste sensiblement le même que celui des autres récits : le milieu ouvrier dans la partie cajun de la Louisiane, ses traditions, sa musique, sa nature implacable. Moins noir que ses chefs-d’œuvre à suivre, Fais-moi danser, Beau Gosse conjuguait déjà le réalisme des descriptions à un subtil mélange de comique et de tragique, dans la lignée d’autres grands auteurs du Sud comme Faulkner, Flannery O’Connor ou Cormac McCarthy. Optant pour un style à la limite du picaresque, cette épopée ou suite de mésaventures se recentre autour de deux personnages, un couple, avec chacun un tempérament très différent, un homme qui se contente de ce qu’il a et de jouir du moment présent et une femme battante qui aspire à toujours mieux que ce que la vie lui offre.

Colette est caissière à la Tiger Island Bank. Elle est mariée depuis un an et demi à Paul, mais celui-ci ne peut s’empêcher de la tromper et de flirter avec d’autres jolies jeunes filles. Un soir, elle le surprend dans son pick-up au drive-in Silver Bayou en compagnie d’une conquête piquée dans un bar. C’en est trop pour elle. Furieuse, elle fait un raffut de tous les diables devant les durs à cuire de Tonga Bend. Cet incident la persuade de définitivement quitter ce bled marqué par les ouragans, où les seuls passe-temps sont la bagarre et le jitterbug, une danse pour laquelle elle et Paul excellent. Elle prend alors la route pour la Californie. Finies les douze églises et les dix-huit bars pour six mille habitants. Finies les tromperies. Réalisant ce qu’il vient de perdre, Paul prend le train pour la rejoindre. Les deux jeunes gens vont alors être confrontés au monde du travail avant de revenir au bled et s’apercevoir que la crise et le chômage ont tout décimé. Les champs de pétrole sont abandonnés, les drive-in fermés, leurs parents se retrouvent sans le sou et à charge. Ils enchaînent alors les petits boulots pour survivre, travaillent dans une usine à déchets, se lancent dans la chasse au ragondin ou encore la pêche à l’écrevisse et au poisson-chat.

Avec une écriture qui absorbe et un sens du détail qui n’appartient qu’à lui (les descriptions de machineries sont comme toujours hallucinantes de précisions), Tim Gautreaux nous fait vivre les différents remous de l’amour à deux, ce cheminement qui mène à l’acceptation de l’autre. Jamais mièvre et toujours honnête, il nous questionne dans un premier temps. Comment se sortir de la crise économique et de la crise du couple? Quelles étapes encore à affronter pour apprendre le courage? Mais le roman ne s’arrête pas là et s’apprécie à différents niveaux. On peut aimer la qualité de l’auteur à rendre ses protagonistes vivants sur la page. On peut être plus séduit par sa connaissance de la faune, la flore et la nature hostile de la Louisiane, ses insectes agressifs, serpents venimeux, reptiles carnivores, ses bayous insondables, son climat colérique. On peut être interpellé par les réflexions qu’il suscite entre l’individualisme de la grande ville et l’entraide du collectif face à l’adversité de la vie campagnarde. On peut juste se délecter des scènes de danse et mettant en scène des aspects plus folkloriques de la culture cajun. Si le roman est loin d’être aussi parfait que les œuvres ultérieures (le happy ending de la fin comme incongru par exemple), il n’en reste pas moins un début très prometteur.

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Note : 77%

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