Theo Hakola – I fry Mine in Butter !

18 Sep 16 Theo Hakola – I fry Mine in Butter !

Theo n’a jamais obtenu le succès d’un Nick Cave. Ce nouvel album, composé de reprises, peut encore lui apporter ces pleines lumières qui n’avaient brillé que le temps du tube « Chère Maman (Je suis mort à Paris) » (en 1993) , et qui avaient scintillé quelques années plus tôt avec Passion Fodder (1985-1992) ou Orchestre Rouge (1982-1984). I fry Mine in Butter n’est pas un recueil de recettes de cuisine mais, à l’instar de Kicking against the Pricks de l’Australien d’origine, notre Américain d’origine plonge dans l’Histoire par la musique. L’intention et le démarrage des premières mesures de « Bourgeois Blues » ainsi que les arrangements de « Coyotte » sont les points d’accroche que les journalistes qui adulent Nick Cave devraient observer ici.

C’est un angle pour ceux qui doutent des qualités de Theo. Il joue et chante depuis plus de trente ans et n’a donc pas besoin bien longtemps de comparaisons. Il sait de quoi il parle.

Le morceau d’ouverture, ce « Bourgeois Blues » cité plus haut, est une reprise de Lead Belly qui composa ce titre pour protester contre la ségrégation raciale, Theo l’actualise en une pique adressée aux réacs républicains américains. Et, à sa suite, tout le disque est une traversée de l’Histoire du XXème siècle, mettant en valeur ce qui a créé Theo Hakola, par-delà les époques.

Les qualités musicales, sociales et poétiques des originaux en font déjà des grands morceaux. L’interprétation les magnifie et l’envie est trop forte de dresser un Top 3 subjectif des meilleurs moments, pour convaincre ceux qui sont rébarbatifs à l’idée-même de reprise. « Song to the Siren » est belle à pleurer ; la magique « Danseuse » permet de découvrir l’originale de 1919 et la métamorphose en ode à la vie ; « White Man in Hammersmith Palais » résonne et enchante une nouvelle fois. Derrière ces titres, il y a des énergies et des atmosphères, des époques qui ressurgissent avec leurs contestations et leurs émotions.

Au-delà de ce tiercé gagnant, on retrouve ce qui fait le charme des albums de Theo : un piano acide et volage qui permet au chant d’effleurer les lignes mélodiques pour les lustrer (« Blank Generation »), une voix si particulière et parfaitement identifiable, une batterie qui accompagne et prend sa place, tout comme chaque instrument (l’équilibre des pistes est idéal sur « Coyote »). Avec l’appui de la voix de Gabriela Arnon, les duos impressionnent, ils sont à la fois plein d’humanité, pesant à leurs justes mesures les bons sentiments et la noirceur (« Ruby, don’t take your Love to Town »), la force et la fragilité, donnant du corps à ces histoires (« Sam Stone » sonne comme un nouveau classique de Theo Hakola). Enfin, les envolées stylistiques ont gardé du free-jazz ou du punk ce qu’il fallait de fougue juvénile (Theo a plus de soixante ans !) pour épicer les solos (« Heroin », un pari réussi). Le sens du rythme, des harmonies, la compréhension des musiques et de ce qui les a fait surgir font que ces reprises (le terme d’interprétation est ici tellement plus juste!) deviennent des possessions maîtrisées. Le disque hommage d’un artiste à ses pairs, le cadeau d’un musicien à ses fans.

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Tracklisting :
01. Bourgeois Blues (Leadbelly)

02. Blank Generation (Richard hell)

03. Coyote (Joni Mitchell)

04. Song to the Siren (Tim Buckley & Larry Beckett)

05. Subterranean Homesick Blues (Bob Dylan)

06. Saint Louis Blues (W. C. Handy)

07. Ruby, Don’t Take Your Love to Town (Mel Tillis)

08. Sam Stone (John Prine)

09. Danseuse (Renée De Brimont & Gabrielle Fauret)

10. The Old Lovers Song (Jacques Brel)

11. 1913 Massacre (Woody Guthrie)

12. I Fall To Pieces (Hank Cochran & Harlan Howard)

13. White Man In Hammersmith Palais (Joe Strummer & Mick Jones)

14. (I Don’t Want To Go To) Chelsea (Elvis Costello)

15. Heroin (Lou Reed)

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Note : 90%

Site du groupe / MySpace :

http://www.theohakola.com/oldIndex.htm

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