The Young Gods – Data Mirage Tangram

30 Jan 19 The Young Gods – Data Mirage Tangram

Le tangram c’est cette sorte de puzzle ou avec sept formes dissemblables on doit reproduire un motif qui les associe toutes les sept, sans montrer les contours intérieurs, telle une ombre chinoise, en une unique combinaison possible.

Le nouveau Young Gods est donc fort logiquement composé de sept morceaux. Le tout forme un mirage numérique. On sait les Suisses adeptes du recyclage des sons précédemment produits, capables de fournir des compositions neuves avec des samples des anciennes sans que cela sonne comme des remixes ou des chutes de studio ou, pire encore, que cela sonne comme un titre déjà entendu.

Qu’est-ce qui fait qu’un album des Young Gods sort du lot ? Son énergie, dans les années 80 et au début des années 90, un cycle de la brutalité qui s’était effacé au cours d’Only Heaven. Un album sort aussi du lot lorsque son concept le rend unique (Play Kurt Weill ou encore Knock on Wood et ses versions acoustiques).

Ici, Data Mirage Tangram, premier album véritable depuis 2010 et Everybody knows, va marquer les esprits par son naturel. C’est du Young Gods classique, basique, des retrouvailles dans l’esprit des années 2000 (Second Nature en ligne). Pas de surprises : des titres qui flottent et bercent, délivrant parcimonieusement des déflagrations bien sages (« Tear up the red Sky », le juste milieu de « All my Skin standing »). Le son est produit avec beauté et on s’immerge avec délices dans ces nappes organiques, chaudes et souples dans leurs superpositions. Le son de la batterie sonne comme jamais, précis, propre, boisé presque. Les bruits de vent qui faisaient le délice de Music for artificial Clouds, sont aussi de sortie, rejoints par des sonorités liquides (« All my Skin standing »). L’écoute au casque, ou avec un bon système d’enceintes, est nécessaire. C’est cette force de captation qui sauve le trop insipide « You gave Me a name », n-ième variante ambient-tribale-hédoniste qui ne convainc pas vraiment.

Sur le plan des sonorités et des assemblages, Data Mirage Tangram est, osons-le, comme une sorte de best-of avec des nouveaux titres, mais qui omettrait malheureusement la part la plus noire, la plus sexuelle des Young Gods (du temps où ils se référaient aux Swans et posaient couverts de boue sur leurs photos de presse). On est pourtant dans la redécouverte des chants et des complaintes (le blues fracassé et primaire de « Moon above » a des airs du « Cayenne » de Jacques Higelin, harmonica en tête sur fond concassé avec sagesse). On s’enfonce même dans la sensualité de l’âge, dans une volupté légèrement psychédélique (le groupe en a toujours été féru), lançant quelques lignes leads trippantes (« Figure sans Nom »). La voix de Franz Treichler caresse sans mordre, portant toujours sa poésie corporelle et lumineuse ; sur « Everythem », la mélodie orientaliste porte les rêves et ouvre le monde nocturne. Il y a donc de forts moments ou plutôt des ambiances et des figures imposées qui interpellent.

Sur le plan des compositions, de leur tonicité ou de leur grâce mélodique, en revanche, l’absence de surprise gêne. C’est en roue libre : ça sonne, mais ça ne résonne pas (hormis ce morceau final bien décontractant et l’étonnant « Moon above »). Comme le tangram : on a une série de dessins sympathiques, mais pas renversants non plus. Les comparses semblent trop souvent happés par leurs propres sons, baignés dans une eau tiède et bienfaisante, là où nous aurions aimé retrouver ces douches glaciales et brûlantes en alternances qui avaient fait la renommée du groupe, autrefois. Les singles augmentés disponibles pour accompagner la sortie présentent des versions alternatives aux morceaux, lesquelles leur donnent parfois cette densité qui fait ici légèrement défaut (le remix de Christian Vogel pour « Figure sans Nom », évidemment).

Voilà, ça reste un album des Young Gods, au-dessus du lot… Mais est-ce l’un des trois meilleurs, qu’on conseillera aux néophytes ? Non. Et pour les habitués ? Ben, si, achetez-le et allez les voir en tournée, lorsqu’ils vivent et habitent leurs morceaux et, c’est pas tous les ans quand même…

Tracklisting :
01. Entre en Matière

02. Tear up the red Sky

03. Figure sans Nom

04. Moon above

05. All my Skin standing

06. You gave Me a Name

07. Everythem

Note : 60%