The Third Eye Foundation – Wake The Dead

22 Juil 18 The Third Eye Foundation – Wake The Dead

Huit ans après The Dark, dix-huit ans après Little Lost Soul et la compilation de ses remixes, Matt Elliott ressuscite The Third Eye Foundation. Pour lui, ce projet plus illbient, voire industriel, expose ses facettes les plus sombres et étranges : il s’agit de refléter « l’ombre du monde », via « des murs surmontés de barbelés ». Cette fois, la pochette signée Xoil associe homme et végétal, comme des empreintes positionnées sur une construction géométrique. Six titres composent Wake the Dead alors que le précédent n’en comptait que cinq, et c’est son septième disque (huit avec la compilation I poo poo on your Juju) sous ce premier nom : nous n’irons néanmoins rien chercher du côté des chiffres.

« Wake the Dead » est à la fois le premier morceau et, disons-le, le meilleur de ce disque auquel il donne son titre. Il fonctionne en sept parties : un démarrage en basse bien graves et percussions. Réminiscences du Bristol trip-hop et de l’arrivée de la drum’n’bass, même si Matt vit maintenant en France, à Nancy depuis plus de dix ans. Ces basses surdimensionnées, on les côtoiera tout au long du disque, dans un esprit Scorn, même si un poil saturé. Cette même basse dub expérimentale fait également le bon tempo du titre de clôture, « Do the Crawl », imagé et hanté, lui aussi. Revenons au démarrage du disque. « Wake the Dead » après la partie basses-percussions, enchaîne avec des volutes heavenly sublimement présentées (un vague lien avec les Chemical Brothers remixant Dead Can Dance sur « Song to the Siren ») qui mettent en forme le premier étage de cette belle pièce-montée : les couches s’empilent, travaillent au corps, pendant que l’âme est tirée vers le haut par la voix féminine. Un interlude percussif industriel plus abrupt et noir forme ensuite le cœur réel du titre. C’est rêche, sans guide pour tenir la main, comme en apnée solitaire… Enfin un mouvement de toute beauté fait surgir des cors de chasse et autres cuivres synthétiques. Ce sera le point culminant avant un retour au cœur aride et une marche arrière avec le deuxième avènement du chant angélico-mélancolique qui se mue en plainte enfantine pour le final de cet opéra électronique, lequel rejoue la partition sensorielle d’« Anhedonia ».

Les autres titres ont alors beaucoup de mal à rivaliser avec un tel sommet. Mettons d’emblée de côté « That’s why » incrimant des « fucking Pigs » : c’est du proto-rap en boucle, une envie de soirée qui semble monté en quelques heures, de la même qualité que les remixes de Nine Inch Nails ou les délires dopés de Ministry du temps de The Mind is a terrible Thing to taste. Rigolo, expérimental, mais pas touchant pour un sou… De même, on peine à apprécier totalement « Controlled Demolition », trop coincé dans sa rythmique. L’arrivée des basses groovy ne réussit pas à sublimer un morceau qui racle quand il pourrait basculer dans un hédonisme moite ; là, c’est l’option cordes émouvantes qui est privilégiée, sans qu’on comprenne vraiment où Matt souhaitait aller.

En revanche, on appréciera le rythme de batucada de « Procession for Eric » et ses langueurs d’Europe de l’Est, une sorte de mélopée instrumentale qui habillerait les fins de nuit de quelques tsiganes en cavale sur des aires d’autoroute. Les parties rythmiques du disque, qui forgent son squelette, ont été assurées par David Chalmin et Raphaël Séguinier de Triple Sun ; sur ce titre, le violon qui reprend les couleurs habituelles de Matt est joué par Gaspar Claus.

« The blasted Tower » est quant à lui sympathique, et sans « Wake the Dead », ce serait même un bon titre, mais là, il court deux crans en-dessous : bribes de chants en ressacs continuels, cordes, rythmiques cabossées en boucles évolutives. C’est plaisant et hypnotique, mais pas renversant.

Ce disque du retour marque un esprit, donne un corps aux envies expérimentales et dures de Matt Elliott. Il manque pourtant une consistance plus forte dans la composition globale de l’album.

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Tracklisting :
01. Wake the Dead

02. Procession for Eric

03. The blasted Tower

04. Controlled Demolition

05. That’s why

06. Do the Crawl

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Note : 70%