The Overlookers – Teenage wet Dreams

Annoncé par un maxi bien carrossé, voici l’album de The Overlookers. En dix titres, le projet fait rutiler bien plus que ce à quoi on s’attendait, perdant la ligne de mire promotionnelle qui faisait de ce projet une sorte de rétrofuturisme télescopant entre elles les années 50 et les années 80. Pourtant, nous ne serons pas bégueules et nous prendrons en marche le train d’enfer propulsé par ce moteur BOREDOMproduct.

La variété des paysages traversés met vite fin au clinquant rutilant des tubes hypnotiques que sont « Driving fast » ou encore « Prom Night ». Ce deuxième, avec sa ligne mélodique synthétique bien nostalgique, renvoie aux réussites de Ladytron (on pense notamment à « Soft Power » sur Witching Hour). La voix est belle et cette soft EBM – synthpop – future pop attire comme le cuir des sièges. Sa version vocodée, transfigurée en « Porn Night », est également une belle réussite.

Dans ce même registre, on aime « Disillusion », comme du Mesh en moins tonique, en plus atmosphérique. C’est la première plage nocturne de ce disque, au sample gémissant et aux breaks en forme de syncope mentale, d’absence momentanée. Un titre qui évite le tubesque, privilégiant son climat et qu’on associera donc au « Speak to the Devil (remix) » présent sur l’EP. Il est immédiatement suivi du très beau slow « Give Me More » où le numéro de crooner du vide atteint son apogée. Sexy et triste (« I feel so empty »), on associe les rythmiques finales au bruit des glaçons qui s’entrechoqueraient dans un verre de scotch, enfoncés à l’arrière de la voiture, à l’arrêt, alors que s’éteignent une à une les lumières du drive-in. « Speak to the Devil » sous sa nouvelle version étire ses synthés sur des bribes de mélodies horrifiques. Un mélange délicatement coupé au Carpenter dans le réservoir pour pousser plus loin l’aventure.

L’esprit est ensuite chamboulé par ces autres titres, plus surprenants. Ainsi, « Moogadillac », sur des paroles que n’aurait pas renié Black Francis des Pixies virevolte sur un boogie dépravé, morceau fantaisiste, guilleret et grotesque, une demi-blague digne des Residents, qui trace sa route, écoute après écoute. On aime moins l’enlevé « No Delight » dont l’intention pop orchestrée doit être saluée, mais pour lequel la forme pêche un peu (la voix, bien posée, n’a pas l’intensité rêvée, elle reste figée dans son cadre, sans sortie de route). Deux interludes se glissent dans la boîte à gants : « Inhale » quasi instrumental, mené par une voix de femme qui fait la réclame d’un produit miracle pour une respiration magnifiée ; « Porn Night » dont j’ai parlé un peu plus haut. Bien placé en écho, ce titre offre un boulevard à « Teenage wet Dreams » qui donne son titre à l’album, clôt le disque et dont on avait pu se délecter du remix sur l’EP précédent. C’est le titre le plus émouvant : numéro de lover froid, voix parfaite, calage sur les émotions, musique en apnée, enrichie de détails qui glissent comme la main sur le levier de vitesse (en deux temps pour un peu plus de cinq minutes) ou une caresse prenante sur les genoux. Un rêve qui passe, l’air de rien, emprunt de cet esprit si Morrissey (« I know it’s gonna happen someday »).

Les paroles sont dans un esprit délicieusement érotico-estudiantin où des gamins paumés n’attendent que la traque des pucelages (lorsque la Prom Night devient enfin la Porn Night) ou les accidents de la route qui les feront vivre un peu plus fort. À moins que les ruptures violentes ne mettent précocement fin au jeu…

Bien tunné sur ses quatre roues, piloté de main de maître, le Muscle Car The Overlookers dévoile plus de charmes que de force brute. C’est tant mieux : il a de quoi filer droit en ce début de printemps et le contrôle technique n’impose aucune révision.

Tracklisting :
01. Driving fast

02. Prom Night

03. My Moogadillac

04. The Disillusion

05. Give Me More

06. No Delight

07. Speak to the Devil

08. Inhale

09. Porn Night

10. Teenage wet Dreams

Note : 76%