The Last Cry – Living in Grey

31 Déc 12 The Last Cry – Living in Grey

La force du gothic rock est sa faiblesse : les années quatre-vingt ont figé le style. Les référents du genre les plus importants se sont fixés à cette époque, pour toujours semble-t-ils. Ils sont la matrice, mais les enfants restent bien petits. De le matrice sont nés quelques disques forts, les « premiers » comme on dit, forgeant une légende n’ayant jamais connu de relève digne de ce nom. La peau de chagrin du gothic ne s’est toutefois pas trop abîmée dans les années quatre-vingt-dix, quelques grands noms demeurant et faisant perdurer avec mérite l’élégance de ce style sombre et racé. Depuis, la redite est mot d’ordre. Comme si le gothic rock ne pouvait se dépasser lui-même, comme si l’essentiel avait été déposé, comme si la beauté esthétique avait tiré une essence et corseté (condamné ?) les générations futures. Dans la nostalgie de cette époque bénie pour la mouvance sortent alors, aujourd’hui encore, des disques se faisant l’écho de ce cristal noir et qu’incarnèrent pour le public une poignée de formations restées cultes. The Merciful Nuns est un exemple assumé de poursuite pure et simple d’une tradition (exemple supplémentaire tendant à démontrer in concreto le caractère indépassable du carcan 80’s), quand peu parviennent encore à sortir des disques vivifiant les beautés sombres des origines du gothique ou du post-punk (testez le Phoenix de Pink Turns Blue, qui porte assez bien son nom, mieux en tout cas que le successeur Storm).
The Last Cry, quant à lui, fait partie de ces formations dites « actuelles » dont tout le son résonne de l’écho noir et cristallin du gothique, de ses atours enchanteurs en tout cas : voix médium, guitares bouclées en clair, spleen suintant, dynamique rock en rythmique. Ingrédient dont les preneurs existent toujours. Formellement, The Last Cry reste d’ailleurs plus dans la reconquête des éléments d’élégance qu’il ne réinvestit les terrains occultes défrichés par les formations les plus dures des 80’s, leur préférant une approche plus pop et éclairées au niveau des mélodies (« All you gave me », agréable).

Ce que nous en retiendrons tient pour l’essentiel à une implication émotionnelle (« Falling away ») dans la colonne « plus », et une typologie de guitares fort prévisible (les codes ont la vie dure, vous dit-on) dans la colonne « moins », ce qui n’aboutit pas nécessairement à de mauvaises chansons. Mais le bilan reste fort mitigé. À l’instar de toutes ces formations n’ayant su redorer qu’un tout petit peu le blason du gothic rock après les dorures de l’acte de naissance (Vendemmian nous vient à l’esprit), l’impression demeure que The Last Cry ne fait que s’inscrire dans une tradition, sans vraiment la vivifier.
Premier problème principal : le manque de constance d’Andrew Birch au chant. Justesse parfois discutable, compensée mais insuffisamment par un sensible investissement personnel et qui fait qu’on y croit encore, ce qui circonscrit le problème à la technique de chant et n’inclut pas a priori la capacité à faire front.
Second problème, touchant à la globalité : l’académisme des suites mélodiques, ne bénéficiant de la présence d’aucun élément réellement distinctif, fameux Graal contribuant par nature à colorer ou styliser.
Ces deux écueils nuisent au bilan d’une sauce relativement classique et précautionneuse, dont nous garderons surtout les éclats héroïques (« Through her Eyes », efficace en dépit, là encore, d’une voix à réajuster légèrement par endroits). Pas foncièrement mauvais au global, de belles couleurs (« Song about », ou le final titre éponyme), une dynamique plaisante (« Virtual Fix », un des meilleurs titres pour son interprétation et l’impression de force qu’il laisse), une production aux choix clairs, en bref : le tableau a aussi ses honneurs. Mais au regard d’une prise de risque à peu près égale à zéro, d’un manque général de style et d’une finition restant à exiger, le groupe n’échappe que de très peu à la (sévère, nous l’admettons) catégorisation en rubrique « seconds couteaux ». Souhaitons au trio d’y échapper pour de bon dans le futur, car au vu de la teneur élégante des guitares de Tim Green et Chris Carey et du fond qui baigne tout cela, tout reste possible.

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