Slowdive – Slowdive

01 Mai 17 Slowdive – Slowdive

Nommer son nouveau disque du nom du groupe, ça a un fort impact. Ainsi, la nouvelle livraison de huit titres serait l’essence-même de ce groupe ?

Avant d’insérer l’objet dans le lecteur, il y a un temps d’attente, une légère réticence. Comme nous le disions dans l’analyse de leur discographie que nous avions publiée dans le #21 de notre magazine papier, il y a eu une différence émotionnelle forte entre la paire Just for a Day (1991) / Slouvaki (1993) et Pygmalion (1995) ou encore le 5 EP « In Mind Remixes » (1993) qui l’avait précédé. De quel côté vont pencher les Slowdive ? Qu’est-ce qui a motivé ce retour en studio après tant de concerts et l’impasse structurelle que fut le dernier album ?

Les réponses sont sans doute à chercher dans les aléas de la vie : Slowdive, le groupe, c’est ce qui reste, c’est l’esprit qui a présidé à la création du groupe, c’est ce besoin de se retrouver, un peu gênés d’être là et de faire du Bruit et du Beau, sans se poser trop de questions.

Avec « Slomo », les voix de Rachel et Neil se complètent, sans erreurs, épaulées par des nappes de guitares, un brouillard comme au printemps du shoegaze et de la dreampop. Volutes éthérées, portées par une rythmique sûre d’elle, un peu en toc avec ce décalage sonore qui écrase les sons (très trip-hop en fait, un placement studio qu’on retrouve aussi sur « Go get it »). La charge de sons est moins forte que sur les premiers disques, la référence instinctive aux guitares et claviers de la bande de Robert Smith n’est plus présente ; c’est comme si le groupe se servait de Pygmalion pour réécrire ce qu’il avait fait les années précédentes, allégeant sa toile à l’aide d’une blancheur assez étonnante pour des musiciens de cet âge. Une sortie de crise dans laquelle on englobe la prise en charge de son fils par Rachel, les multiples projets des musiciens les uns sans les autres, les vilaines claques de la presse musicale anglaise lors des derniers mois d’existence du groupe.

Vingt-deux ans après leur dernière sortie, trois ans après une reformation (2014) pour des concerts, revoilà le quintet (Rachel, Neil, Christian, Nick et Simon) à pied d’œuvre.

C’est « Sugar for the Pill » (deuxième single) qui a été privilégié lors des derniers concerts : belle basse en avant, guitares aigres, claviers touchants. En maître de cérémonie, Neil se dévoile avec un soupçon de maturité dans sa voix à la fois chantante et éteinte. Un morceau tout en évolutions, obtenant avec évidence un aspect céleste, quasiment un slow ancienne école, échappé d’un programme MTV de la fin des années 80, entre Chris Isaak et « Lullaby ».

« Falling Ashes » qui vient clore l’album est lui aussi un tir réussi vers les étoiles : le piano en boucle, les voix qui s’élèvent sans forfanterie, un nappage de claviers, de basse et de quelques notes éparses de guitares. On a là un titre assagi, planant, peut-être un rien trop sympathique pour ceux qui préfèrent les saturations.

Avec « Star Roving » (premier single) et « No longer making Time » (qui montre plus de douceur), l’énergie reprend la main, que ce soit avec la batterie de Simon qui se montre ouvertement rock’n’roll et assez linéaire, ou avec cet ensemble dense qui se fait plus frontal. Les touches mélodiques renvoient bien, elles, à la pop, si on les compare à celles d’autres Valeureux Anciens que furent les Wedding Present. De fréquents breaks permettent de faire retomber la pression, construisant un rapport au temps et à la chose musicale bien plus arty (on songe au Sonic Youth de « The Diamond Sea »). Ce sont ensuite les harmonies des premiers Lush ou des Field Mice qui sont en ligne de mire avec le très doux-amer « Don’t know why », lequel cultive également ce goût pour les variations de tempo. Alors que la voix de Rachel mutine les oreilles, celle de Neil se fait plus audible, sans trop d’effets, un choix qui surprend plus ici que sur « Sugar for the Pill », révélant un minimalisme sans fioritures, pas forcément judicieux dans les premières écoutes.

« Go get it » nécessite lui aussi un temps d’adaptation, tant sur le fond qui évoque une sorte de blues-pop pas très digeste, que sur la forme avec une envie d’expérimenter qui lance les instruments et les sons les uns après les autres, au détriment d’un esprit d’ensemble. Le résultat est assez fade, voire grand-public (erreur de jugement de Chris Coady qui l’a mixé à Los Angeles ?), alors que l’intention était plus audacieuse et progressive rock…

Un peu de jingle-jangle et « Everyone knows » se lance, partition élégante de la batterie qui accompagne les modulations rythmiques du titre, l’un des plus ambitieux en termes de couches sonores, pareil à la carte de visite que lancerait ce groupe s’il n’était pas si connu. Le son de Slowdive, plus que celui de Ride (plus rock) ou que celui de My Bloody Valentine (sans compromis), a marqué les générations suivantes : M83, A Place To Bury Strangers, Beach House, The Pains Of Being Pure At Heart, Sigur Rós… Un titre comme celui-ci transforme Slowdive en un challenger de poids qui place de nouveau ses propres lois en étendard.

Be Sociable, Share!

Tracklisting :



01. Slomo

02. Star Roving

03. Don’t know why

04. Sugar for the Pill

05. Everyone knows

06. No longer making Time

07. Go get it

08. Falling Ashes

Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 65%

Site du groupe / MySpace :

http://www.slowdiveofficial.com/

https://slowdive.bandcamp.com/album/slowdive

Be Sociable, Share!