Sindrome – Superdition + Chute libre

20 Sep 14 Sindrome – Superdition + Chute libre

En 2013, Sindrome a sorti coup sur coup deux albums sans que je sache vraiment lequel est le plus ancien. Superdition et Chute libre sont comme deux faux-jumeaux, le premier abordé émanant d’une entité changeante, ce Alex Sindrome mis en titre, conjugué sur le plan visuel par une tête de chien sur un corps d’homme.

Pourtant, pas chien pour un sou, Alex Anders diffuse une dense série de titres qui fait mouche. Le son est désormais dense, à l’image du tournant technologique pris sur le fondamental EP Autolargue. Finis les enregistrements bas de gamme, en studio maison mal utilisé. Il y aura, n’en doutons pas, encore des chutes versions alternatives diffusées gracieusement ça et là, mais la maîtrise fait maintenant partie des bases non discutables. Pourtant, Sindrome a réussi à conserver le minimalisme inhérent à ses compositions : jamais trop de pistes, jamais trop de notes. Une évidence mélodique qui fait sa force. L’écoute du tube « J’prends tous les Avions qui s’écrasent » dévoile une minutie initiale : ce rythme de notes au synthé qui pose le morceau a une note qui dévie légèrement, un décalage dans le détail qui donne un coup de fouet. Par dessus, la voix désenchantée, narquoise, rend un hommage indéniable à Bashung. Les paroles sonnent, drôles et sérieuses : Alex cite régulièrement Cioran, mais les aphorismes ici mis en musique créent un personnage narrateur attachant et n’empêchent nullement la densification narrative pour des scénettes bien noires. L’entêtant « À nos Alarmes » pose des questions sociologiques qu’un Indochine ne peut qu’effleurer. « Lacrymal », répétitif, se fait suave à la manière d’un Denis Bortek, avant que l’acidité de la guitare ne l’emporte.

Désarrois adolescents, lucidité sur une époque où même le post-moderne s’est éteint, humains qui agissent sans regards sur leurs actions et motivations, froideur du constat (« Une Vie sans Idéaux »), jeu régulier avec l’antithèse (« La Foudre en toi »). Il y a de la pose, évidemment, dans cette vision dix-neuvièmiste, du dandysme dans cette ironie. Ce que cela peut avoir de factice est totalement contrebalancé par des détails aguicheurs : cette idée de foncer « Tous à la Batmobile ! », le rythme EBM qui se fait variété (« La Foudre en toi »), le sifflement en variation à M le maudit pour l’assassinat à venir de « Peur panique », les sons de synthé très early Front 242 sur « Paradisiaque »…

Ce qui frappera les habitués de Sindrome (et ils sont nombreux les fans de sa poésie musicale), c’est sa nouvelle capacité à composer ses albums. Il y a quelques années, on restait sur des collections de chansons, des compilations sympathiques auxquelles il manquait une vision d’ensemble. Alex étant déjà prolixe, cela donnait une fâcheuse impression de déversoir avec trop de titres qui pâtissaient de cette accumulation.

Aujourd’hui, la variété des titres, par le point de vue, la diction, les détails mélodiques ou les rythmes fait sens. Les deux albums sont construits et il y a de la relance. L’arrivée de « Seule au Monde » sur Superdition est un nouveau départ. Sur Chute libre, c’est « Anima » qui remplit ce rôle avec un hommage aux premiers Depeche Mode (superbe clavier en arrière-plan).

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Chute libre, justement, faux-jumeau qui reprend des thématiques chères : « Décrochage » attend aussi l’événement, la cassure qui provoquera le chambardement de l’âme. La voix de crooner second degré ne croit plus en rien et s’attache à un fantôme de diction rock’n’roll. « Sur la Tempe » enchaîne lui aussi sur une résurrection du Bashung, période « Gaby ». Toutefois, rapidement se dégage autre chose : le visuel des fenêtres allumées positionne chacun de ces titres comme une miniature de vies de couple défaites, regards sur chaque appartement, série d’histoires marquées par la chute, le vertige, le saut volontaire, sans guère e refrains salvateurs (« Et soudain » se fait mélodique, presque par effraction). Les jeux de mots sont autant d’amorces pour donner corps et sens à ces histoires, tels ces premiers vers : « C’est décidé / C’est décidément pas simple » (« Tombé de haut »). Les références aux années 80 se multiplient, que ce soit sur le plan visuel ou dans les sons utilisés ; le clin d’œil à un Plastic Bertrand dark fait mouche sur le léger « L’Air de rien ».

Plus nocturne, ce disque place également quelques samples urbains : les sirènes sur « Mon Amour » ou « L’Air de rien », les voix qui commentent le début der « Et soudain ». Plus habité, ce disque montre peut-être mieux la vacuité ; ses rythmes moins appuyés en feront un disque de fin de nuit et laisseront la place de choix à Superdition.

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Tracklisting :
Superdition

01. En Beauté

02. J’prends tous les Avions qui s’écrasent

03. Une Vie sans Idéaux

04. La Foudre en toi

05. Lacrymal

06. À nos Alarmes

07. Tous à la Batmobile !

08. Peur panique

09. Urgences

10. Seule au Monde

11. J’ai pas Envie

12. La Fuite en avant

13. Paradisiaque


Chute libre

01. Décrochage

02. Sur la Tempe

03. Mon Amour

04. Vertigo

05. Tombé de haut

06. Et soudain

07. Anima

08. Nocturne à l’Arrivée

09. L’Air de rien

10. Écarlate

11. Comme un Vide

12. Noyade interdite

13. Plaies fantômes

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Note : 80%

Site du groupe / MySpace :

http://alexsindrome.bandcamp.com/

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