Simon Johannin – L’été des charognes

26 Jan 17 Simon Johannin – L’été des charognes

Récit âpre, farouche et incroyablement poétique, L’été des charognes est un premier roman fascinant, de par la qualité de la langue d’une part et d’autre part de par la France sordide et rurale qu’il donne à ressentir, quelque part entre le réalisme social terrifiant de Christophe Siébert et les récits les plus rugueux de l’Amérique redneck et le courant country noir. La maîtrise et la connaissance de cet univers reculé, violent et la beauté des tournures stylistiques sont d’autant plus remarquables qu’elles proviennent de la plume d’un auteur d’à peine 23 ans. L’entrée en matière est brutale. Un chien est défoncé à coups de pierres, celui de la voisine qui a écrasé le chat du narrateur. Vengeance, rancœur, ennui. Le bled se nomme La Fourrière. Ici, les gars ont la gâchette facile, surtout quand ils boivent, c’est-à-dire souvent. Les seuls événements palpitants y sont la fête des châtaignes ou la découpe du cochon. Les hommes ont arrêté de se laver pour la plupart. Ils puent autant que les charognes qui pourrissent au soleil. Pour s’amuser, les enfants se jettent du crottin de cheval à la gueule. Même la bouffe a une odeur nauséabonde. Les asticots se promènent sur le fromage et c’est barbecue tous les jours dehors car les mouches sont trop nombreuses dans la maison.

Le narrateur nous offre sa perception des choses, avec son regard d’enfant, puis d’adolescent. Il observe le monde sans le juger. Il regarde les chiens manger les merdes des autres, se confronte à la mort et à des scènes d’une rare sauvagerie (l’ivrogne qui dévore la truffe d’un chien). Il glande, se bagarre et fait des conneries, car au bout du compte il n’y a rien d’autre à faire, si ce n’est se rendre chez  Didi à cinq kilomètres, la seule à avoir un téléviseur dans le coin, passer à la caravane du vieux Marcel pour récupérer des bonbons et croiser quelques « gueux » comme on les appelle, ceux qui ont atterri dans cette zone paumée par hasard. Pas facile non plus de se faire des copains à l’école, qui ressemble au final plus à un chenil, quand les autres portent des Nike à la Zidane. Pas le genre à fréquenter des bouseux de la ferme du style du narrateur.

Pourtant ce dernier va s’émanciper de cet environnement sclérosé et clos sur lui même pour toucher la lumière. La langue va ainsi évoluer au fil de ce court roman jusqu’à atteindre de purs moments de grâce et de lyrisme évocateur. Johannin ne cherche pas à se complaire dans l’abjection et ne voit pas de fatalité dans la misère sociale. Un petit livre enthousiasmant, et un auteur à suivre de près.

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