Signal~Bruit – Planisphère(s)

03 Nov 16 Signal~Bruit – Planisphère(s)

Member U-0176 est à la tête du label synthwave BOREDOMproduct et il assiste ou fait partie de cette ribambelle de groupes capables de donner à la pop les couleurs froides et grisées que nous apprécions.

En parallèle à cet emploi du temps chargé et cette esthétique clairement définie, il a Signal~Bruit. Et Signal~Bruit est signé par les Allemands de Meshwork.

Cet album, Planisphère(s), je l’ai d’abord écouté de nombreuses fois dans ma voiture, comme cela arrive à d’autres, sur les trajets domicile-travail et retour. La musique est idéale pour ça : elle évade le soir et colore les matins. Dans un retour aux sons froids du krautrock allemand (on pense forcément aux travaux les moins mécaniques et les plus planants de Kraftwerk), le projet prend une place intéressante du fait de compositions longues (exception faite du titre 4) et avec des constructions bien plus travaillées que la moyenne. En effet, la teneur spatiale des sons se fait parfois aquatique ou boisée (ce qu’on n’aurait pas pu avoir dans cette fin des années 70), les compositions ne cessent d’évoluer, se rapprochant d’un rock progressif sans guitare, ni basse, ni batterie et la trame zen fait régulièrement décoller (entre techno minimaliste et psychédélisme). Une musique donc hors cadre, profondément habitée alors même qu’il s’agit ici de cinq instrumentaux.

Et puis, au moment où je me décide à me lancer dans la prise de notes à la maison, pochette du digipack en mains, je découvre la teneur du disque. Pas besoin de la connaître pour l’apprécier et comprendre ou sentir ce que chaque morceau a de singulier par rapport aux autres. Mais, je me permets d’insister pour que les futurs auditeurs commencent par ça puisque les notes de pochette racontent un univers, ô combien riche !

En fait, Planisphère(s) est basé sur un roman de 1884, écrit par Edwin A Abott, Flatland. On est dans une dystopie et progressivement on passe à une utopie géométrique. Cette même géométrie qui a fasciné Celluloide, l’un des groupes de BOREDOMproduct ces derniers temps.

Dans ce monde plat, ceux qui ont le plus de faces forment une élite. Évidemment les cercles président les destinées, eux dont on ne peut dénombrer l’infinité de segments qui composent leur tracé. Tout allait pour le mieux dans cette société fortement divisée en classes sociales quand un polygone découvre soudain les couleurs et la peinture. Se colorant, les formes altèrent les moyens d’identification présents depuis longtemps et troublent l’ordre établi. Alors, Pantocyclus, un cercle éminent, lance une offensive militaire pour éradiquer les couleurs. La guerre civile ramène l’ordre initial, transformant cette société rigide en dictature. Tout est de nouveau bouleversé par l’arrivée dans ce monde plat d’un sphère issue d’un monde supérieur. Sur un mode religieux, c’est un bête carré qui reçoit cette révélation et qui tente de propager la nouvelle, d’initier ses congénères…

Chacun des titres, par le fragment du livre qu’ils mettent en scène (non, ces morceaux n’illustrent pas) reçoivent une structure qu’on sent mathématiques (après tout, il y a bien du math-rock) et qui est expliquée pour les fans de rythmes.

Ce qui est génial, pour les néophytes ou les gens qui, comme moi, ne lisent qu’après coup les notes de pochette, c’est que la musique de Signal bruit est suffisamment performative pour faire sentir ce qu’elle raconte. La montée zen, par ajouts qui se remplacent et densifient une musique d’apparence minimaliste, je la sentais sur « Polygones ». Les volutes semblables à des chœurs avec un léger jeu dysrythmique, c’est cet apport de la couleur sur « Chromatistès ». la rigueur militaire angoissante dans le tempo de « Pantocyclus » est rendu. Enfin, la mise à distance observatrice du témoin « Prométhée » venait clore efficacement ce disque plein d’intentions et finement réalisé. Loin du concept chiant ou trop réfléchi, Member U-0176 a trouvé là une expression ludique et sensible. Il n’y manque que les images ? Un clip-teaser est là pour raconter l’histoire en dessins et musique… En attendant le lancement de l’animation d’une heure (la durée de l’album), découpée en cinq parties (pour chaque morceau dont l’un avec un film en 3D stéréoscopique, avec les lunettes prévues !).

Bravo !

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Tracklisting :



01. Polygones

02. Chromatistès

03. Pantocyclus

04. Révélations

05. Prométhée

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Note : 90%

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