Shannon Wright – Division

18 Fév 17 Shannon Wright – Division

On n’attendait pas Shannon Wright dans ces contrées. Même si depuis l’aube des années 2000 l’Américaine n’a de cesse de surprendre à chaque disque, ce Division se promène régulièrement du côté du trip-hop blafard de Portishead.

Une ambiance imprégnée d’un blues mécanique, une voix triste, la batterie qui martèle un rythme cotonneux et une évolution de la mélodie que ne renierait pas Michel Nyman… Voici pour « Division » dans lequel la multiplicité de pistes parfaitement imbriquées évoque un puzzle musical enfin agencé à la perfection. Sur « Iodine », c’est le Nick Cave crépusculaire qui s’invite à la mémoire, du fait d’un orgue lugubre à souhait. En arrière-plan, décor ultra-important, ce sont des volutes et boucles qui superposent leurs mélodies complémentaires, nouveau mille-feuille battu régulièrement par des crashs rythmiques.

Un souci des sonorités marque donc ce nouveau travail. Il est clairement sensible sur « Soft Noise », bien enchaîné par son piano discret et léger à « Seemingly ». Un sample de radio ou de JT, deux ou trois pistes de piano qui se superposent, une batterie qui se pose en douceur, des cordes sérieuses qui interviennent… Et, passées les quatre minutes, des parasites de cordes et la batterie qui se met en mode éruption transforment ce titre en puissante sauvagerie. Car, contrairement aux titres les plus vifs de Portishead, Shannon Wright possède une voix faite pour la puissance. Ainsi « The Thirst », après un démarrage tout nocturne, fait surgir des nappes énormes au synthé : la voix doublée en échos se fait romantique et dicte ses vérités. Cette violence adoubée par des partitions jouées principalement au piano renvoie aux interrogations du récent The Black Painters. C’est un pareil souci de créer une musique sans forfanterie, capable de transfigurer les oppositions qui se montre spectaculaire et offre un plaisir des détails : « Accidental » place lui aussi la voix au premier plan et ce titre oscille entre les sinistres (l’intensité des notes basses) et le ludique : une boîte à rythme cheap, un clavier qui dessine une mélodie rigolote… Et, quand on croit tenir l’intention, Shannon se relève et se tient face aux autres, une grenade à la main !

« Lighthouse » reprend l’idée de la tempête maritime chère à « The Thirst » : quelques mesures inspirées par la manière de Satie, les voix qui modulent comme un mantra apte à faire partir en transe, le chant souffle « no sight, no sound, no light » puis la batterie s’assèche, les notes s’accumulent et se répondent, extatiques, avant une explosion de tambourins en tonnerre grondant et d’une distorsion finale.

Le résultat est émouvant car Shannon Wright met à nu ses émotions : sa voix se fragilise, proche de celle de Rivkah sur « Seemingly », en une délicatesse un peu malsaine, une exhibition des fêlures qui se module en force, un trait de personnalité qui a sans doute séduit Katia Labèque. C’est suite à un concert magistral de Shannon que la virtuose du « classique » lui a proposé son studio et l’un de ses pianos. Shannon était au bord de l’implosion, ne savait comment ni pourquoi prolonger sa création. « Wayward », quelque part, rejoue cet état d’esprit : entre le piano et le wurlitzer, il y a un enlacement, un aspect classieux tempéré par un troublant bric-à-brac de fête foraine ; sur ce titre, Shannon ne cesse de s’éteindre et de redémarrer… Sans faux-semblant.

Deux masters ont été réalisés pour ce disque selon les versions CD/digital et vinyle.

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Tracklisting :



01. Division

02. The Thirst

03. Wayward

04. Accidental

05. Seemingly

06. Soft Noise

07. Iodine

08. Lighthouse (drag us in)

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Note : 82%

Site du groupe / MySpace :

http://www.viciouscircle.fr/fr/artiste/shannon-wright

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