Scott Walker – The Childhood of a Leader : Original Soundtrack

03 Nov 16 Scott Walker – The Childhood of a Leader : Original Soundtrack

Après avoir produit des albums de façon très espacée pendant des années, Scott Walker se fait moins rare pour notre plus grand bonheur, enchaînant une nouvelle production tous les deux ans : Bisch Bosch (2012), Soused (avec Sunn O))), 2014) et enfin ce Childhood of a Leader. Devenu une figure majeure dans le domaine des avant-gardes les plus sombres depuis Tilt (1995), il arrive à surprendre et se renouveler avec chaque disque. Cette fois-ci, il en revient aux musiques de films, dix-sept ans après le Pola X de Léos Carax.

Le film déjà, avec son ambiance gothique et claustrophobe ainsi que sa thématique (quelques moments dans l’enfance d’un futur dictateur), avait tout pour lui plaire, le totalitarisme étant un sujet que Walker explore depuis déjà pas mal d’albums. Réalisée par le jeune acteur Brady Corbet – dont la carrière a été émaillée de choix souvent brillants depuis Mysterious Skin – et inspirée par une nouvelle de Sartre, The Childhood of a Leader est une première œuvre étonnante, tournée un peu comme un giallo ou un récit d’angoisse et divisée en trois tantrums, ces crises de rage folle que peuvent avoir les gamins. L’ambiance est définitivement chargée et menaçante, et la musique fait bien plus qu’accompagner le film mais elle le dirige carrément, créant de la tension et de la nervosité là où il ne devrait pas y en avoir.

Pour le coup, Scott Walker a sorti les grands moyens, délaissant le chant pour éveiller le compositeur en lui et son goût de la grandiloquence. Ont été rassemblés vingt-quatre violons, huit violas, dix violoncelles, quatre contrebasses, six trombones, cinq cors, cinq trompettes pour une musique puissante, parfois cacophonique et effrayante, évoquant les pièces les plus angoissées et psychologiques de Bernard Herrmann (notamment Psychose et Sœurs de sang) et György Ligeti. Les cordes explosent de tous les côtés, utilisées de mille manières, entre drones vibrants et grincements stridents, mélodies énergiques et tournoiements étranges, allant du plus aigu au plus grave et semblant des fois totalement retraitées électroniquement (« Dream Sequence »). Le ton est néanmoins souvent inquiet et perturbant, « Village Walk » rappelant même le « Adulteress’ Punishment » de Riz Ortolani pour Cannibal Holocaust. Scott Walker est nourri de musiques de films – certains penseront même à du Jerry Goldsmith – mais il y insuffle son goût, développé dans ses derniers disques, pour les bruits étranges et les décalages, le sampling (« Printing Press ») et les univers autoritaires et martiaux (« On the Way to the Meeting », « Post Meeting ») quand ils ne sont pas apocalyptiques et terrassants (« Finale » avec ses bruits de sirène et son agressivité symphonico-industrielle digne de Laibach).

Suscitant panique et drame, ces compositions fascinantes, souvent très courtes, amènent le film vers une oppression inédite et tiennent aussi la route en tant que simple album. Une des meilleures BO de l’année, c’est certain.

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Note : 84%

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