S.h.i.z.u.k.a. – Illusion

14 Mai 18 S.h.i.z.u.k.a. – Illusion

Volupté. Le pauvre Salary-man épuisé de la couverture se coupe du monde et bascule dans un ailleurs onirique.

Les sons générés par S.h.i.z.u.k.a. dans ce Illusion dressent un panorama tendre et doux, caressent les conduits auditifs et génèrent bien-être. Évidemment, il faut passer outre quelques parasitages qui rendent plus concrets ces nappes liquides, ces frottements et glissements. Le travail percussif vient envelopper les moments-clé du disque, comme sur « Devotion » où les toms donnent une profondeur lointaine alors que ce qui se joue est là, autour de nous. Un environnement est là, semblable au couvert d’une jungle pas trop impénétrable : les reflets changeants sur les feuilles, la brise qui montre le dessus et le dessous, le remue-ménage au-dessus de nos têtes et le grouillement sous nos pieds. Les branches grincent en se coinçant entre elles, les fourmis cheminent, les larves creusent leur sentes sous l’écorce (« Low »). Rien d’angoissant : nous faisons partie d’un tout qui est immédiatement développé et qui nous accueille, dévoilant ses particularités au fil des écoutes, arborant peut-être des cuivres sur une colline éloignée : cérémonie en préparation, larges palmes qui laissent tomber les dernières gouttes d’une ondée positive (« Kyomu »). Gouttes encore et bambous pour « X.c.l.s.n. » où comment un rythme naît et se déploie, s’enrichit à mesure que nos oreilles et nos cœurs s’ouvrent au monde. Ça vit, ça communique, ça construit pour un temps, pour le plaisir. Le clip, lui, fait vivre Tokyo, les images proposées guide vers d’autres pistes, urbaines, alors que la musique a déjà dépassé ce stade, évoluant dans des sphères plus spirituelles (les lourds sons de tambours sur « Illusion », prémisses d’une course à petits pas sur les branches des arbres). La ville, elle est là, au loin, on la devine se couchant presque sur le final « Karoshi », passage de métro aériens, aux vitres illuminées, là-bas, au fond.

Là où ses complices de Muckrackers continuent de bousculer, Anthony Dokhac désormais accueille les possibles : « Natural Ennemies » vit avec sa voix féminine projetée en boucles, une guide à l’introspection lente et profonde. Chacun dans cette musique projette ses craintes ou ses assurances, comme lors de l’apparition des Noiraudes / Susuwatari dans Mon Voisin Totoro. « Trouble » sera ainsi écouté de trois façons au moins, pour son rythme initial, pour ses volutes, pour son chant, salut aux forces vitales, toutes ces écoutes s’accordant sur le break planant accompagnant l’auditeur béat.

Il y a des restes dansants, qui sont mis en sourdine, comme si ce qui importait désormais n’était plus le corps lui-même, mais la spatialisation, l’exercice physique devant une récréation mentale. Ainsi, « Hibakusha » travaille sur le dévoilement du temps avec un ralenti et un son inversé, retourné, renvoyé, un questionnement sur l’écho et la perception, les obstacles et les trajectoires tortueuses. Peut-être le titre le plus inquiétant car il met en œuvre une déstabilisation et un jeu tendu sur les attentes. « Metal Soul » hypnotise et camoufle de légers cris, nimbe ses parasites de grosses saturations. Face à ces titres noirs, « Freeter » dévoile des sons au premier plan qui provoquent le sourire, qui questionnent tandis que les rythmes roboratifs mais décomplexés de « Disorder part 3 » cachent pour moi une critique du travail de chantier. Un pauvre Caterpillar avance mécaniquement, gêné par les lianes, les racines et lors de ses pauses, il est progressivement couvert par des myriades curieuses puis la Lune vient recouvrir de sa faible clarté la scène. La ville, on la regarde de loin, seuls ses échos parviennent au cœur de cet espace organique et vivant. Derrière le masque qui recouvre ce visage brouillé, le cerveau vit enfin ses rêves enfouis.

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
01. Yuugen’

02. Devotion

03. Freeter

04. Takotsubo

05. Natural Ennemies

06. Kyomu

07. Disorder part 3

08. X.c.l.s.n.

09. Hibakusha

10. Trouble

11. Illusion

12. Metal Soul

13. Low

14. Karoshi

Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 80%