Risha – Risha

05 Juin 18 Risha – Risha

Deux grands artistes réunis sur un disque, ça fait rêver. Risha, c’est la conjugaison guettée de David Eugene Edwards (Sixteen Horsepower / Woven Hand) et d’Alexander Hacke (Einstürzende Neubauten / nombreuses collaborations avec Danielle de Picciotto), tous deux ayant par ailleurs œuvré au retour de Crime And The City Solution.

On était en droit d’attendre une création grandiose. On n’a malheureusement qu’un bon album. La déception est présente, et injuste puisque les compositions sont travaillées : les bruitages et superpositions d’Hacke encadrent la voix d’Edwards, lui donnent un espace fort joli et réfléchi (« Triptych » et « Breathtaker » ouvrent et ferment le disque à merveille). Pourtant, il manque bien à ce disque un changement de braquet plus important.

On reconnaît chacun des deux protagonistes. On a l’impression d’entendre un disque de Wovenhand à la sauce d’un sage Neubauten : « Teach us to pray » s’impose par une beauté marmoréenne mais les trépidations de « All in the Palm » n’atteignent même pas l’intensité d’un Endeu neu et d’ailleurs le titre s’arrête après une durée réglementaire, codifiée. « The Tell » exhibe une introduction symphonique vite oubliée au profit d’une sorte de rock possédé et concassé (éloigné d’un Killing Joke), sur lequel la voix se fait prophétique à la façon d’un entertainer, mais reléguée au fond, maquillée sous des effets (un lointain souvenir d’Iggy Pop sur « Caesar » mais en moins bien). Que deviennent ces mesures symphoniques puis orientales ? Des pauses dans le flux, placées là sans incidence réelle sur le déroulé. C’est comme si l’un et l’autre, tout à la joie et au plaisir de travailler ensemble s’était accordé pour que chacun donne le meilleur de soi. Mais, ce climax de l’un et l’autre, n’a-t-il pas déjà eu lieu ? Edwards et Hacke ont-il besoin d’une collaboration pour résonner au plus haut ? Cette attention à l’autre, ce ménagement et ce respect ont freiné les audaces possibles. C’est chacun sa partie, collée judicieusement (encore cette fichue propreté qui sépare un peu trop bien les thématiques de chacun dans le beau « Lily »), mais sans qu’il y ait fusion, connexion d’univers. Ainsi, lorsque « Akhal » s’éteint, on comprend que cet instrumental étonnant n’a pas ouvert totalement le dialogue dont nous rêvions.

Le disque ne surprend pas, il plaît mais ne fascine pas. Le constat est sévère car cet album sans titre (un hasard ?) plaira aux fans de l’un et l’autre ; il s’ajoute à des discographies sérieuses et talentueuses. Et puis, ne nions pas qu’« Helios » est une envolée qui fait mouche, avec des nappes synthétiques rares chez Edwards. Alors, que manque-t-il ? Là encore une immersion : le titre dure trois minutes trente. C’est une brasse qui va d’un bord à l’autre, quand on rêvait d’apnées et de grands fonds. Le visuel de la pochette avec son nom en arabe, les chemises psyché de ces deux hommes annonçaient un ailleurs et une hallucination douce qui n’y sont pas vraiment.

Le même sentiment m’avait saisi progressivement, au fil des écoutes, avec la liaison musicale de Blixa Bargeld et Carsten Nicolai aka Alva Noto (ANBB). Là où la démultiplication est attendue, on n’a finalement droit qu’à une addition purement mathématique. Rien de divin n’émerge qu’on ne connaissait déjà : « Kiowa 5 » s’ajoute aux odes shamaniques produites précédemment, les égale même, mais ne les supplantera pas. L’auditeur-critique est un monstre d’ingratitude… Mais espérons que Alexander et David Eugene ayant pris leurs marques, ils oseront sortir de leurs zones de confort respectives.

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Tracklisting :
01. Triptych

02. All in the Palm

03. The Tell

04. Helios

05. Kiowa 5

06. Lily

07. Parish Chief

08. Akhal

09. Teach us to pray

10. Breathtaker

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Note : 65%

Site du groupe / MySpace :

Page du label Glitterhouse pour le commander.

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