Punish Yourself – Spin the Pig

01 Nov 17 Punish Yourself – Spin the Pig

On les croyait finis, dépassés par leurs side-projects et collaborations, vexés du semi-échec du pourtant très bon Holiday in Guadalajara sorti en 2013 ou encore lessivés par le départ de l’irremplaçable Miss Z (que l’on salue avec honneur)… Pourtant, sous couvert d’un nouveau label (Verycords, hôte de Dagoba, L’Esprit Du Clan, Le Peuple De L’Herbe, Ultra Vomit ou encore Skunk Anansie…) et d’un teaser volontairement trop court, voici que surgit ce Spin the Pig aux allures de manifeste. Résurrection sous l’égide de la tête de porc chère à Sa Majesté des Mouches de Golding avec en plus la mise en place d’une cérémonie ritualisée par les traditionnels interludes.

Cette fois-ci, Punish fera du Punish tout simple, donnant la part belle aux évidences, appliquant ce qui est leur formule du métal-industriel. Pourquoi s’en priver ? Le genre connaît un regain de vitalité et Punish Yourself a su créer son style, proprement identifiable au bout de trente secondes, en dépit des allusions incessantes aux groupes qui ont fait fantasmer la bande des Toulousains.

Trente secondes, oui, car leur musique joue à la pioche aux sons. Les titres ambiant en montée d’acides ou non (« Pig Trouble in little Schweina », « Hog’N’Magog ») seront mis à part par leur brièveté et leur qualité d’ébauches (qui serviront peut-être un jour de base à des titres de Cheerleader69), au sens pictural du terme.

Trente secondes parce que le riff purement métallisé de « Lo-cust » renvoie un clin d’œil au « N.W.O. » de Ministry et qu’il faut attendre l’irruption de la voix de VX pour comprendre qu’il s’agit bien de Punish. Pourtant, le jeu de batterie se faisait moins monolithique avant la mise en route, comme si, pour réussir un morceau à la manière de la paire Jourgensen / Barker, il fallait se dépouiller de la technique. La reprise par Sonic Area (avec lequel Punish avait commis Phenomedia, album-concept sous-estimé) donne un éclairage plus poisseux et souterrain à ce titre, magnifiant la ligne vocale éructée. Le démarrage de « Die-S-I-Ray » lui, reprend du Senser avant de virer dans le magnifique KMFDM. Là encore, une singularité s’impose, ce penchant purement rock’n’roll des Français, ce sens du groove qui passe par la voix, par des couplets bien plus danse des Rangers et par une saleté que le groupe se plaît à relayer (les guitares et les claviers bien crasseux de « Backlash », son solo qui dérape en écho au retour d’un État orange-mécanisé). La jonction entre électronique et guitares est parfaite (d’ailleurs, c’est Stéphane Buriez de Loudblast qui vient en renfort sur « Backlash » et « Lo-cust »), en témoigne le nouveau tube EBM-métallisé qu’est « There’s no End to This », bien nommé.

Les samples sont plus discrets que par le passé (excepté le lancement de « There’s no End to This »), notamment si l’on songe à leur chef-d’œuvre que fut Sexplosive Locomotive (2004). Pas de longue citation, la priorité est donnée aux mesures qui tapent et qui jouent (le dantesque « Blacksunwhitebones », lequel ressuscite le slogan du groupe : « Rock’n’Roll is dead, we are the Zombies »). Tout juste quelques incartades au moment où les rythmiques ou bien la voix tournent seules. Les titres une fois lancés savent se créer des rebondissements, pour maintenir une tension, un goût de l’effort sur et devant les scènes. On attend alors un titre plus céleste, tels que le furent en leur temps « Worms » ou encore « Saint Alia of the Knife » indépassable hommage au cycle de Dune signé Frank Herbert. Certes, le titre éponyme, « Spin the Pig », sort les sons tribaux et ralentit le tempo sur fond de chorus faussement polynésiens (cf « Gangreen » de Ministry avec Sgt. Major), mais il s’avère incapable de créer une tension suffisante entre mélodie et acidité, malgré des paroles emportées, plaçant cette déité au cœur de nos communication modernes. Là où Simon basculait dans la folie face à un trophée putréfié planté sur un bâton, nous basculons face à nos écrans. Ce sera le seul relatif échec du disque, rattrapé par le final instrumental étourdissant de « Silver Sliver », celui qu’on guettait, servi par une ligne synthétique toute new wave alors que les guitares s’épuisent en répétitions asthmatiques.

Longtemps Punish Yourself a été la référence en matière de rock puissant dans l’hexagone (couverture médiatique indépendante, innombrables concerts sold-out, invitations au Hellfest, aux Eurockéennes et au WGT allemand) ; leurs challenger (Mass Hysteria, Sidilarsen) n’ont pas épuisé l’irrévérence et le jusqu’au-boutisme de ces cyberpunks fluo. Il reste donc une place à conquérir si tant est que ce genre musical puisse atteindre encore plus grandement les foules que par le passé. Avec ce disque en format court et direct, Punish Yourself lance un carré d’as sur la table.

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Tracklisting :
01. Pig Trouble in little Schweina

02. Lo-cust

03. Die-S-I-ray

04. Hog’N’Magog

05. Blacksunwhitebones

06. Backlash

07. Spin the Pig

08. There’s no End to This

09. Silver Sliver

10. Lo-cust (remix par Sonic Area)

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Note : 73%