Pink Floyd – The endless River

03 Jan 15 Pink Floyd – The endless River

Revenir près de vingt ans après, prête inévitablement le flanc à la déception des attentes… pour autant qu’elles existent.

Les adeptes de Pink Floyd se divisent en deux camps : ceux qui ont accepté le congé du compositeur principal Roger Waters, et ceux qui ne l’ont (carrément) pas digéré. Pour être au clair avec le lecteur, nous nous rangeons volontiers dans la première catégorie, ce qui a toujours eu tendance à nous faire envisager toute nouvelle production studio portant les initiales PF comme création par défaut et sous couvert de prolonger l’existence d’un nom illustre.
Après le départ de Waters, les disques du Floyd ont indéniablement pris une autre tournure, David Gilmour engageant le groupe sur la voie d’une mélodicité plus évidente, moins empreinte de l’étrangeté conceptuelle d’antan quoique toujours habitée par certaines ambiances. Gilmour, en mélodiste et arrangeur d’excellence (à défaut de qualités de songwriter que nous rapatrions plus volontiers aux mérites personnels de son ancien collègue voire à Syd Barrett) a amené Pink Floyd sur le terrain d’une production plus lisse, de mélodies se voulant plus frappeuses sans pour autant que les chansons convainquent toutes sur le terme, et ce en dépit de parties de guitares restées typées et franchement bien mises. Ne pas enlever à Gilmour, sous peine de caricature, ce qui lui revient et lui reviendra toujours : il a été et reste un guitariste d’exception. Son jeu porte une couleur à nulle autre pareille et si le fond a changé avec le départ de Waters, la finition des formes est resté maître-mot de la syntaxe estampillée floydienne.

À l’annonce de la sortie de The endless River, crainte nous a un peu pris. Apprendre l’aboutissement du projet instrumental avorté The big Spiff, près de vingt après, n’a pas provoqué le frisson. Ce projet expérimental, né à l’époque des séances de l’album de 1994 The Division Bell et finalisé par Andy Jackson sous la forme d’une heure de musique, n’est jamais sorti. Fragmentairement recréé via The endless River (mais pour une infime partie seulement), il trouve aujourd’hui substitut en la complétion, sur 2013 et 2014, de cette ultime série de structures instrumentales. Rick Wright (claviers) disparu, The endless River est présenté et à prendre comme un album hommage et posthume à l’homme qui a contribué à une grande partie de l’élaboration de ses structures de base avec Gilmour. Le résultat, nous l’admettons volontiers, se situe au-delà de nos – trop petites, en définitive – espérances. Si la réception de l’album a divisé la critique (à comparer à des scores de vente plus spectaculaires, bien évidemment), nous avons pour notre part le sentiment que cette chose produite par David plus Phil Manzarena (soutien récent du guitariste en optique solo), Youth et Andy Jackson, enregistrée et mixée par Andy plus Damon Iddins, se pare de vertus et fortunes diverses.

D’abord, c’est sans doute le disque du Floyd qui nous semble le plus faire fort écho et rendre justice aux atmosphères de l’avant-direction artistique de Gilmour. À l’horizon, pas grand-chose de neuf donc mais un frisson rejaillit. La fibre nostalgique a beau ne pas être bonne conseillère, nous nous rabattons volontiers sur ce que nous considérons vital. Même si Waters n’a signé aucun retour pour la « fin » (nous pouvions difficilement espérer le contraire), la coloration générale, les arrangements et suites mélodiques nous replongent parfois, régulièrement même, dans le Floyd que l’on aimait d’avant 1986, avant The Wall même, et ce même si le lustrage voulu par la production 2014 reste plus typique des derniers opus. Il y a même, oui, quelques moments magiques (« Talkin’ Hawkin » : toute la puissance dramatique du Floyd condensée en trois minutes trente, ou encore « Allons-y (1) », qui renferme la force mid-tempo d’un rock planant, typologique du clair-obscur et d’une énergie plus franche du Floyd). Tout le long du disque, les guitares de Gilmour parlent, habitées. Le disque a aussi ses moments plus rentrés (« Eyes to Pearls »), religieux (« Autumn ’68 »).
Au final, la mise en œuvre d’une science de l’enrobage, qui nous distancie trop à notre goût du cœur des choses, ne tue pas la qualité de climat marquant nombre de ces courtes structures. Elles restent quasiment toutes instrumentales, si l’on met de côté l’apport (assez remarquable et régulier) des chœurs et la présence d’un chant lead signé Gilmour sur la seule chanson (au sens strict) de l’ensemble : « Louder than Words », dont les paroles ont été écrites par l’épouse, Polly Samson.

Les défauts, eux, tiennent à quelques faiblesses ou à l’effet de remplissage que produisent certains titres (le malheureux « Anisina », dont les effluves péruviennes et/ou indiennes nous semblent plus dignes d’une publicité pour marque de gel douche que de figurer sur un disque estampillé PF). Quelques fondus paraissent aussi un peu abrupts, artificiels ou obligés, ce qui révèle peut-être cette difficulté confessée par Jackson à structurer le tout avec cohérence à partir de plusieurs heures de musique préenregistrée, partiellement reconstruite et complétée. La fin n’est donc pas synonyme de béatitude mais d’une lumière qui nimbe une dernière fois les recoins de l’âme. Quelques instants de grâce que l’on prend, à défaut de ces impossibles retrouvailles avec l’extase. Repose en paix, Rick, les autres ont fait au mieux. Tu restes avec nous.

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Note : 70%

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