Othila – Mag Mor 2001-2015

23 Avr 17 Othila – Mag Mor 2001-2015

À l’écoute de ce très beau coffret retraçant les quinze années d’existence du projet français Othila, une question nous taraude : pourquoi ce groupe est-il resté si confidentiel ? Mélodique, rêveur, piochant allègrement dans les musiques celtiques ou tribales, le projet aurait pu interpeller les nombreux amateurs de Dead Can Dance ou de Wardruna. Pas d’élément vocal fort ici, il est vrai, des influences néofolk et Death in June/Sol Invictus (la reprise de « The Return », titre publié sur King and Queen (1992) apparaît dans deux versions ici) bien marquées dans les débuts, un côté soundtrack aussi, des arrangements parfois étranges, ou une volonté de rester dans l’ombre, peut-être tout cela pourrait expliquer ce relatif anonymat. Mais à travers cette rétrospective, on ne peut qu’admettre l’excellence du duo John Doe/Lionel G. à créer des ambiances envoûtantes, parfaitement maîtrisées avec une cohérence de vision qui ne s’est pas démentie depuis leurs débuts. Ici, mots, images et photographies se mêlent pour nous amener vers un ailleurs totalement enveloppant.

Les trois CDs rassemblés, accompagnés d’un livret 24 pages, regroupent des inédits, titres parus sur des compilations, démos et éditions CDs ou vinyliques confidentielles. On commence par une longue plage de vingt minutes, qui était paru avec le fanzine Cynfeirdd en 2001. Le style est alors définitivement post-industriel avec des touches d’ethno ambient : nappes synthétiques, sonneries d’ambulance, samples martiaux, spoken words, évocations apocalyptiques, rythmiques tribales qui mènent à la fin vers des sonorités plus celtiques qui allaient annoncer la suite. On sent une vraie volonté expérimentale et étrangement quand la voix apparaît, on pense à Hint ou Bastärd quand ceux-ci exploraient des domaines moins balisés et plus ethniques que ceux du registre rock.

Le titre « Ouverture », figurant sur le livre-CD Ombres et Lumières (2003) aborde un domaine plus obscur et inquiétant, les samples y sont noirs et mélancoliques, assez proches de l’esprit Cold Meat Industry de l’époque. « Infini », paru dans l’hommage à John Balance, Coilectif (2006), mélange ambiances fortement inspirées par la formation séminale anglaise, mais aussi ce caractère ethnico-rituel qui est la marque de fabrique d’Othila, exécuté ici avec beaucoup de savoir-faire. Le morceau avec Lambwool, « To the Marble Temple » est une lente procession spirituelle, incluant chants tibétains, flûtes et percussions. S’en suit une version alternative et très bien condensée du premier titre du CD, comme une bande originale de film où le thème principal reviendrait. Ce premier disque se termine par un pur morceau néofolk, la reprise de « The Return », mentionnée plus haut, moins psychédélique mais plus incantatoire que l’originale.

Le deuxième CD Merzhin, pour le coup, est une véritable symphonie qui s’étend sur vingt-sept minutes. Les arrangements peuvent frôler le néoclassique, mais la dimension celtique y est plus forte aussi, avec une instrumentation très riche : binious bretons, cornemuses, guimbardes, tambours, flûtes, violons, mais aussi field recordings, sons inversés et samples à tout va. La richesse musicale est permanente et s’appréhende comme un trip à tous les sens du terme. Il s’agissait au départ de la bande originale d’un livre d’Aleksi Briclot et Jean-Sébastien Rossbach, décomposée en quatre actes car le livre lui même était divisé en quatre partie correspondant aux quatre saisons. Malheureusement, le projet de livre-CD n’a pas abouti avec l’éditeur mais une grande partie de ce travail sonore s’est retrouvée dans le dernier album en date d’Othila, Bronagh (2014).

Le dernier CD débute sur l’original de la reprise de Sol Invictus, pâtissant d’une introduction emphatique pas très heureuse, ce qui rend l’autre version bien plus réussie. Ensuite, nous entrons dans le vif du sujet avec du grand Othila : la trilogie Yula. Cloches, corbeaux, pluie, cordes réverbérées et grinçantes, cornemuses, ces titres pourraient s’apparenter à une rencontre au sommet entre Test Department et le Coil de « The Golden Section » sur l’album Horse Rotorvator. Le mélancolique « Krahen » de l’album Bronagh est présent dans une version démo. Puis le périple se termine sur la longue plage atmosphérique « Titouan » et l’inédit « Eoghan », toujours dans une veine celtique et tribale.

Pour tous les amateurs du projet, ce coffret est un indispensable à ranger aux côtés d’Elements (2002) ou Continents (2006). C’est aussi la porte d’entrée la plus riche et complète dans cet univers envoûtant, entièrement voué à l’imaginaire tout en n’oubliant pas le folklore nordique ancestral, le langage des runes, la notion d’héritage, l’ode à la nature et le paganisme. Sans aucun doute, une des formations les plus essentielles du genre à avoir émergé de France.

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Tracklisting :
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Note : 82%

Site du groupe / MySpace :

https://www.facebook.com/Othila-officiel-1492306594353060/

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