Oomph! – Des Wahnsinns fette Beute

10 Mai 12 Oomph! – Des Wahnsinns fette Beute

À l’époque, comme dirait mon papa, on avait le vinyle. C’était bien : deux faces, vingt minutes chacune. Au milieu de l’écoute, il fallait se lever, tourner le disque, reposer le sillon. On se rasseyait, ça reprenait. Respiration instaurée, un autre rapport au temps dans l’écoute.

Et puis le CD est apparu. Soixante-quatorze minutes d’abord, quatre-vingt plus tard. On n’arrête pas le progrès. Ça a engendré toute une mode de l’album simple long. Et le nouvel opus de nos gars de Wolfsburg, il sort sur CD figurez vous. Et il est long. Quinze titres. Non pas qu’on rechigne à jouir de quelque générosité mais quand c’est trop long, c’est trop long, c’est tout. Et puis surtout, ça fait un bail que nos Allemands ne surprennent plus grand monde. Toujours bien faits mais sujets à quelque facilité mélodique (et le constat ne s’est pas amélioré avec les années), leurs albums nous donnent l’impression de ne jamais dépasser le statut de sympathique produit de consommation courante : le truc que tu sors de la réserve pour te faire plaisir une fois mais qui, une fois digéré (et ça l’est vite), ne sera jamais à redécouvrir.

Bien malheureusement, Des Wahnsinns fette Beute s’inscrit dans cette restrictive dimension. Seize titres (sur vingt composés, ils doivent avoir plus de bras que la moyenne) là où douze ou treize auraient largement suffi, une certaine inventivité dans les arrangements (« Zwei Schritte vor ») mais qui reste camouflée dans des mélodies un peu bateaux et un rendu très soft dans la catégorie indus metal, au bout le bilan prend une inconfortable demi-teinte… sauf si vous n’attendiez rien d’autre d’eux que le produit consommable en règle, ce qui est aussi une option. À côté, Zeromancer c’est encore la révolution. Une concoction sonore soigneuse ne fait pas tout, il faut de l’écriture derrière.

Il reste quoi, alors sur la forme ? Une production claire et relativement aérée (« Bis der Spiegel zerbricht ») mettant en valeur des suites (fuites ?) toujours plus pop (le pas désagréable « Kosmonaut »), une sévérité de phrasé que déguise une fâcheuse (à notre goût) tendance au festif – et c’est sans doute cette posture qui gêne : non qu’on leur demande d’être graves exprès, pas bon ça, mais le fun qu’ils insufflent à l’ensemble de ce nouvel album, voire les quelques accents nu-metal (« Bonobo »), nous parlent moins que jamais. Et on vous passe la ballade larmoyante obligatoire (« Regen », ouille, mais que fait Zucchero ? Lui et Bon Jo, c’étaient les maître).
L’ensemble nous donne alors et surtout l’impression d’un Oomph! persistant à entrer dans une case « standard », délivrant un produit certes généreux mais assez vulgaire (sa relecture de « Small Town Boy » [titrée « Kleinstadtboy »], en comparaison de celle de Paradise Lost, sonne fort gloubiboulga). L’extrême accessibilité de l’ensemble (que nous ne le lui reprochons pas intrinsèquement) est fatidique : terreau du plaisir, elle accompagne aussi et accentue la dissolution d’une personnalité musicale.

Verdict final : Bof bof, même si tout cela reste bien fait, on le redit. Sur le coup et en dépit de toutes les précautions d’usage, le Neue Deutsche Härte prend un bon coup de mou.
Un de plus.

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Note : 55%

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