Ono Scream (coldwave) : interview

02 Avr 17 Ono Scream (coldwave) : interview

Le premier album d’Ono Scream fonctionne immédiatement : sous des airs déjà entendus, le professionnalisme et le talent font la différence. Derrière cette référence à la thérapie par le cri, on retrouve Bart Willems, un vieux briscard des scènes noires…

Sylvaïn Nicolino pour Obsküre Magazine : Pourquoi ce projet sous ce nouveau nom ? Que signifie-t-il pour toi ce « Ono Scream » ?

Bart Willems : Ono Scream c’est le tout premier projet dans lequel j’enregistre seul tous les instruments. Je l’ai commencé il y a un an. J’avais beaucoup de chansons que je n’aurais pas pu utiliser pour Apparaat, mon autre groupe. Alors, au bout d’un moment, j’ai regardé ces titres comme faisant partie d’un projet différent. L’écriture est venu très facilement : en une moitié d’années et probablement quarante morceaux plus tard, j’avais mon projet solo !

J’ai choisi le nom en référence au cri primal de Yoko Ono [NDLR : et du Dr Arthur Janov]. Une psychothérapie qui devrait traiter en faisant revivre la douleur réprimée dès la petite enfance . John Lennon était lui aussi très intéressé par ce traitement, notamment si tu écoutes la chanson « Mother » [NDLR : d’ailleurs John Lennon a essayé sur lui-même cette thérapie ; le titre « Mother » est présent sur l’album du couple sorti en 1970, Plastic Ono Band]. C’est très intense. Yoko Ono est sans doute l’une des femmes les plus détestées dans l’histoire du rock, mais je m’élève contre ça. Je crois qu’elle est totalement sous-estimée en tant qu’artiste. As-tu entendu sa réponse à l’élection de Donald Trump? Un cri primal de vingt secondes ! Je ne peux pas dire mieux !

Comment vois-tu la musique, lorsque tu la composes, lorsque tu l’écoutes ? On est bien au-delà du passe-temps ; crois-tu en des vertus curatives, psychédéliques, mentales, cathartiques ?

Pour moi, la musique est une forme d’échappatoire créatif et positif. Elle donne le moyen de créer son propre monde, loin des aspects déplaisants, ennuyeux ou simplement banals de la vie quotidienne. Chez moi, la musique a de forts effets thérapeutiques et elle me maintient sain de corps et d’esprit.

Tu composes tous tes morceaux : quelle place as-tu laissé pour les lignes de basse ? Tu avais certainement placé tes notes, quelle latitude restait-il ? Pourquoi avoir pris un bassiste ?

Toutes les chansons ont d’abord été créées avec une basse synthétique, mais je voulais donner à plusieurs un ressenti plus organique, donc j’ai contacté Aarn (le bassiste). Nous avions travaillé ensemble autrefois avec une compréhension musicale entre nous assez spéciale, du coup, le choix de ce musicien n’était pas très compliqué. Je n’ai pas besoin de lui en dire beaucoup pour qu’il sache ce que je recherche.

Qui est Gwen ? Chante-t-elle par ailleurs ?

C’est une designer graphique brillante ! C’est aussi une bonne amie avec une voix fragile et mélancolique. Je l’ai convaincue de travailler avec moi car je pensais que nos voix se mêleraient très bien. Et puis elle a aussi cette petite touche angélique…

Le lancement du disque est risqué, je trouve, avec un hommage aussi fort et caché à Martin Hanett : on pourrait croire que tu as joué du clonage, pourtant la suite du disque est nettement plus forte que l’exercice de l’hommage. Est-ce un moyen de dire aux gens pressés de passer leur chemin ?

Et pourtant, leur influence n’était pas intentionnelle, je l’affirme ! Mais je sais aussi que ce n’est pas simple de leur échapper car ils ont eu un tel impact sur la musique en général ! Ces dernières années, j’ai été davantage inspiré par des nouveaux groupes comme The Soft Moon, Death Day, KVB, Led Er Est, Pleasure Symbols, The Harrow, Silent Servant, Broken English Club, Whispering Sons, Sleaford Mods et Tropic Of Cancer.

Le lien spirituel entre les années 70 et la génération du punk est souvent laissé de côté, par manque de repères musicaux ou encore par paresse intellectuelle.

Ça a peut-être à voir avec l’aspect sombre et mélancoliques de ces genres, ils ne tendent pas à être populaire auprès d’une large audience, bien que ces sentiments soient inhérents à la nature humaine…

Les deux premiers albums de Pink Floyd t’ont-ils marqué ? Qu’aimais-tu en eux ? Qu’est-ce que la cold wave en a conservé ?

Il n’y a pas d’influence directe, mais je les ai longuement écoutés par le passé et je continue encore. Le Pink Floyd de Syd Barrett n’était pas mon genre de musique. J’ai eu Atom Heart Mother et Meddle grâce à mon neveu quand j’ai eu seize ans, et c’est un nouveau monde qui s’est ouvert à moi.

Tu as réalisé le visuel de la pochette : que signifie ce halo ?

Ce n’est pas un halo. C’est l’une des premières images créée par un microscope électronique en 1956. Beaucoup de ces images sont fascinantes d’un point de vue graphique et elles m’inspirent beaucoup.

Intellectualises-tu ton processus créatif, réfléchis-tu beaucoup ou fonctionnes-tu uniquement à l’instinct ?

Je travaille bien plus avec les tripes. Il n’y a eu aucun plan, j’ai juste écrit les chansons comme elles sont venues.

Seize titres, c’est un beau cadeau et l’ensemble fait sens : comment s’est organisée la composition, notamment en terme de durée, de sessions multiples, de reprises d’idées plus anciennes ?

Les chansons se sont composées d’elles-mêmes, vraiment. J’avais en projet de garder huit titres environ pour faire un album, mais le label (Unknown Pleasures Records) a voulu tous les sortir.

Savais-tu dès le départ que tu serais sur un format de double album ?

J’essaie de ne pas trop y réfléchir dans ces termes. Dès que je suis dans un courant, je ne fais plus qu’écrire parce que ce n’est pas évident que ce flot créatif puisse continuer.

Les deux photos : (c) Creeping Mac Kroki

Page du label sur le disque.

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