Nick Cave And The Bad Seeds – Skeleton Tree

22 Sep 16 Nick Cave And The Bad Seeds – Skeleton Tree

En toutes autres circonstances, la perspective de chroniquer un album de Nick Cave And The Bad Seeds aurait évoqué pour moi joie et impatience. Mais bien sûr, Skeleton Tree n’a rien d’un album ordinaire. Il s’agit du premier opus de Nick Cave depuis la disparition de l’un de ses fils jumeaux. Le 14 juillet 2015, Arthur Cave (15 ans) a fait une chute mortelle le long d’une falaise de Brighton, après avoir consommé du LSD pour la première fois de sa vie.

Comment appréhender un disque traversé par une telle tragédie ? Une sorte d’ironie amère perce dans la brutalité des faits. Artiste tourmenté, Nick Cave laissait éclater son talent littéraire dans des textes empoignant la face sombre de la nature humaine. Poésie, cruauté, humour, surréalisme, violence, amour, mort. La mort qui était toujours là, en filigrane…

Certains s’attendaient (intérêt malsain ?) à un requiem totalement opaque ; ce n’est pas le cas. Le processus d’écriture et d’enregistrement était à mi-parcours lorsque l’inconcevable se produisit. À la première écoute, Skeleton Tree semble une évolution naturelle, dans le sillage de Push the Sky away, qui marquait déjà un tournant dans la discographie de Cave, plus contemplatif et atmosphérique. En ouverture, « Jesus Alone » apparaît enveloppé d’angoisse – drones, percussions irrégulières, chœurs fantômes et spoken word. Mais le morceau suivant, « Rings of Saturn », retrouve une certaine légèreté avec ses scintillements électroniques et son ambiance ouatée. Il y a même des plages presque apaisées, comme « Skeleton Tree » et sa douce mélodie. En fait, le deuil s’insinue plutôt au sein de toutes les textures, transformant l’œuvre de l’intérieur. Témoin la voix de Nick Cave, très souvent sur le fil, presque brisée. Les orchestrations sont volontairement destructurées (« Magneto » et son dépouillement à vif). Atomisation des instruments, voix parlée et échos des backing vocals créent sur « Anthrocene » une constante anxiété. « Distant Sky » est au premier abord une ballade nostalgique, baignée de nappes synthétiques et de la superbe voix d’Else Torp. Mais les paroles sont inexorables : « Soon the children will be rising, will be rising. This is not for our eyes« .

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La plus grande partie des textes était déjà rédigée lorsqu’Arthur a perdu la vie. Mais ce fait leur confère parfois un caractère étrangement prémonitoire, comme cela semble être souvent le cas chez Nick Cave. Il évoque d’ailleurs cette question dans One more Time with Feeling, le documentaire qui accompagne l’album (chroniqué ici séparément). C’est frappant sur les deux chansons les plus poignantes. « Girl in Amber » d’abord (« I knew the world it would stop spinning now since you’ve been gone »). Puis « I need you » : « Nothing really matters, nothing really matters when the one you love is gone. » Ces deux morceaux prennent à la gorge, piano inconsolable et voix chancelante pour « Girl in amber », sombre mélodie, chant proche des pleurs sur « I need you ».

Skeleton Tree est une œuvre magnifique mais troublante ; à la fois dérisoire et vitale.

 

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Tracklisting :
1 – Jesus alone

2 – Rings of Saturn

3 – Girl in amber

4 – Magneto

5 – Anthrocene

6 – I need you

7 – Distant Sky

8 – Skeleton Tree

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Note : 80%

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