The Mystery Of The Bulgarian Voices feat. Lisa Gerrard – BooCheeMish

15 Juil 18 The Mystery Of The Bulgarian Voices feat. Lisa Gerrard – BooCheeMish

Quelle surprise lorsque fut annoncé en décembre 2017 cette sortie des Bulgares ! Progressivement le single initial s’est étoffé jusqu’à fournir cette sortie de BooCheeMish. Le premier album officiel de cet ensemble, hébergé chez 4AD alors en plein boum des musiques world et heavenly, avait connu un succès étonnant pour un disque de chants traditionnels, voire ethniques. C’est qu’au départ, bien avant, dès 1975 c’était le musicologiste Marcel Cellier qui avait découvert cet ensemble vocal et l’avait révélé via son label, après une sortie consacrée aux virtuoses roumains. Mais la date correspondait à la fin de la vague des musiques folkloriques exploratrices.

Puis, Ivo Watts-Russel avait racheté la licence en 1986 de l’un des volumes publiés par Cellier. Avec un nouveau design, le projet accaparait l’attention de nouveaux fans, épris des voix de Liz Fraser (Cocteau Twins) et Lisa Gerrard (Dead Can Dance, alors en pleine naissance) et des sorties de This Mortal Coil. 4AD avait trouvé un public international au Mystère. Les années suivantes, malgré des sorties régulières, coupé de la frange des auditeurs « rock », la magie avait moins opéré.

Cette fois, il faut marquer les esprits. Alors pour sublimer ces nouveaux titres, l’ensemble se paye Lisa Gerrard. Aucun opportunisme, ni d’un côté, ni de l’autre. Lisa vit de sa musique et aime les collaborations ; le groupe sait chanter et offrir des moments à l’intensité forte. Gergana Dimitrova a une grâce vocale indéniable (« Zableyalo Agne »). Les voix presque exclusivement féminines (un homme, Jeremy Avis, pose quelques mots sur « Shandai Ya », lequel est plus marqué par le final discursif), jeunes et âges, se répondent et se superposent, comme dans toute chorale ; ce qui est moins fréquent, c’est un goût pour les brusques dysharmonies, commençant dans une gamme, puis basculant dans un son bancal captivant (« Mome Malenko », « Yove », le super bonus de certaines éditions « Sluntse Milo, Yasno Greiche »). Les titres (traditionnels ou bien nouvelles compositions dans l’esprit) qui fonctionnaient autrefois en version a capela, bénéficient ici d’une pléiade d’instruments : des djembes et un kanjira (petit tambour), des guitares sèches cristallines, une double basse, un violon… On a également un léger appel à la modernité avec des parties beat-box assurées par SkilleR aka Alexander Deyanov. SkilleR a été sacré champion du monde en 2012 et a aussi rejoint sur scène Transglobal Underground ; il assure en Bulgarie le rôle e passeur intergénérationnel pour Le Mystère Des Voix Bulgares. Son intervention rythmique sur « Rano Ranila » donne au titre un allant enthousiasmant, dansant. C’est une même émotion champêtre peut-être un peu trop comédie musicale qui anime « Tropanitsa ».

En revanche, « Sluntse » prend le temps d’installer une partition musicale de toute beauté, assurée au gadoulka (variante bulgare de la vièle ottomane) par Hristina Beleva et à la guitare par Petar Milanov. Le ton mélancolique se fait progressivement jazzy et badin, avant de repartir vers le désarroi.

Beaucoup (ne) guettent (que) les interventions de Lisa Gerrard. Elles donnent une couleur plus profonde aux quatre titres sur treize sur lesquels elle intervient. Sa voix est mise en avant dans le mix, bénéficiant d’un traitement singulier. Là où la manière des autres chanteuses réside dans l’accumulation et le partage construit du chant choral, Lisa se la joue plus perso. « Unison » est parfait dans la lignée de ses chants avec Dead Can Dance dans la période du live Toward the Within. Le Mystère Des Voix Bulgares jouant alors le chœur en contrepoint. « Mani Yanni », après « Pora Sotunda » est une révélation totale : on quitte le monde des Balkans pour retrouver la profondeur des travaux de Gerrard avec Pieter Bourke. On perd un peu en cohésion d’ensemble et la lecture des notes du livret dévoile malheureusement une partie de l’intrigue : plusieurs des solistes, dont Lisa, ont été enregistrés à part, avec leur propre technicien, le disque fonctionnant alors comme un puzzle délicatement assemblé. Pour compléter l’ensemble d’originaux, et pour remercier le public bulgare, ont été intégrés (sur certains supports seulement : Box-set et art-book deux CDs) quatre titres live enregistrés le 6 juin 2017 avec le Philarmonique de Sofia. L’intérêt est fort car c’est là qu’on entend ce que le projet a su mettre en place réellement : « Zableyalo Agne » se déploie avec plus de sensibilité et de grandeur et sur « Mani Yanni », la fusion entre Lisa et Le Mystère est complète.

L’édition elle-même joue gros. Plus rien n’était sorti de l’ensemble depuis dix-huit ans, alors Prophecy Records a vu les choses en grand. Un clip réalisé par Ivan Moskov pour « Pora Sotunda », mettant en scène dans un noir et blanc somptueux un dresseur de rapace un peu sorcier dans des paysages très passéistes : métamorphose, liberté, Nature et Culture se disputant les premiers rôles. Les éditions sont nombreuses et chacune est dense. Le simple CD a un livret 16 pages. Le vinyl est gatefold, la box-set contient deux CDs dans un artbook 60 pages (avec bonus, live et versions alternatives), la version vinyle en bleu, la version SACD et quatre tirages.

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
01. Mome Malenko

02. Pora Sotunda (featuring Lisa Gerrard)

03. Rano Ranila

04. Mani Yanni

05. Yove

06. Sluntse

07. Unison

08. Zableyalo Agne

09. Tropanitsa

10. Ganka

11. Shandai Ya

12. Stanka

Bonus sur certaines éditions :

13. Sluntse Milo, Yasno Greiche

14. Mome Malenko (live)

15. Yove (live)

16. Zableyalo Agne (live)

17. Shandai Ya (live)

Pour la box-set, voir le site du label.

Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

Page du label consacrée à la sortie.

Facebook de Lisa Gerrard.

Be Sociable, Share!