Morthem Vlade Art – In The Blue Plains Of Paradise

28 Déc 18 Morthem Vlade Art – In The Blue Plains Of Paradise

Emmanuell.D et Gregg Anthe portent sur leurs épaules l’histoire de ce projet français, atypique et beau.
Les premiers canevas sonores, fin XXe siècle, traduisent plus frontalement une sensibilité batcave voire gothique, au sens noble du terme, que ce que MVA produisit à partir de son troisième album, Antechamber : à compter de 2001, le son s’épure radicalement et entreprend mue technologique. C’est un parcours passionnant à vrai dire, et qui n’a jamais failli en pertinence. Aimer ces gens pour ce qu’ils font, ce qu’ils sont. Chaque disque photographie le moment, bannissant les clichés. Quelque chose les poussait et depuis le milieu des années 2000, Anthe a multiplié les projets : HNN (toujours en activité), In Broken English (statut à éclairer), et aujourd’hui, pour lui, un poste de guitariste live dans Trisomie 21.

Et nous voilà fin 2018. C’est le sixième véritable opus studio. Quatorze ans après le dernier en date (Absente Terebenthine, 2004), In The Blue Plains Of Paradise donne suite, inespérée, aux compilations rétrospectives Autopsy (démos, 2006) et Uncertain Days (2007). Les textes ont majoritairement été couchés par Emmanuell, à l’exception d’ « Out of Sight » et « Down in the City » (Gregg) et « The Fog » (signé Callie Uleners, collaboratrice de Gregg dans In Broken English)

MVA [photo : Kare Magnole]

L’arrêt de MVA, en 2005, correspond à un épuisement, un ras-le-bol. Gregg veut faire autre chose, et le duo a peut-être le sentiment, à l’époque, d’avoir épuisé le champ des possibles. Aujourd’hui, renaissance, redéploiement. Quelques invités apparaissent, permettant au binôme de fignoler (guitares additionnelles signées Armen Bedrossian, saxophone posé par Remi Fox). C’est quelque chose de très bien fini, une electronica spleenesque, hypnotique et aux volutes intimistes (« Out of Sight »). Comme un carnet de petites histoires que l’on a gardées longtemps pour soi, un journal d’impressions. In The Blues Plains Of Paradise nous fait retrouver Morthem Vlade Art inventif et en même temps extrêmement familier, dégrafant subtilement les fermoirs du clair-obscur. Certaines résonances font penser à l’esprit des débuts mais sur la forme, MVA reste dans une granulation digitale. Un écho donné aux choix de la seconde moitié de parcours.

Le bilan est à la hauteur des espérances : certaines chansons figurent parmi les plus belles jamais couchées par le binôme. La douce sinusoïde du single « His striped Suit », premier aperçu du cru 2018, avait de quoi faire chavirer. Et puis il y a aussi cette singulière chair vocale, mélange de charnel, de distance et de pulpe glamoureuse. Elle est presque partout mais ne fanfaronne jamais – et l’on n’en finira jamais de gloser sur la gorge bowiesque d’Anthe, nature ambivalente et funambule de la corde sensible.

En 2018, MVA se reconnaît mais suit son instinct. Un filigrane asiatique perce à travers l’instrumental « Krung Thep », et la voix d’Anthe est dans sa superbe sur « If I drew my Cards » ou « The Tall Grass ». L’ADN technologique du groupe explose aussi et surtout sur les travaux les plus ambiants (« Geometric Figures » ne serait-il point leur « One of these Days » à eux ?).
Fort belle collection, in fine, que cette série de choses diaphanes, de chair et de mystère mêlés. Le temps peut faire des ravages mais concernant MVA, c’est comme s’il avait conforté les choses. Quoi qu’il se soit passé durant ces quatorze dernières années, ce qui se redessine rouvre quelque chose dans nos vies. Une perspective enfouie.
Les formes parlent, et les émotions ne rejaillissent pas de nulle part.

> IN THE BLUE PLAINS OF PARADISE // COMMANDE DIRECTE
Version vinyle / LP au label Infrastition (édition LP exclusive et limitée à 300 copies)
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