Moodie Black – Lucas Acid

20 Avr 18 Moodie Black – Lucas Acid

Influencé par les nombreux vautours et vilipendant les palmiers ou Kanye West, le dernier gangsta d’un monde en ruines pose une nouvelle fois sa voix résignée et ses paroles acides sur des pistes rock-noise du plus bel effet ; les basses sont puissantes et mélodiques en dépit des saturations et raclements. Profondément urbaine, cette musique ne correspondra pas au bord des plages de Los Angeles où à vécu un temps ce duo originaire de Phoenix. On préfèrera le cadre de petites salles moites, faiblement éclairées… pas pour rien qu’ils vivent aujourd’hui à Minneapolis. Deux ans pour mener à bien ces dix titres étouffants qui voient la participation du Français Pierre Mottron et de Ceschi Ramos (co-fondateur du label Fake-Four, aussi connu pour ses aventures musicales personnelles). En vérité, c’est déjà quatre ans après la parution de bien-nommé Nausea (2014) et une première mouture de l’album avait vu le jour, mais sous une forme incomplète aux dires du duo qui a préféré compléter sa copie… La voix, parfois placée en retrait sur certains titres (« Freedom »), appelle cette mise à l’ombre. Lorsqu’elle se fait plus présente, elle mène une danse tribale hypnotique à fort caractère sexuel (« Sway »). Lucas Acid est un disque intrinsèquement underground, qui prend sa superbe dans les recoins. Transgenre d’origine mexicaine, Chris Martinez (aka Kdeath) balance sa haine des rejets tout en créant un personnage apte à répondre aux pires injures (« Parished »), admettant le plaisir pris à porter une robe et à être lui-même, ni macho-man, ni femme fatale. Ce sont les détails ajoutés aux morceaux pour les rendre vivants, indépendants des paroles, qui font l’essentiel de cette musique. Des cris, des voix ajoutées, des brusques écarts de sons pour pousser une plainte à la guitare. Sean Lindahl force sa guitare en dissonances maîtrisées (« Palmtrees »), excellentes pour sublimer les cris cathartiques et auto-suggestifs du terriblement éprouvant « Screaming ». C’est un vrai travail à deux et non pas un parolier mis en avant sur des compositions impersonnelles : les deux se répondent. C’est une musique géante et trafiquée (« Tuesday »), à l’image du corps de l’un de ses architectes. Les références à la musique d’autrefois sont légions : dark-rock, western, noise no-wave (« Sway », tellement proto Psychic TV!), shoegaze, dirty rap à la Eminem (petits chœurs narquois de « Burn »), crépuscule du trip-hop quand il portait les noms de Nearly God ou de Mc 900 Feet Jesus et on se réjouit de voir une lumière grise voiler la fin de « Lips » à la façon d’un bon My Bloody Valentine. Lorsque la mélancolie surgit, elle écrase toutes les haines (« Black »). Plutôt que phare d’une quelconque communauté, la leçon donnée par le duo Moodie Black est celle de l’acceptation de soi, du jeu total avec les apparences et de la force nécessaire pour résister. Emporté dans un rêve sous un mauvais soleil, avec un vilain président et un dieu aux abonnés absents, il ne reste qu’à suffoquer en poussant ses dernières forces dans des témoignages proches de l’autofiction.

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Tracklisting :
01. Vanowen

02. Freedom

03. Lips

04. Sway

05. Parished

06. Palmtrees

07. Tuesday

08. Black

09. Screaming

10. Burn

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Note : 90%