Ministry – Amerikkkant

16 Mar 18 Ministry – Amerikkkant

Hé non ! Passer à côté de la sortie de ce nouvel album du nouveau retour de Ministry, ce n’était tout simplement pas possible.

D’abord parce qu’il y a eu la deuxième face de son projet parallèle Surgical Meth Machine qui remettait l’expérimentation en ligne de mire. Ensuite, parce qu’il y a eu la lecture de la (auto)biographie d’Al Jourgensen, The lost Gospels, qui révèle tout de même pas mal de choses en place sur la personnalité du Gugusse. On peut aussi ajouter que le décès du guitariste Mike Scaccia et son absence forcent la curiosité…

Enfin, parce qu’il y a la musique et que « Wargasm », deuxième extrait sorti pour doper l’intérêt, en dehors de son titre piqué à L7, de son ton emprunté à Killing Joke et de son propos déjà ressassé, a de quoi plaire. De nouveau des samples évidents, une voix éructée et pleine d’échos, un refrain fédérateur, des riffs qui tournent bien, un break final qui dit des choses. C’est simple, juste après « Antifa » [mais ces deux titres sont positionnés en position inverse dans l’album] avec sa prise de position politique, là encore évidente, et son clip pourri de chez pourri mais en plein dans la mode (il n’est qu’à voir la vidéo du commando anti-ours ariégeois balancée en septembre 2017), ben le nouveau Ministry, il remue des choses. Pas que du souvenir, parce que franchement, si l’on s’en tient aux souvenirs, Ministry, ça fait longtemps que c’est ancré dans la case des trucs qu’on aimait bien il y a vingt-cinq ans…

Pour les paroles et l’engagement, donc, il ne faut rien attendre de neuf. Al a de nouvelles cibles… qui sont en fait les mêmes. Les noms changent, mais l’adversaire est toujours debout. Ça tombe bien, Al aussi. Il remonte sur le ring, sans subtilité, jouant le jeu comme il faut. On préférait une Amérique moins à droite qui permettait au ténor du metal industriel de cibler des provocations plus ludiques, plus hors-normes. Là, pour nous autres Européens, ce sont des portes ouvertes que Ministry enfonce (tout comme son comparse Jello Biafra, le talent de conteur en plus pour ce dernier). Une idée sympa, c’est de retrouver le même slogan Trumpiste « we’re going to make America great again » joué à toutes les sauces. « I know Words » qui ouvre le disque par exemple est une sorte d’improvisation nocturne avec cordes et piano de bar, sur fond bien sombre, qui fait tourner en boucle le slogan de Trump. On comprend donc qu’après Bush, Al nous livre ici son « Foule amère 2 », s’en prenant cette fois plus aux gens qui ont voté Trump qu’à Trump lui-même : fanatiques religieux, politiques corrompus, économie des armes, Ku Klux Klan.

Pas que du souvenir, mais Al joue tout de même sur la nostalgie. Les rythmes sont pesants et avachis avec le terriblement poisseux « Twilight Zone » (ou le démarrage d’« Antifa », encore) aux scratchs old-school de DJ Swamp ; un titre qui marque aussi le retour de l’harmonica du diable (souvenez-vous de « Filth Pig »!). Le placer en deuxième titre est audacieux puisque par le passé Ministry tabassait dès le départ pour ralentir ensuite. Le chant n’intervient qu’au bout de quatre minutes ! C’est un peu une métaphore de l’état psychologique d’une opposition anesthésiée par le résultat de l’élection : l’Amérique entre dans la Quatrième dimension. Sur le titre éponyme qui clôt l’album, cette lenteur porte moins bien ses coups : il manque à la voix une énergie qu’elle n’a plus, comme lassée de devoir répéter les mêmes arguments ; c’est donc la lassitude qui l’emporte, avec quelques faux cuivres étonnants qui sonnent une retraite plutôt qu’une fête. On préfère quand les sonorités sont saturées avec ces basses qui raclent, bien grasses, tandis que le son de la batterie sonne bien sec : l’alternance est efficace sur « Game over ». De nouveaux cris interviennent, plus aigus que de coutume. La deuxième partie de l’album est globalement plus habile que son démarrage. Ça, ce sera le mauvais cadeau fait à ceux qui écoutent vite et zappent illico.

Les râleurs pourront s’envoyer « Victims of a Clown » dont l’intro de cirque dément est délicieuse ; on regrette d’autant plus que le groupe n’ait pas prolongé le tir dans cette direction car la suite de ce très long titre titre fonce sans véritable ligne directrice, on a un bon passage à l’avènement de la voix et de ces chœurs un rien bravaches ; puis un violon qui ne sait ce qu’il fait là (il est loin le temps de « Hizbollah »), une grosse accélération finale… Ce titre déborde d’idées accrochées les unes aux autres, exutoire assez étrange, pas vraiment un patchwork, ni un cut-up.

Alors, on se dit qu’Al ne sait plus où il va, que seul le désir de faire du neuf est là, de prouver qu’il a la niaque, mais qu’il rate la réalisation, faute de talent ou de lucidité. Et puis un titre surgit, si facilement exécuté qu’on se marre tout seul : « We’re tired of it » bastonne tranquille, samples débiles en prime, riffs plus heavy-rock en souplesse, rythmique mitraillette et c’est Burton C. Bell (Fear Factory) qui est à la voix. On reste sous la barre des trois minutes et tout est plié. Juste avant, une nouvelle version pour la série des TV faisait honnêtement le job. Finalement, Ministry, c’est si simple : et si ce n’était qu’un vrai bon groupe à singles ? « All is lost » ? Non : l’album donnera aux fans un bon disque qui supplante les décevants et ratés Relapse et From Beer to Eternity, et ne parlera pas à de nouveaux adeptes qui se contenteront de ces désormais trois singles bien poilants.

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Tracklisting :
01. I know Words

02. Twilight Zone

03. Victims of a Clown

04. TV 54 Chan

05. We’re tired of it

06. Wargasm

07. Antifa

08. Game over

09. Amerikkka

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Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

http://ministryband.com/

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