Miazma – Miazma (anthologie)

07 Mai 14 Miazma – Miazma (anthologie)

Gothic Music (géré par Oskar Terramortis) est une maison qui a du nez et supporte dans le genre évoqué l’initiative d’artisans parmi les plus précautionneux. Son entreprise archiviste a en effet le don de révéler quelques perles, à défaut de nouveaux grands noms dans le champ du gothique. Le label défriche, donne exposition à un certain underground mais sans gratuité, c’est-à-dire en s’imposant un incompressible niveau d’exigence.

Compilation de travaux enregistrés entre 2004 et 2012 et portant en avant, avant tout autre chose, la cohérence de Miazma dans sa vision et sa musicalité, cet aperçu du savoir-faire du Suédois Kristian Olofsson, incarnation même du projet (une première mouture de Miazma, né en 1999, l’associa à Tomas Tornevall), ne laisse guère de doute quant au background de l’homme. Volontiers vouée à défendre une sonorité typique du gothique mais plus moderne que ce que pourrait laisser entendre l’appellation générique « eighties », plus épaisse aussi que le simple rock gothique de par un choix métallique accentué avec le temps sur les rythmiques de guitares, la musicalité de Miazma s’inscrit volontiers dans un champ. À n’en pas douter, elle séduira tout bon adepte de sons oscillant entre Sisters Of Mercy, Sundown, Dreadful Shadows et consorts… quoique la récurrence de l’apparat synthétique maintienne le projet à mi-chemin entre le maniérisme du goth originel (la boucle noire, élégante et épique, cf. « Dressed in Black ») et les penchants précieux et modernistes de la darkwave 90’s.

Les chansons fonctionnent bien, mais au-delà du véritable plaisir éprouvé à l’écoute, la critique peut porter sur la forme comme le fond.
Problème majeur : les référents se dévoilent parfois, et avec lourdeur, notamment le plus emblématique d’entre eux. Ainsi même si le pastiche (vous l’auriez parié, non ?) « Sisters » donne à bâtir (et apprécier !) d’efficaces compositions, ce poids de l’influence obstrue le spectre créatif et peut avoir un effet handicapant, néfaste. Le phrasé vocal et la sonorité synthétique et pesante de « Sing », pour ne citer qu’un morceau, encombrent un peu notre plaisir, remémorant de manière très, trop forte l’optique de certains titres de Floodland (1987). Le travail vocal lui-même, dans sa texture comme son phrasé, en réfère ouvertement (consciemment ou pas) à ce que peut offrir la gorge d’Andrew Eldritch, et ce jusque dans les effets de superposition ou dans sa production… c’est-à-dire ce qui faisait aussi le style Sisters : ces râles en arrière-plan, comme sur « More », titre de Miazma enregistré en 2010 (à ne pas confondre pas avec le hit ténébreux pour dancefloors figurant sur Vision Thing). Le constat vaut jusque dans le choix des mots. « Walk away » en septième position, il fallait oser.
Bref : au sujet de l’« influence prégnante », on le voit, fourmillent les exemples de forme.

La vocation de fond interpelle par ricochet : si Olofsson a entrepris là un « tribute » déguisé à une forme de musique que nous chérissons tout autant aujourd’hui qu’hier, alors mission remplie. Mais l’envergure du groupe référent est telle qu’elle interroge, si ce n’est sur l’utilité en art (qui ne se pose pas, même si nous nous la serions pourtant bien posés du temps de l’émergence d’autres groupes « tribute » tels The Merry Thoughts), au moins sur la pertinence de l’initiative.
L’à-propos mis en cause ici laisse en jachère une autre question : l’espérance en termes de reconnaissance publique. Les fans se rabattront toujours, et qui leur en voudrait ?, sur l’original davantage que sur toute copie, si bonne fût-elle. Or et pourtant, sur le plan de sa stricte musicalité, Miazma s’avère fort de conviction et défend assez sérieusement son bout de gras : « Breathe », enregistré en 2007, reste un des grands tubes du disque avec l’hypnotique et enveloppant rock gothique « Penelope Crush ».

Qu’en retenir, alors ?
En associant à des guitares réorientées vers le métallique une tendance à l’emphase, Miazma se situe parfaitement dans l’esprit d’un style dont il respecte les canons et, en l’occurrence, qu’il habite. Bilan mitigé, donc, sur l’esprit de la chose, regret de forme aussi (critique récurrente faite au label, mais que nous maintenons en toute amitié) de ne pas voir de crédits d’accompagnement plus détaillés. Tout corps d’œuvre a une histoire.
Mais au-delà de tout cela, il y a aussi, et c’est peut-être le plus important, cette vibration singulière et particulière au rock gothique, qui fait que le plaisir est au rendez-vous – tout au long de l’écoute ou presque… avec une préférence pour les morceaux les moins marqués par l’empreinte métallurgiste, si l’on aspire à revivre une sensation née du rock gothique « pur ». Affaire de nostalgie, sans aucun doute.

> WEB OFFICIEL
www.miazma.se

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