Metallica – Hardwired… to Self-Destruct

05 Déc 16 Metallica – Hardwired… to Self-Destruct

Le propre d’un disque de Metallica sorti à une date postérieure au Black Album de 1991, c’est que ça divise. Mais il y a au moins un point qui ne déchirera pas lovers et haters sur l’action. Oublions les polémiques sans fin et sans trop de postérité qui pullulent sur les réseaux sociaux. En 2016 en effet, vous ne trouverez personne d’autre qu’un farfelu, un névrosé ou un sourd pour vous expliquer que la production déraille ou que la masterisation explose les enceintes hi-fi que son gentil papa mélomane lui a achetées pour son Joyeux Nouyël. Non, en 2016, Metallica ne vous rendra pas sourd pour de mauvaises raisons. Hardwired… to Self-Destruct donne suite au Death Magnetic de 2008, et Greg Fidelmann (coproduction) a fait ce travail dont la qualité a été contestée du temps de Rick Rubin & co. Sur le plan du son comme de la majeure partie de l’écriture, en 2016, Metallica s’en tire avec des honneurs. Le reste, comme souvent, sera affaire de ressenti.

Hardwired… to Self-Destruct est un double-album, et c’est peut-être le seul véritable problème de cet ensemble inégal. S’il concentre à notre avis le meilleur sur le premier volume, Metallica laisse cours, malheureusement et par la suite, à un exposé moins passionnant.

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Sur le premier volume, pas grand-chose à redire : le quatuor tient son rang. Tout se tient : le riffing est achevé, et Lars Ullrich plutôt à son avantage. Et puis surtout, surtout, les mélodies intéressent toutes. Que l’humeur soit au thrash (allure slayerienne que celle de l’introductif « Hardwired ») ou à des phrasés plus heavy et à l’ancienne (« Now That We’re Dead »), le groupe tire son épingle. N’allez pas me faire dire, par contre, que le fort vaillant Robert Trujillo est la nouvelle vedette du son de Metallica – mais les fréquences basses, souvent sacrifiées sur les enregistrements passés du groupe, se ressentent davantage qu’à l’accoutumée. In fine, le spectre sonore y trouve un nouvel équilibre. Les reliefs, au global, sont précis et la musique relativement acérée : l’on retrouve d’ailleurs aujourd’hui, ci ou là, cette modulation vénéneuse que nous aimions tant sur les vieux enregistrements. Car oui : ceux qui ont grandi avec Metallica ne se referont pas, et chercheront toujours à retrouver ce « truc » qui leur a rendu vitales les œuvres des origines. Pour autant, il serait injuste de ne pas reconnaître ses quelques mérites au cru 2016. Une flamme authentique y jaillit bel et bien, de temps à autre.
Là vient le débat sans fin entre poids du classicisme et besoin de rafraîchissement. Car il y a aussi à l’écoute cette impression, qui gênera plus ou moins en fonction des auditeurs, d’assister au surplace. Stylistiquement, il faut tout de même le dire, Metallica ne surprend que très peu. Le groupe s’oriente vers un son médium, mélodique et lourd, non dénué de groove (« Dream No More »). Son aspiration est organique et à ce titre, le résultat sonne plutôt bien. C’est une musique assurément plus digeste (au sens de moins extrême) que sur n’importe quel Kill’Em All. Rien de surprenant ou de fondamentalement décevant de ce point de vue, sauf pour ceux qui toute leur vie espèreront voire croiront, ce qui est pire, que l’on peut vouloir refaire la même chose à 55 ans qu’à 23. La nostalgie est mauvaise conseillère, il faut éternellement le rappeler.
Il n’est donc et évidemment point question de retrouver ses vingt ans, mais tout de même : il y a encore des tripes, et Metallica atteint parfois la superbe (le thrash aux inflexions heavy de « Moth Into the Flame »). Les minutes passent vite au bout desquelles « Halo On Fire » conclut avec aération et majesté le premier disque. Les voix claires de James, bien tenues sur sa longueur, sont à l’image de la globalité de sa performance sur tout le double album : celle d’un homme dont la centralité des apports nous amène à considérer plus que jamais la force d’un leadership que lui-même ne revendique pas forcément. Sans lui, pas de Metallica possible pour nous – assimilation à laquelle nous ne nous aventurerions pas dans les autres cas individuels présents, avec tout le respect dû à chaque musicien.

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Après le volume I, il y a donc ce second volet, plus problématique. Ce second bloc, clairement, n’a pas la même constance ni la même force. Peut-être Metallica aurait-il dû (?) économiser en quantité ce qu’il aurait gagné en constance sur une durée totale d’écoute diminuée de dix voire quinze minutes. Les morceaux encadrant ce second volume (« Confusion » et « Spit Out The Bone ») sont les meilleurs du lot et d’assez loin. Tout le reste sonne un peu en creux par rapport à la force d’inspiration étalée précédemment. Impression de longueur, pénalisante pour l’ensemble. Pour l’essentiel, les mélodies ne retrouvent pas la flamme du premier volume (« ManUNkind », « Am I Savage ? », « Murder One ») mais « Here Comes Revenge » rehausse à point nommé le niveau des débats un peu avant le milieu de cette seconde phase. Évitement, par sa présence, d’un ressenti au plus fort de l’effet « ventre mou ».

Au bout du compte, la force principale de Hardwired… tient à l’uniformité et la qualité de production. Metallica est tout sauf incohérent, et il faut rendre ici justice à Fidelmann. Le producteur a su encadrer. On se prend alors à rêver de ce que sa pertinence aurait pu donner sur un Death Magnetic mais les jeux sont faits. Metallica a fait patienter son auditoire huit ans et le résultat est un ensemble honorable, traversé de fulgurances. Au terme de son écoute, on se dit qu’il reste possible d’assumer thrash metal en pleine cinquantaine. Trujillo est un bassiste d’exception, le sage Kirk Hammett fera le job – quoi qu’on en dise – et Metallica peut encore remonter sur les planches sans craindre de se voir objecter une performance à l’économie. Les dernières apparitions live ne montrent pas autre chose qu’un groupe constant et encore capable d’impressionner (jusque dans des choix déconnectés de la musique mais fort maladroits, pour ne pas dire pire – cf. la récente polémique autour des pass VIP). Bref. Tant que la légende est à la hauteur de sa réputation sur scène, il ne peut lui arriver grand-chose d’autre que le débat sans fin sur ses nouveaux disques entre lovers et haters. Leur bataille fait à Metallica sa pub à l’échelle mondiale… et une belle jambe avec, certainement.
Hasta la vista, babies.

> WEB OFFICIEL
www.metallica.com

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Note : 75%

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