Matthew McBride – Frank Sinatra dans un mixeur

29 Juin 15 Matthew McBride – Frank Sinatra dans un mixeur

Il faut bien avouer qu’un titre pareil, ça attire l’attention et on s’attend forcément à un récit très barré. Et givré, ce roman l’est, il n’y a aucun doute là dessus, mais pas autant que l’on pourrait croire car Frank Sinatra dans un mixeur reste fidèle à tous les codes des récits hardboiled. Le protagoniste Nick Valentine est un ancien flic devenu détective. Il est aussi alcoolique, accro à l’Oxycontin ou à des boissons typiquement américaines comme le Southern Comfort et le Mountain Dew. Il considère aussi son Yorkshire terrier, qu’il a dénommé Frank Sinatra, comme son meilleur ami et coéquipier. Il lui parle même parfois à l’instar du héros de The Voices de Marjane Satrapi. Suite à un meurtre déguisé en suicide et au hold-up d’une banque dans une camionnette de boulanger, il va se retrouver embringué dans une enquête où il se révèlera être tout aussi pourri et obnubilé par l’argent que les autres escrocs du roman. Car tout le texte va reposer sur la quête classique du butin qui va ainsi passer de mains en mains, laissant aussi pas mal de cadavres dans son sillage. Les détenteurs de cette fortune éphémère seront tous des pourritures hautes en couleurs. On retiendra surtout Telly, un adepte de méthamphétamine bien stupide, ou le duo sadique formé par Johnny Sans Couilles et Sid Godwin l’Angliche à la bonne de Joe Parker, un homme d’affaires aux mains sales.

À cette quête du butin par toute une bande d’écervelés s’ajoute un humour noir qui fait la patte de Matthew McBride. La violence y est souvent grotesque, excessive et grand-guignolesque : Bruiser écrasé par un camion, le cadavre de Telly retrouvé avec ses propres orteils arrachés dans la bouche, le découpage à la tronçonneuse au son de « New York, New York! » ou la scène qui prouve que le titre n’est pas un délire surréaliste mais une action littérale. Avec tous ces crânes éclatés et ces horreurs tordues, on a parfois l’impression d’assister à un croisement entre Tex Avery, les films des frères Coen et une bonne série B bien sanguinolente. Junkies débiles, criminels adeptes de torture, règlements de compte brutaux, dialogues orduriers, le roman nous offre tout cela et représente un vrai plaisir de lecture pour les amateurs du genre. En revanche, les personnages étant tellement abjects et voués à des existences courtes dans le corps du texte, on ne peut que regarder tout ce monde qui s’agite avec un certain recul. Une distance telle qu’il est difficile de rentrer véritablement dans le livre, de s’y sentir impliqué, et la narration de Nick à la première personne n’aide pas vraiment. Il en résulte ainsi une frustration d’autant plus grande que le titre nous laissait espérer le meilleur.

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