Mathias Moreau – Visions de Mark Lanegan

18 Juin 17 Mathias Moreau – Visions de Mark Lanegan

Cela peut paraître surprenant mais jusqu’à présent aucun auteur ne s’était intéressé à publier un livre sur la carrière riche et variée de Mark Lanegan. Après son recommandable It’s not only rock’n’roll écrit en collaboration avec Cathy Viale, Mathias Moreau a décidé de pallier à ce manque tout en continuant ses questionnements personnels sur les liens entre rock, philosophie et mécanismes psychiques de la création. Mark Lanegan, lui même, n’est pas quelqu’un de facile à cerner et l’auteur a dû faire ses recherches dans son coin sans la collaboration du musicien. Analyse de textes, parcours chronologique dans la discographie, réfexions philosophiques et esthétiques, rencontres avec de proches collaborateurs (dont John Agnello), lecture de sa correspondance avec Kurt Cobain, citations d’entretiens, Moreau tente ainsi de décrypter un monde qui le fascine, en mêlant subjectivité, art et métaphysique. Certains titres de chapitre pourront paraître prétentieux et ampoulé à première vue (“De l’importance de la clairvoyance platonicienne et du cynisme antique ou quand l’émancipation est une expérience transcendante” ! Qui dit mieux?) mais l’approche est honnête, même si très éloignée des essais sur le rock habituel. Par exemple, l’auteur préfère publier les extraits d’interviews avec John Agnello avant d’expliciter sa relation et le travail qu’il a fait avec Lanegan, comme en mode reverse.

Cette dimension iconoclaste du travail de Moreau a plutôt tendance à nous séduire, même si son désir de percer une introspection et une intimité est parfois voué à l’échec ou du moins à certains doutes car seul Lanegan pourrait confirmer certains propos. Mais l’idée première est avant tout de se laisser porter par la musique et la poésie qu’elle évoque. Moreau s’est, cela dit, focalisé sur des thèmes majeurs quant à l’œuvre : la question de Dieu et de la foi, l’héritage du punk et du blues, l’attirance pour la face sombre du monde et la mélancolie, l’usage de l’alcool et de l’héroïne, l’expérience de la perte et du deuil… On part ainsi des premières années avec Screaming Trees, à l’époque où il furent associés à la scène grunge de Seattle, jusqu’aux albums plus contemporains mêlant à la fois un intérêt pour l’expérimentation, l’électronique et une imagerie noire (l’influence de Joy Division ou Suicide est évoquée) mais aussi un retour aux racines du blues et de la folk (il fera d’ailleurs ses premiers concerts solo grâce à Johnny Cash).

On parcourt ainsi les dix albums solo, les Eps, mais aussi les nombreuses collaborations (Queens of the Stone Age, Isobel Campbell, Greg Dulli, Duke Garwood, Soulsavers, PJ Harvey…) et les amitiés fortes et passionnées (Kurt Cobain, Jeffrey Lee Pierce, Layne Staley d’Alice in Chains) et on croise Bergson, Francis Scott Fitzgerald ou Sylvia Plath. Moreau pioche les métaphores dans les morceaux eux mêmes afin d’évoquer autant la dépendance que la sortie de l’abîme. Il aborde aussi les influences, qui vont du bluesman de Louisiane Leadbelly à Nick Cave ou à la tradition du gospel. L’auteur fournit ainsi autant de détails qui satisferont les fans tout en essayant de comprendre cette créativité toujours sur la brèche entre espoir et désespoir, partage et solitude, catharsis et isolement.

Au bout du compte, le livre parle autant des questionnements de l’auteur que de la figure sombre, romantique et mystérieuse de Mark Lanegan. Un essai pas comme les autres, préfacé par Vincent Hanon et illustré par Olivier Brut.

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Note : 75%

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