Mark Korven – The VVitch

17 Août 16 Mark Korven – The VVitch

Il était temps que nous vous parlions de la bande originale du film The VVitch car il s’agit sûrement du disque qui a le plus tourné sur notre platine ces derniers mois. En effet rares sont les albums qui peuvent créer un monde aussi intense et addictif, proposant un voyage sonore entre terreur et beauté où chaque pièce s’enchaîne comme un flot ininterrompu. Déjà, il faut signaler que j’ai découvert le film dans un drive-in à Ennis, Texas, en mars dernier. Que faisais-je là bas à l’autre bout du monde à ce moment précis? Tout relevait plus ou moins du hasard. Pourquoi avais-je choisi ce double programme avec The VVitch alors que la foule s’attroupait devant les six autres écrans en plein air? Je ne savais rien du film, n’avait même pas vu son affiche, mais c’est juste que ma voiture a atterri là. L’écran était le plus petit, encerclé par des arbres hauts et noueux. La vitre de la Jeep était elle même très sale après avoir traversé les intempéries. Du coup, du film je n’ai pas vu grand chose, avec la lumière trop sombre. En revanche, le volume de la bande sonore avait envahi tout l’intérieur du véhicule, avec une stéréo à donner des frissons dans le dos. Ce n’est qu’un mois plus tard, à mon retour en France, que je découvre cette BO dans ma boîte aux lettres et ce n’est que durant ce mois d’août que j’ai pu enfin voir le film dans de meilleures conditions.

La musique, quant à elle, je la connaissais déjà par cœur. Pas que ce soit une musique mélodique que l’on peut facilement fredonner, mais en tout cas elle hante. Certains ont pu la comparer à celle de The Wicker Man pour son mélange d’ancien et de moderne, d’autres à The Omen pour les incantations démoniaques, pourtant ce sont bien aux pièces d’avant-garde de Ligeti et Penderecki que l’on pense avant tout, mais comme si elles avaient fusionné avec des airs médiévaux, paisibles et mélancoliques, issus des folklores nord-européens.

De Mark Korven, on connaissait surtout la bande originale du film Cube (1997) de Vincenzo Natali, bien que celui ci ait publié plusieurs albums solo depuis le début des années 1980 mais qui sont devenus totalement introuvables en dehors du Canada. Si la musique de Cube était très séquencée et électronique, celle de The VVitch pourrait en être, à première vue, à l’antithèse. Les sons proviennent pour l’essentiel d’instruments traditionnels médiévaux, en particulier la nyckelharpa d’origine suédoise, mais aussi la vielle à roue, la vièle, la viole de gambe, le violoncelle et le jouhikko, soit que des instruments à cordes frottées, joués à l’archet et capables de produire des bourdons puissants. Du waterphone a été également utilisé, créant un décalage anachronique – il s’agit d’un instrument du XXe siècle – mais appuyant un fort sentiment d’étrangeté (“Caleb’s Seduction”) alors que les effets électroniques du type reverb et delay (“Caleb’s Lost”) évoquent une nature étrange, menaçante. Même les percussions, très présentes (“A Witch Stole Sam”, “William and Tommasin”…), semblent obtenues en tapant sur le bois des instruments, créant un écho avec les gestes répétés du père qui, démuni face à la dislocation de la famille, s’évertue à continuer à couper du bois, inlassablement.

Débutant par un beau thème triste et vibrant joué avec la nyckelharpa (“What Went We”), la BO enchaîne sur des nappages sinistres, des cordes grinçantes et une musique atonale qui la rapprochent du courant drone, ce qui fait peut-être le lien avec l’intérêt pour l’électronique du compositeur. Entre accalmies et montées dramatiques, les chœurs féminins sont également très présents (“Banished”), suggérant des stryges ou succubes guettant leur proie. Entre lyrisme, langage de sabbat et hurlements chaotiques (“Witch’s Coven”), ces voix entremêlées semblent convier Diamanda Galàs à un étrange festin funèbre, encerclant l’auditeur dans un climat de plus en plus claustrophobe. L’utilisation des cordes rappelle indéniablement une BO plus récente publiée sur le même label, Under the Skin de Mica Levi (Milan, 2014) comme en atteste “Hare in the Woods” ou encore “I am the Witch Mercy”. Ces bourdons glaçants portent tous le tristesse et l’abattement du long métrage, avec sa peinture d’un microcosme familial affligé par la pauvreté, le malheur, les superstitions et la peur du Mal (“Caleb’s Death”). Il s’en dégage des moments d’élévation pure, baignés dans des chants extatiques et ensorcelants (“The Goat & the Mayhem”), qui prennent une dimension littérale dans les derniers plans du film. Le disque se termine par deux airs traditionnels de toute beauté, “Isle of Wight” chanté par Katherine Hill et “Standish”.

Pour nous, The VVitch est un des meilleurs scores que l’on ait entendu depuis longtemps, tourmenté, inquiétant, gothique – comme pouvaient l’être les forêts des romans de Nathaniel Hawthorne -, trouvant un équilibre fertile entre bruitage et musicalité, entre vieux airs populaires émouvants et avant-gardes du XXe siècle.

http://www.milanmusic.fr/

the-witch-soundtrack

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 90%

Site du groupe / MySpace :

http://www.milanmusic.fr/

Be Sociable, Share!

Laisser une réponse