Marilyn Manson – Born Villain

04 Mai 12 Marilyn Manson – Born Villain

Marilyn Manson, enfin, Brian Warner, s’est récemment plaint du sort que lui avait réservé l’industrie du disque : l’album des retrouvailles avec Twiggy Ramirez (The high End of Low, 2009) n’avait pas reçu l’accueil qu’il méritait, les ventes non plus, son label ne le laissait plus travailler comme il voulait, il voulait faire les clips comme il l’entendait, bref, c’était la déprime. Au fond du trou, la Superstar.
Mais l’Antéchrist ne s’en laisse pas conter, en tout cas pas trop longtemps. À l’instar d’un Trent « N.I.N. » Reznor (un type croisé dans le passé, pour la gloire), Brian a décidé de prendre quelque autonomie : création de son propre label (Hell, Etc.), retour en studio avec Twiggy (compère de la renaissance après la séparation d’avec l’autre compère de la renaissance, Tim Skold), et voilà, toc toc, c’est encore eux, et c’est Born Villain : nouvel et huitième album d’un des shock-rocks restés malgré tout l’un des plus en en vue, si ce n’est attendus, de la planète (ce qui intrinsèquement et vu d’ici, ne laisse préjuger de rien mais incite certains, paraît-il, à quelque méfiance).

On ne mentira guère en disant que l’époque Antichrist Superstar / Mechanical Animals / Holy Wood nous avait bien amusés. Il y avait du rythme, de la surprise, du volume… et puis tout cela était distrayant et fort bien fait, efficace et visuellement spectaculaire, ce qui ne fait pas une œuvre mais ne gâche jamais rien. Du travail de pro. Tellement que le paysage urbain s’en est lui-même trouvé modifié. Un nombre insensé de gamins s’est retrouvé dans la rue, affublés de t-shirts provocateurs plein de lèvres, de doigts, de vert, de rouge… Ils étaient même devenus si nombreux que ça finissait par noyer un peu l’effet qu’on ressentait en écoutant les disques dans sa piaule. À côté de cette déferlante, les quelques enfants et parents sortant de l’église en bleu marine le dimanche offraient, enfin, de l’exotisme.
Et puis les années ont passé, Jean-Paul à laissé la place à Benoît, les gens ont continué (bleu marine ou non) à aller à l’église et de son côté, Manson n’a pas sorti que des bons disques. Notamment après The golden Age of Grotesque : là, oui, ça s’est gâté. Grave. Alors, ce qu’on attendait comme la friandise mainstream (terme non péjoratif) s’est mû en simple habitude : oui, Manson sortait un disque, on écoutait parce que ça fait partie d’un cirque qu’on aime bien mais sur le fond, je ne sais pas si c’est l’âge ou quoi, ben voilà : on s’en foutait un peu.

Avec Born Villain, dont l’écriture a commencé en 2009 (pendant la tournée High End of Low), l’habitude a semblé se renouer sur la première écoute. Mais les suivantes, d’écoutes, ont fait bouger la perception. Born Villain s’avère un disque plus en creux, bien plus même, que The high End of Low. Un disque où Manson ne réinvente pas complètement ses formats (ne pas rêver, un chapelet reste ce qu’il est et pour tenir des perles, il faut un fil) mais où il glisse vers une étude sonore plus osée et intéressante que sur ses deux albums précédents. Ça partait mal, pourtant : le single « No Reflection » n’augurait rien de bon, refoulait du purement et simplement réchauffé. Mais l’écoute attentive de l’essai intégral (sans que ça nous laisse pantois non plus, soyons honnêtes) nous fait dire que Brian a encore quelques cartouches en réserve. Aidé par Chris Vrenna dans son entreprise suicide death metal (étiquette un brin galvaudée, car de death metal il n’est nullement question ici mais
à force de côtoyer Slayer et d’en parler comme de ses amis, Brian a peut-être fourché), le Révérend retrouve ici un glam au noir, aux accents punk, et une certaine puissance. Point dans le trop artificiel, cependant, alors qu’il a souvent péché à ce sujet sur nombre de ses précédents disques. Se redéploient ici les saturations, bien sûr, mais elles ne font pas loi uniformément et surtout, ne la se la jouent pas trop « à la testostérone ». Ouf. Et puis dans le chant comme le travail des ambiances, le groupe (au personnel partiellement revu) renoue avec une certaine étrangeté. Ses effluves temporaires extirpent alors ce huitième opus des carcans indus rock dans lesquels Manson s’était emmuré tout seul (la fameuse « trademark », vous savez). Exemple avec la lente étude de « Children of Cain ».

Du coup, et pour autant que l’ex-gloire des nineties reste dans certaines habitudes, elles encombrent moins que sur The high End of Low. Difficile de dire si le départ du batteur Ginger Fish y est pour beaucoup, mais il ne fait pas de doute que certaines caractéristiques rythmiques se sont atténuées : ce shock-rock reste certes et plus que jamais fondé sur un binaire appuyé et aux accents martiaux (« Disengaged »), mais qui se laisse infuser par une pointe de groove.
Alors quoi ? Eh bien Twiggy (qui pilote ici l’ensemble de la musicalité) avait raison d’annoncer, en 2010, une musique moins prétentieuse que par le passé. Born Villain, en asséchant et en désépaississant, donne à Manson ce que la prise d’âge rend peut-être indispensable : une forme sans doute moins calculée, plus brute, sans aller jusqu’à dire « dénudée ». Dans le même temps, le groupe y gagne un certain tranchant – quelque chose qui manquait aux enrobages classiques de The high End of Low, disque cruellement, fatalement dénué de surprises.
Pour le reste, le crû 2012 reste dans une certaine inégalité, du moins le ressent-on comme ça : les tempos lents fonctionnent à merveille (relents de Soundgarden et chouette groove stoner rock sur « Lay down your Goddamn Arms ») quand on aime moins les frasques les plus frontales (« Murderers are getting prettier every day »). Laissons leur le mérite et la fonctionnalité de relancer régulièrement l’écoute, il faut bien varier les plaisirs me direz-vous. Certes, mais les nôtres se concentrent désormais, et plus volontiers, vers les aspects les moins « vus » de la co-écriture Warner / Ramirez. Sans être légion sur Born Villain, ils y vivent, clairement, et sauvent le disque. L’époque de gloire est sans doute derrière mais, et c’est sans doute la principale leçon de Born Villain, Manson y retrouve une certaine crédibilité. Au moins pour ceux qui, un temps, ont pu y croire.

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Note : 65%

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