Manes – Slow Motion Death Sequence

23 Août 18 Manes – Slow Motion Death Sequence

Le black metal mène à tout, à condition d’en sortir.
Parole de mauvaises langues ? Sans doute, mais la question s’étudie au regard des plus notables réussites norvégiennes (Norvège, berceau du phénomène) connues en ce registre : inévitables références à The Third & The Mortal ou Ulver, mais encore et enfin au présent Manes – quoique ces derniers aient moins frontalement renoncé aux arguments métalliques que certains de leurs congénères. TT&TM, Ulver, Manes : un beau monde rassemblé, dans le langage journalistique, sous l’étiquette-baptême avant-garde norvégienne. Une étiquette non réductrice et sans doute méritée, sans pour autant que cette dernière provoque adhésion de masse au travail de tous ses porte-flambeaux. Manes, puisque c’est notre sujet, n’a jamais reçu le niveau de reconnaissance dont on pourrait considérer qu’il le mérite. L’injustice est dans la nature.

Leur Vilosophe, au début du XXIème siècle, dessine pourtant un virage crucial dans le parcours artistique de ces Norvégiens : c’est un projet d’avenir, une porte ouverte sur un autre chose pour toute une scène. Passe la porte qui veut. C’est aussi un pas décisif dans le culte établi autour du groupe, au-delà des sphères du metal extrême : un moment qui démarre à partir de son hybridation de technologie et de crasse à réputation blasphématoire.

Depuis sa signature chez Debemur Morti, Manes a enchaîné les perles et Slow Motion Death Sequence, cinquième opus enregistré dans pas moins de quatre studios différents, creuse le sillon hypnotique dessiné par le prédécesseur Be All End All. Ce dernier aurait pu, aurait dû dans doute être le dernier album. Mais la possibilité d’un sursaut fait le sel de l’existence, n’est-ce pas ? Énième preuve en est faite ici. Le label, pour sa part, établit volontiers un lien entre ces armatures filmiques et le Vilosophe de belle mémoire, ce qui crée forcément une attente forte autour de ce nouveau travail, sauf si vous appartenez au clan intégriste. Tel n’est assurément pas notre cas.

Quelques crissements se maintiennent dans le flow 2018, restes tenaces des acquis black metal. Manes n’oublie rien mais avance encore et toujours plus : il fond des acides saturés à un ensemble marqué par l’hétérogénéité de ses sources, mais aussi par une prégnance du synthétique. Il y a, par exemple et pour le détail, une tentation jungle/breakbeat dans le fond rythmique d’« Endetidstegn », qui ouvre le bal.

Manes accomplit ici une série de petits miracles, tant sur le plan physique que climatique (les épatants « Chemical Heritage » et « Scion » trouvent équilibre entre ces deux dimensions). Sans doute cette association assez peu classable – mais essayons ! – d’electronica, de dark trip hop et de guitares économes vous rappellera-t-elle ponctuellement les oppressions en mode medium de l’ultime phase de production d’un Third & The Mortal.

Manes, et c’est un point fort du nouvel album – sauf à assimiler pareille démarche à vulgarisation du son – a accompli un travail remarquable sur les mélodies. Elles frappent – toutes, ou quasiment, quoique ce trip rock reste plus imprévisible que celui d’un The Gathering. Dans l’ADN sonore de Manes réside une part étrangement expérimentale qui se fit sentir au plus fort sur un album tel que How the World Came To An End (2007). D’où l’un des principaux constats à l’issue d’une écoute répétée : Slow Motion Death Sequence est le point de jonction entre ambition de forme et accessibilité. C’est un disque d’équilibre : une qualité d’écriture et de rendu y forme bloc, produisant une résonance cohérente et spécifique, à un point qui marquera la discographie des Norvégiens. Pénétrant par ses mélodies, le son développe en même temps une cinématographie dérangée (« Poison Enough for Everyone », « Ater »). C’est plus fort qu’eux.

Il y a la part de pur agrément aussi, non négligeable. Les voix féminines invitées, celles d’Ana Carolina Ojeda (Mourning Sun) et Anna Murphy (ex-Eluveitie et partenaire du musicien de Manes Tor-Helge Skei dans Lethe, Anna ayant aussi travaillé sur le mixage de l’album au studio SoundFarm) donnent un supplément de grâce à l’ensemble. Elles renforcent au besoin la plastique et contribuent à produire une mélodicité poussée (« Building the Ship of Theseus »). Et puis sur le fond, reste ce que cimente Slow Motion Death Sequence dans notre rapport au projet norvégien : cette certitude qu’au-delà des attraits de la forme, dans son transformisme permanent, Manes a développé quelque chose de rare dans le monde des musiques actuelles. Une démarche digne, un style, un magnétisme.

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