Magazine – No Thyself

22 Nov 11 Magazine – No Thyself

Un nouvel album studio de Magazine, qu’est-ce que cela m’évoque? Tout d’abord, cela fait une bonne décennie qu’on nous abreuve de reformations de groupes mythiques de la fin des années 70 et début 80, et il faut bien avouer que cette carte nostalgie, si elle a pu me séduire au début, je la regarde aujourd’hui avec beaucoup plus de méfiance. En effet, rares sont les dinosaures de cette époque qui m’ont procuré un vraie sensation forte lorsque je les ai vus sur scène (seules des rares exceptions comme Theatre of Hate m’ont vraiment transporté). En général, il ne reste que la frustration de ne pas avoir vu ces dinosaures plus tôt. De plus, les rayons des disquaires remplis presque au trois quart de rééditions commencent sérieusement à me faire froid dans le dos. Bien sûr, on tombe dans le piège d’acheter tel re-mastering, avec plusieurs bonus, mais au résultat on a juste le sentiment de s’enliser dans le passé au lieu de vivre l’émergence de talents liés à notre présent. Donc un album de Magazine, trente ans après Magic, Murder, and the Weather, porte en lui forcément quelque chose de suspicieux , mais heureusement l’humour de Howard Devoto saura peut-être éviter la formule nostalgie « ça sonne comme à l’époque mais en moins bien… », d’autant plus que les performances du groupe, depuis la reformation officielle en 2009, ont été vécues avec beaucoup d’enthousiasme. L’autre hic, c’est la simple question : comment remplacer un guitariste aussi génial que John McGeoch (on se souvient aussi de son travail brillant avec Siouxsie & The Banshees et PIL) et un bassiste comme Barry Adamson? Premier point d’approche : l’utilisation d’un dessin d’Odilon Redon pour la couverture, renvoyant d’emblée aux premiers 45 tours du groupe en 1978, « Shot by Both Sides » et « Give me Everything ». A l’écoute du premier titre, « Do the Meaning », il n’y a pas de doute, nous sommes face à du pur Magazine digne du premier album: un mélange de glam, de post-punk, de funk et de passages plus atmosphériques appuyés par certains effets de chorus. La voix de Devoto a toujours autant de charme, crooner désinvolte, pas vraiment chanteur, ironique et un brin décadent. Les textes sont d’ailleurs cyniques et obliques à souhait et l’obscénité de « Other Thematic Material » est particulièrement savoureuse. Ces paroles nous permettent d’appréhender ce disque comme une oeuvre de 2011 quand tout le reste ne fait que nous renvoyer au vieux Magazine: « Holy Dotage » et son orgue Hammond typique, « The Burden of a Song » qui aurait pu être une chute studio du premier album, « Happening in English » et son funk dissonant rappelant de nombreuses formations post-punk, etc. Pire, quand le nouveau line-up s’essaie à des sonorités nouvelles, cela tombe à plat: la tentative psyché sixties sur « Physics » ne marche pas, le spoken word ambiancé sur « Of Course Howard » n’évoque que de l’ennui et « Hello Mister Curtis », si on lui supprime un texte qui ironise sur les rock stars suicidées, sonne comme le titre d’un groupe de seconde zone. Tout dans l’ensemble se révèle bien trop léché, trop lisse, avec de nombreux arrangements au piano, parfois très classe, avec un violon qui peut se greffer en fond sonore, mais cela manque sérieusement de déviance. En effet, trente années se sont écoulées. On ne travaille pas la décadence de la même manière à 50 ans et à 20 ans, c’est sûr. Néanmoins, l’album vaut tout de même le coup pour le superbe « The Worst of Progress… ». Plus sombre que le reste du disque, il évoque le tout meilleur de Luxuria, le projet que Devoto avait créé après Magazine. Un condensé du génie du bonhomme. Au résultat, No Thyself n’est pas un mauvais album. On peut s’endormir à son écoute, surtout vers la fin, mais l’ensemble réserve quelques passages intéressants.

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Note : 69%

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