Lüderitz – Troisième Crash Test en Position d’Infériorité notoire

19 Oct 17 Lüderitz – Troisième Crash Test en Position d’Infériorité notoire

J’aime suivre certains artistes dans leur progression constante, leurs errances stylistiques, les rencontres qui illuminent leurs premières idées, les changements de projets, et, malgré toutes ces avancées, l’impalpable présence de leur singularité… C’est le cas avec Phil Von, Olivier Depardon ou encore Vincent Fallacara devenu désormais Herr VintZ Von Lüderitz depuis qu’il a sabordé Torso.

C’est déjà le troisième EP de ce projet, ou, serais-je tenté de dire, c’est seulement le troisième EP depuis 2015. Autoproductions, vies qui s’emmêlent, questionnements… Le titre donné à cette sortie est une fois de plus terriblement lucide et révélateur.

J’attends qu’enfin le public se rue sur les talents de cet écrivain-chanteur, capable de se faire mal quand il chante, accompagné dorénavant avec justesse par Yann Eugène Zed.

Et puis, ces quatre nouveaux titres ne me vont pas assez. Le premier est long, tourne autour d’une mélodie très proche de « The Serenade is dead » de Conflict, gentillette, pendant que la tendresse se fait sarcasme (du latin : « qui déchire la chair »). Le chant se développe, se fait plainte, navigue sur le fil, risquant le tout pour le tout, prenant des atours de pop-song mielleuse (mais les paroles : aïe, aïe, aïe, ça ne passera pas sur France Inter!). Dichotomie un rien easy

Le deuxième titre souligne encore fortement les amours de toujours pour Robert Smith et sa bande, cette fois en citant dans les guitares et le clavier le « In between Days ». C’est volontairement provocateur, comme un miroir à la limite de la parodie de ce que Vincent faisait quelques années plus tôt. Il y manque une mise à distance ; ou bien, c’est une sorte de renoncement dans la facilité, super pessimiste (là encore écoutez ces paroles que Miossec pourrait chanter un soir de déprime…).

Avec « Le Dégel », on retrouve cette appétence pour la voix grave de Leonard Cohen, période « First we take Manhattan » auquel Torso avait déjà rendu hommage sur « Le Vent se lève » en 2009. La voix est alors magnifique de justesse, la mélodie envoutante, les paroles splendides (on rapprochera cette fois nos lecteurs de Thomas Vineau pour cet appel à l’amour sous la glace)… Mais on l’a déjà entendu, nous, les happy-fews qui suivons Lüderitz.

À ce niveau, on se dit que c’est fini, que le meilleur est passé, dans cette paire Eloge de la Compression / Rien de nouveau [en quelque Sorte] ou avec l’expérimental duo avec Julien Soulier, Rapsodies Emosexuelles… Vient heureusement « On a tout essayé » (ah ! ces titres dont les assertions retournent le couteau dans la plaie…) où les deux accords de base d’un bon morceau sont joués sur le mode surf-music ; mieux encore, la voix renoue avec ses accents Daniel Darc / Taxi Girl (souvenez-vous : premier EP de Torso, en 2004).

Alors on se dit que oui, qu’on peut de nouveau y croire, qu’il y a du plaisir à créer du grand, à placer les émotions avec cette facilité si déconcertante, à produire des titres qui feront date.

La bataille contre soi, contre le silence, et pourtant « À la fin, c’est le crash… ». Il ne faut pas que ce soit prophétique ; il faut écouter ce que fait Lüderitz. Vite.

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Tracklisting :
01. Embrasse-moi

02. As-tu vraiment aimé cette Vie ?

03. On a tout essayé

04. Le Dégel

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Note : 70%

Site du groupe / MySpace :

https://luderitz.bandcamp.com/

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