Lol Tolhurst – Cured

12 Fév 17 Lol Tolhurst – Cured

Autant vous prévenir de suite, ce premier livre de Lol Tolhurst, traduit en français par David Gressot, n’est pas une biographie des Cure mais bien une autobiographie. Bien sûr il y est question des Cure vu que le groupe a marqué durablement la vie de celui qui en fut le batteur originel et qui traversa toute la grande période, de 1977 à 1989, mais ce recueil de souvenirs parle avant tout d’une rédemption, celle d’un être qui s’est perdu et noyé dans les délires et les affres de l’alcool et qui a dû passer par un certain nombre d’épreuves pour revenir au monde.

Le texte se déroule de façon chronologique et l’auteur se focalise avant tout sur ses souvenirs et ce qu’il en retient plus que ce sur quoi le fan aimerait qu’il s’attarde. Au centre du récit, il y a une amitié, celle de deux garçons qui se sont rencontrés alors qu’ils n’avaient que cinq ans et qui vivront des tas de choses fortes ensemble : découverte de la musique, premiers concerts, succès international, joie et doutes de la création… Pourtant, peu de choses sont dites au bout du compte sur qui est vraiment Robert Smith. On sent chez Lol une profonde admiration pour son camarade et on voit aussi la différence fondamentale entre les parents aimants et encourageants de Robert (dont un père qui brasse sa propre bière) et ceux de Lol (un père alcoolique distant, une mère pieuse qui mourra d’un cancer pendant l’enregistrement de Faith, le troisième album du groupe). Ils furent tous deux les premiers punks de Crawley, une bourgade du sud de Londres où règnent ennui, chômage et tensions sociales. Là bas, les jeunes excentriques et efféminés comme Lol et Robert y font face aux insultes permanentes des skinheads. Dès l’adolescence, ils collectionnent les vinyles, écoutent les émissions radio de John Peel, vont voir de vieux nanars au cinéma et lisent autant qu’ils peuvent. Au rythme de trois répétitions par semaine chez les parents de Robert, ils bossent dur pour maîtriser leurs instruments et fantasment des vies à la marge loin des paysages mornes qu’ils connaissent et des asiles psychiatriques. Le 20 décembre 1976, ils donnent leur premier concert sous le nom de Malice, avant de se rebaptiser Easy Cure puis The Cure pour le côté plus punk.

Les révélations se feront assez vite en écoutant The Stranglers, l’album Low de David Bowie, Siouxsie & the Banshees mais surtout Wire dont l’attitude minimaliste définira leur orientation musicale. Les choses vont s’accélérer avec la rencontre de Chris Parry de Polydor qui allait créer le label Fiction Records en 1978. Mis de côté lors du mixage du premier album Three Imaginary Boys, dont on leur a imposé la pochette, les Cure resteront frustrés par ce disque. Le succès sera néanmoins immédiat et le groupe va entamer des tournées interminables. On sent que Lol se régale de nous conter ces anecdotes sur la route et souvenirs de club. Déjà très porté sur l’alcool, ce dernier causera le renvoi d’une tournée avec Generation X, et pour cause, il avait uriné sur le leader, Billy Idol. De l’Europe aux États-Unis, les concerts sont complets mais c’est vraiment avec l’arrivée de Matty Hartly au synthé et de Simon Gallup à la basse (alors que Michael Dempsey part rejoindre The Associates) que le projet trouvera une nouvelle direction qui leur convient. Ils posent alors leurs instruments dans de nombreux clubs mythiques, le Hurrah’s de New York, le SO36 de Berlin, etc. Lol rassemble les souvenirs de tournée en pagaille. Sur l’année 1980-81, ils ont fait pas moins de 250 représentations. Ils rencontrent alors aussi bien Mission of Burma que The Specials, se font arrêter pour ivresse en Hollande et fournissent des pots de vin aux douaniers. Créativement à leur pic avec la trilogie Seventeen SecondsFaithPornography – ce dernier étant pour Lol ce qu’ils ont fait de mieux, un album qui aurait d’ailleurs dû être produit par Conny Plank -, leur consommation de drogue et de breuvages alcoolisés augmente, à quoi s’ajoute une fatigue permanente. Leurs teints sont blafards, ce qui colle parfaitement aux atmosphères musicales sombres et dévastées qu’ils explorent alors. C’est à cette époque que Lol est obligé de se traîner un seau pendant les concerts car sa vessie trop petite ne lui permet pas d’assurer l’intégralité des concerts sans faire plusieurs pauses pipi. Pas très romantisme noir, vous me direz? Hé bien, oui, les Cure aiment la bière et le football. Les tensions entre Simon et Robert sonneront le glas de cette période de suractivité. C’est là que Lol vient en France se ressourcer et produit au passage le premier album d’And Also the Trees et le premier maxi de Baroque Bordello.

Lol Tolhurst s’attarde ensuite longuement sur l’enregistrement de « Let’s Go To Bed », « The Walk » et « The Lovecats » car c’est durant Japanese Whispers qu’il sera actif plus que jamais dans les compositions et qu’il passera de la batterie aux synthétiseurs. Par la suite, on sent bien que le projet ne devient plus que la vision de Robert Smith et lui même se voit de plus en plus devenir comme un employé. Ils jouent dans des stades, enchaînent les télévisions, explorent de nouvelles contrées (le Japon, l’Amérique du Sud… ) mais sa dépendance devient pesante pour tout son entourage. Il devient un boulet jusqu’à l’enregistrement de Disintegration où Robert lui envoie une lettre sans appel. Accablé, Lol va alors traverser une longue période de dépression. Rongé par la tristesse et l’esprit de vengeance, il s’aventure dans un procès à la Cour de Justice qu’il perdra en 1994. Il entre dans des cercles concentriques d’autodestruction. Sa vie personnelle est tout aussi compliquée. La cure de désintoxication s’impose. Il faudra qu’il parte en Californie et qu’il se lance dans une véritable quête spirituelle au sein de la Vallée de la Mort pour revenir plus serein afin de pouvoir retrouver le goût de la créativité (notamment avec ses projets Presence ou Levinhurst) et de demander le pardon. Les retrouvailles en mai 2011 pour la tournée Reflections marquent un moment charnière pour lui : la réconciliation avec la personne qui a compté le plus dans sa vie, Robert Smith. Une histoire d’amitié, de trahison et d’amour.

Cured alterne ainsi des moments drôles et d’autres bien plus poignants. Lol émeut, car on sent bien que pour lui la musique a été une échappatoire et qu’il a réussi, malgré les nombreux coups durs, à remonter la pente. Le style n’est pas parfait, un peu à l’image de son auteur qui a toujours dit qu’il n’était pas un bon musicien mais qu’il avait la volonté de l’être. Le livre se lit néanmoins avec grand plaisir. Les pages sur la première période sont très éclairantes pour savoir d’où le groupe vient. En revanche, les amateurs du Cure de la deuxième moitié des années 80 – en gros de Head on the Door à Disintegration – seront frustrés car à cette période, Lol était comme absent à lui même et comme en dehors du groupe. Les pages sur la traversée du désert des années 90 sont, quant à elles, assez dures. Mais Cured demeure un beau témoignage, des années d’innocence à la chute jusqu’à la rédemption et réconciliation avec le monde et avec soi même.

https://lemotetlereste.com/

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