Les Modules Étranges – Aldebaran

01 Jan 18 Les Modules Étranges – Aldebaran

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Baigné dans une ambiance Coil / Throbbing Gristle, le septième album du groupe Les Modules Étranges est une sacrée bonne surprise.

Le groupe nous avait habitués à un rock gothique de haute tenue, rendant hommage au passé tout en offrant une musique inventive, piochant au-delà d’un seul style et s’ancrant dans les années 2000 puis 2010 de ce courant de plus en mortifère.

Avec ce nouvel album, la transition est brutale. C’est un nouveau son, une nouvelle direction. Les Modules Étranges n’ont pourtant pas changé de nom. Et pourquoi l’auraient-ils fait ? Ils ne sont pas suivis par 10.000 die-hard fans prêts à hurler à la trahison. Leurs fans (dont nous nous garderons bien d’imaginer le nombre) sont de ces gens ouverts d’esprits, capables de suivre les mêmes artistes selon leurs envies du moment, sans adresser de reproches déplacés. Alors, va pour conserver le nom LME pour cette plongée dans une lignée expérimentale, bruitiste, industrielle, psychédélique.

Son titre, cet album le doit à l’étoile géante Aldébaran, celle qui suit (car elle semble coller à la trajectoire des Pléiades au cours de la nuit), située à environ 65 années lumière de nous. Actuellement la sonde Pioneer 10 va dans sa direction. Cette étoile, visible depuis la Terre, a surtout dans son halo, une foule de référents que le groupe convoque : le poète Nerval, le mythe de Cthulhu, le roman La Guerre éternelle de Joe Haldeman, la série de Bds de Léo publié depuis le milieu des années 90 ; en musique Messiaen ou Enya se sont également inspirés de cette étoile.

Pourtant, les titres de l’album ne constituent pas un space-opera. Le groupe a semé des indices dans sa communication sur facebook, remobilisant les versions de Cthulhu dans le Roi en Jaune, une pièce de théâtre fictive inventée par Chambers, dans l’acte premier de laquelle cette chanson prend place :

« Sur la rive les vagues nuageuses se brisent,
Les soleils jumeaux s’enfoncent derrière le lac,
Les ombres s’allongent
À Carcosa.

Étrange est la nuit des étoiles noires,
D’étranges lunes tournent dans le ciel,
Mais l’étrangeté est la plus grande
À Carcosa.

Les chants que les Hyades entonneront,
Sont rythmés par les loques du Roi,
Ils mourront sans être entendus
À Carcosa.

Chant de mon âme, ma voix est morte,
Je meurs sans t’avoir chanté
Mes larmes sécheront sans être versées
À Carcosa. »

Ce disque s’adresse alors aux vieux fans qui sentiront les références et s’en délecteront. Il est aussi un coup de fouet nécessaire et salvateur aux jeunes adeptes des mondes noirs, en ces temps de retour du post-punk et de la cold wave dans des versions un peu trop aseptisées.

Ainsi, on retrouve le Coil le plus calme dans « Intro » et ses claviers élégiaques et lointains soutenus par une basse parcimonieuse. C’est ce courant qui avait été mis à l’honneur avec le Tribute This Immortal Coil.

Pourtant, cette face abordable va vite disparaître au profit d’une noirceur bien plus intéressante.

Un léger clin d’œil gothique ouvre « Satan’s Nightclub » qui démarre avec des battements cardiaques (ceux qui pensent au « Born in a Womb, died in a Tomb » de Christian Death, qu’ils lèvent la main !), puis se fait harmonique saturée et tremblante sur une mélodie orientaliste minimale. Un titre bien dans la lignée des idées de P-Orridge, alternant chaud et froid, sucre et acide.

« Hypnagogia », le titre le plus long, a aussi une première phase sympathique, planante. Heureusement, la musique va progressivement se hérisser, captant des stridences : celles du monde contemporain puisque cet état est la transition entre le sommeil et l’éveil. C’est avec « Dracula » que le parcours initiatique prend sens. Voix en échos, torturées et travail sur les bandes créent un bon morceau de malades, aux voix qui s’énervent et vitupèrent. Seule présence rassurante un synthé glace le fond avant de s’effacer tandis que les déformations vont grandissant. Sur « Possession », on retrouve un peu de Fantômas (« The Godfather », reprise du Parrain) et aussi de Virgin Prunes (« Suck Me Baby ») avec cette voix enfantine chantonnant une berceuse inconnue. Le vieux fond gothique est bien présent dans cette basse monomaniaque qui rythme les glissades et autres effets sonores. Là encore, le morceau bascule vers de chouettes stridences qui éreintent bien l’esprit. « Pet Sematary » racle un peu au début, puis se lance dans des psalmodies vaguement indiennes, renvoyant à Stephen King.

« Lament » remonte plus loin dans le temps et mixe le Pink Floyd le plus expérimental aux instrus bruitistes proto-indus, énonçant par là le lien fort qui unissait les artistes novateurs de l’ère du punk à leur adolescence musicale. Il y avait un terreau fertile à cette genèse.

L’enregistrement revient aux sources : jeu live en home-studio, pédales d’effets et boucles, interventions typées performances pour Edwina.

Le disque est composé en attaque : d’abord les morceaux les plus intransigeants, puis, le décollage réussi, les morceaux plus planants. C’est avec « Vulpecula » (nom de la constellation du Petit Renard) que le voyage s’interrompt : le titre fait parler l’animal qui sommeille en nous. Sur un son de synthé plus Legendary Pink Dots, des vocaux féminins érotico-pornographiques hantent le spectre sonore. La vie est là, dans ces ébats, cette jouissance par vagues, comme venue du fond du ciel, un cosmos naissant dans l’orgasme des particules premières, il y a des milliards d’années…

L’album sera disponible en édition limitée en vinyle transparent. Les formats K7 et CD auront un long bonus composé de huit morceaux. « Anathème » est une sorte de composite-hommage créé par Oreste. « Possession » en version remix par Khaoman multiplie à l’envie la comptine enfantine après avoir joué sur ses trois notes essentielles une partition bien rampante. « Satan’s Nightclub » devient un orage magnétique imparable. On salue aussi « Hypnagogia »relu par Maxim Gall, lequel remix ressuscite la guitare pour des plaintes de toute beauté, alors les intentions toutes psychédéliques lancent un bel assaut vers la beauté, à l’opposé du titre initial. « Outro », quant à lui, se situe avec réussite dans la vague synth-pop rétro à la mode ces derniers mois.

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Tracklisting :
Tracklist

01. Intro

02. Dracula

03. Possession

04. Satan’s Nightclub

05. Pet Sematary

06. Lament

07. Hypnagogia

08. Vulpecula

Les remixes

09. Possession (Airworld Remix)

10. Satan’s Nightclub (Auti Dari Remix)

11. Vulpecula (Remix par SeppuKuma)

12. Anathème (Oreste Re-création sur Les Modules Étranges)

13. Hypnagogia (Remix par Baba Yaga)

14. Possession (Khaoman Remix)

15. Hypnagogia (Maxim Gall Remix)

16. Outro (People Theatre Remix)

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Note : 90%