Léo Henry – Le Diable est au piano

24 Mar 13 Léo Henry – Le Diable est au piano

Rouge gueule de bois avait déjà annoncé la couleur en 2011. Léo Henry est un inclassable, un hurluberlu qui sait manier divinement la plume et nous amène dans des univers oniriques fort singuliers, parfois cryptés, ne relevant ni vraiment du fantastique ni de la science-fiction. Pour le coup, le terme de « littérature de l’imaginaire » fonctionne plutôt bien. Dix ans après ses débuts et son premier recueil Les cahiers du labyrinthe, ce nouvel ouvrage témoigne du temps qui s’est écoulé depuis, au travers d’une sélection de vingt nouvelles assurée par Richard Comballot. L’ensemble est fort hétérogène et on pourra y trouver à boire et à manger. Une obsession demeure néanmoins celle de l’écriture et de l’écrivain. Chez Henry, la littérature peut être ludique mais c’est aussi une névrose, une aberration, une inadéquation, un acte dévorateur comme illustré par la superbe couverture assurée par Stéphane Perger. Cela se retranscrit notamment par les rencontres farfelues et impossibles qu’il nous donne à voir : Alesteir Crowley et Edgar Allan Poe, Blaise Cendrars et Corto Maltese, George Orwell et Indiana Jones, etc. On voyage à travers les époques, les lieux, les continents. Il n’y a pas de limites ici. Cette sorte de fantasy étrange pourrait parfois s’apparenter à des private jokes dont on ne saisirait le sens, mais l’auteur arrive toujours à nous tenir en haleine par la poésie de son style et quand il rend hommage à Antoine de Saint-Exupéry (« Je suis de mon enfance comme d’un pays ») ou à un ami mort (« Goudron mouillé, prière dérisoire »), on ne peut qu’être touché par la sensibilité qui transparaît.

L’univers de Henry est au bout du compte très réflexif. On entre dans les pensées d’un prisonnier à qui il ne reste que des photos de pin-up pour fantasmer (« Soixante-dix-hui pin-up ») ou dans celles d’une ex-James Bond girl (« Kiss Kiss, Bang Bang »). Le mythe de Faust est réécrit (« L’envers du Diable ») et les livres peuvent être constitués de peaux humaines (« Supplément au Bibliophage 1994-2003 »). L’ensemble peut paraître parfois trop disparate, cela dit, une nouvelle comme « Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais », Grand Prix de l’Imaginaire, ne peut qu’emporter notre adhésion totale, en particulier le personnage d’Anselme Juin, suscitant un total scandale quant à une œuvre d’amour pastoral dont il ne comprend pas l’obscénité que les gens y voient. Tous les personnages d’Henry sont au bout du compte en quête de l’impossible, d’un Graal dont ils ne savent pas réellement ce qu’il renferme. Le recueil se termine sur cette phrase : « Je ne savais rien de notre destination, mais ce n’était pas là que je voulais aller ». Rien à ajouter.

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