Laurent Saïet – The Call Of Lovecraft

03 Nov 18 Laurent Saïet – The Call Of Lovecraft

Saïet n’est pas novice en matière de création sonore. C’est son sixième volume pour Trace, maison qu’il a contribué à créer avec les personnes de Guillaume Loizillon et Patrick Müller.

The Call Of Lovecraft : une collection de bandes-son imaginaires inspirées par divers écrits de l’Américain Howard Phillips Lovecraft, auteur méconnu de son vivant mais passé post-mortem au rang des écrivains cultes de l’horreur fantastique. Si certains rappellent parfois les revers de la médaille (car il le faut bien), Lovecraft reste dans l’esprit des masses l’homme du panthéon noir. Un évidement de la gnose par la prose et l’épreuve horrifique.

Saïet reprend à son compte les lieux et personnages qui parsèment l’œuvre de l’Américain. Le ressenti du musicien face aux indicibles zones d’ombres est la source de ces créations sonores : des corps labyrinthiques lardés de cuivres libres et en tension. Eux dessinent de fiévreuses lignes rouges-orangées en surplomb des voûtes brumeuses qui, par en-dessous, se déploient par couches. Céleste et infra, encapsulés dans le cadre.

Laurent Saïet [source : FB officiel]

Le titre final, emblématique « Cthulhu », pousse la démarche à son paroxysme : à la croisée d’un jazz psychotique et d’une sourde imprégnation doom, Saïet étale ici comme sur toute la longueur de l’essai, une envoûtante palette cinématographique. La tension est palpable mais sera évidemment aléatoire en fonction des créatures ou lieux abordés. Car si fin de l’album équivaut à climax horrifique, l’angoisse a pu se faire plus diffuse au préalable : les huiles ambrées de l’introductif « Eryx » dispensent un ambient crépusculaire duquel perce en filets, subrepticement, quelque luminosité. Ténue, elle se maintient en intime flottaison au-dessus des pulsations minimales, tandis que se dessinent de tortueux enchevêtrements (« Arkham »).
Les cuivres auront joué un rôle important dans ces installations. Ils incarnent de serpentines et dangereuses présences. Il y a du danger dans l’œuvre de Lovecraft.

Reste au final cette impression paradoxale d’avoir visité l’impénétrable. Ornant ce bel objet carton, le tortueux ancrage de Justine Gasquet (Melantropy) donne tonalité, sans parler du clip qu’elle a fabriqué pour « Invocation ». C’est un mystère qui s’ouvre à l’épreuve du son mais qui, une fois quitté, a encore gagné en épaisseur. Lovecraft peut être approché, mais reste à jamais insondable. Une musique dont la palette est enrichie par divers guests (Quentin Rollet, Jean-Noël Cognard, Ben Ritter) et qui puise aux sources de l’œuvre littéraire une force magique.

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