Knightriders de George A. Romero – édition DVD et Blu-Ray

03 Jan 18 Knightriders de George A. Romero – édition DVD et Blu-Ray

Inaugurée avec le chef d’œuvre absolu L’enfant-miroir de Philip Ridley, la collection Blaq Market est devenue indispensable pour tous les amateurs de cinéma bizarre et inclassable. Une des grandes forces de cette collection est notamment de laisser à la fois la place à des films récents et des réalisateurs prometteurs (We are the Flesh, Der Samurai…) qu’à des classiques un peu oubliés qui ne demandaient qu’à renaître en version Blu-Ray. C’était le cas de Miracle Mile paru récemment et c’est aussi le cas de ce Knightriders (1981), un des films les moins connus du grand maître de l’horreur disparu l’été dernier, George A. Romero. Incomprise, cette réflexion un peu désabusée sur les utopies de la contre-culture des années 60 ne collait pas à l’image associée au réalisateur de La Nuit des morts vivants (1968), The Crazies (1973), Martin (1978) ou Zombie (1978). C’est le succès de ce dernier long métrage qui a, en grande partie, permis à ce Knightriders de voir le jour. Fort d’un contrat pour trois films avec United Film Distribution, Romero avoue lui même n’avoir jamais eu autant de liberté et d’indépendance. Si Knightriders fut un échec, les films suivants Creepshow (1982) et Le Jour des morts-vivants (1985) rattraperont largement ces pertes financières. Même s’il avait fait des incursions dans des genres qui sortaient du style horrifique (There’s Always Vanilla ou Witch/Malédiction, vendu comme un film d’épouvante mais qui n’en était pas vraiment un), Knightriders apparaissait comme une vraie étrangeté, avec sa communauté de marginaux qui veulent revivre le mythe arthurien. Le long métrage est ainsi une plongée dans le quotidien de cette troupe qui organise des joutes assez violentes à moto et en fait des spectacles pour beaufs venus passer un bon moment (on remarquera un cameo de Stephen King incarnant encore une fois un redneck). Le contraste entre les cascades à moto et les tenues médiévales est en soi assez incongru. Menée par Billy (Ed Harris), rebaptisé Roi William, la tribu doit faire face aux peaux de vin demandées par le shérif local et à une modernité mercantile en opposition avec les idéaux qu’elle aimerait défendre. Car derrière ce délire se cache une philosophie sérieuse héritée des courants hippie des années 60. Les valeurs du groupe vont être d’autant plus mises à mal quand un promoteur immensément riche (Bontempi !) essaie de leur mettre le grappin dessus. Un groupe dissident va alors se former autour de Morgan (Tom Savini, plus connu pour ses effets spéciaux mais également brillant comédien). Les idéaux fondamentaux de la bande résisteront-ils face à l’appel du capital dans ces années Reagan? La contestation a-t-elle encore lieu d’être?

Tourné à Pittsburgh, Knightriders est avant tout un film de copains. Les amateurs reconnaîtront des tas de visages des autres œuvres du cinéaste. Mais c’est aussi et surtout le long métrage le plus personnel de Romero et celui dont il est le plus fier. Malgré son sujet intéressant, le film déstabilise aussi de par son format très long de deux heures et demi (une version raccourcie de trois quart d’heures avait circulé en Europe) et de par ses scènes de cascades à moto qui représentent une très grande partie du film. On sent que Romero a le confort budgétaire, le luxe de faire ce qu’il veut et qu’il s’en donne à cœur joie. Heureusement, les longueurs sont sauvées par la très belle photographie (quasiment tout est filmé en extérieur) et par l’originalité du propos. Que doit-on penser de ces rebelles devenus amuseurs de foire? La marginalité n’est-elle plus bonne qu’à devenir une mascarade? Y a-t-il encore de la place pour les idéaux quand le capitalisme a gagné tous les terrains? Bien sûr, il y a de la désillusion, mais aussi beaucoup d’ironie de la part du réalisateur, et peut-être même une poésie dans ce désir des hommes de rêver, de se dépasser et aussi de créer un monde dans lequel ils peuvent survivre humainement?

Romero a toujours été un réalisateur politique et son film aborde aussi la question de la femme dans la société ou de l’homosexualité, avec au final beaucoup de tendresse. On sent qu’il aime ses personnages car il n’y a rien de plus louable que des hommes et femmes qui veulent faire avancer les choses pour remettre les valeurs humaines au centre du monde. Malheureusement, on voit bien deux attitudes distinctes : ceux qui sont là juste pour passer le temps, par révolte temporaire ou pour des raisons futiles (et qui finiront par retourner leurs vestes) et ceux qui sont là par réelle conviction. Au sein même de ces derniers, on trouve Billy, intègre et dévoué jusqu’à l’absurde (le film commence par une scène de flagellation), et Morgan, beaucoup plus en accord avec les changements du monde et ouvert aux compromis. Dans tous les cas, les attardés du public ne voient rien à tout ça. Ils sont juste des ploucs venus pour voir du sang et ils en auront pour leur compte. Tous ces spectacles ont d’ailleurs un aspect un peu branque, trop basés sur des artifices, comme le prouve la scène où le DJ met un air disco à la mode au lieu des airs épiques antiques. Au final, les ploucs sont là pour s’amuser, alors s’ils peuvent danser en plus, qu’importe ! On retrouve bien là le cynisme de Romero et son esprit satirique. Les idéaux sont devenus des objets publicitaires (ce qui donne lieu à une scène mémorable avec Tom Savini) et sont modulables, interchangeables selon les modes. De purs produits.

Knightriders se rapproche donc du conte philosophique et questionne la possibilité d’un art pur face au grand capital. Le fait même que Romero ait pu faire ce film semble être un signe optimiste. Mais là encore, la société américaine du début des années 80 et celle d’aujourd’hui a encore beaucoup changé. La liberté que Romero a eue sur cette production pourrait bien elle aussi être devenue une utopie.

À préciser que la qualité de la copie est impressionnante, et que les suppléments sont nombreux avec interviews de spécialistes et archives de discussions avec le réalisateur. Raison suffisante pour découvrir cette curiosité.

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