Kill Shelter – Damage

12 Oct 18 Kill Shelter – Damage

Ah, le rock gothique ! Quand on est tombés dans les Sisters Of Mercy, X-Mal Deutschland, les Prunes ou Juju, on garde intacte une appétence qui n’est pas de la nostalgie. Chaque année offre un nouvel en-cas à cette fringale et avec le renfort des métalleux (Tenebre, Sinamore, Moonspell, Paradise Lost, Tiamat, Type O Negative, Æon Sable…), les tenants de l’orthodoxie (The Mission, Merciful Nuns, Ikon, Corpus Delicti…) trouvaient de bons bretteurs pour leur disputer le haut de la table.

Le label Unknown Pleasures Records avait offert un plat de résistance fort bien servi avec Der Himmel Über Berlin et Velvet Kills en accompagnement. Voilà que, quelques mois avant de tirer sa serviette en mutant en +Closer², Pedro (fan de O.Children, autres gothiques de premier plan) ramène en dessert ce Kill Shelter.

Les guitares sont Sister(s)iennes à souhait (et Wayne Hussey va s’en lécher les babines) sur « Black String ». Les rythmiques semblent émaner parfois de l’EP The Reptile House, à l’image de ce « The Happening » aux sombres approches diversifiées (plusieurs montées et retours de saveurs). La mélodie de la basse répond aux attentes, secondée par des bourdonnements nappés en spirales émotionnelles (« No Regrets »). Les claviers permettent de prendre un peu de distance avec l’étalon de référence (« Bodies »), les basses devenant plus robotiques encore le temps d’un « Get down », pas si éloigné d’un bon Depeche Mode, avec Monsieur-The Shyness Of Strangers plus sucré que d’habitude. Il y a là une teneur électronique qui fond bien en bouche.

Les voix ne cessent de surprendre puisque le projet s’établit en un tour de table, un jeu de chaises musicales dans lequel le perdant reste ce diable d’Eldritch… En effet, Kill Shelter, après plusieurs remixes (dont Pete Burns !), a choisi de créer un album-hommage à des genres (de la coldwave au dark rock, dit-il) en invitant à banqueter les meilleurs représentants actuels.

Les convives sont nombreux. Leur appétit est intact et, comme ils savent donner de la voix, c’est nous qui dégustons. Monsieur Delphine Coma garde les tics vocaux les plus beaux (ce léger tremblement de la glotte au moment de la montée en puissance sur « In Decay » !). Un cran au-dessus (ou en-dessous si on parle de tessiture), on découvre avec plaisir Undertheskin qui livre le titre que les 69 Eyes n’arrivent plus à produire : immédiatement accrocheur, sensuel et avec une touche acide qui asticote la pointe de la langue ; un délice. Plus teinté deathrock électronique (n’oublions pas non plus Eva O dans les chefs étoilés de nos repas gothiques), le titre « Sever » révèle les efficaces nuances vocales de New Haunts le temps d’un groove ralenti imparable.

Le travail sur les textures est accompli, chaque titre plaçant une ambiance propre. Ainsi « Kiss Me Goodbye » est un poil Curesque période Disintegration, avant l’éveil de la voix profonde de Hante., mi-parlée, mi-chantée. En écho, le titre « Hollow », se fait lui aussi plus introspectif, comme une crème qu’on ne se décide pas à avaler, la laissant tiédir et prendre ses éclats. Moins directs, ces deux titres assument leur rôle de pauses méditatives.

Ce projet n’est donc pas un groupe au sens strict, tout comme les albums de Massive Attack accumulent les participants. Pourtant, comme les Bristoliens, Kill Shelter de sa lointaine Edimbourg sait où il va, manie ses instruments à la perfection et crée un univers stabilisé qui fait rêver. Jusqu’au logo du projet qui est à tomber, non ?

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Tracklisting :
01. As Trees do fall (avec Bragolin)

02. Black String (avec Nate Jespersen)

03. In Decay (avec Antipole et Delphine Coma)

04. Kiss Me Goodbye (avec Hante.)

05. Get down (avec The Shyness Of Strangers)

06. No Regrets (avec Undertheskin)

07. Bodies (avec Buzz Kull)

08. Hollow (avec Pedro Code)

09. Sever (avec New Haunts)

10. The Happening (avec Killjoy)

11. False Hope


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Note : 83%