KatzKab – Le Syndrome de Diogène

30 Déc 18 KatzKab – Le Syndrome de Diogène

L’équipe de KatzKab poursuit son passionnant cabaret batcave, après un long Objet n°1 que nous avions aimé et un trop court Objet n°2. Les modes passant les unes après les autres, ils restent les seuls réellement actifs et novateurs dans ce domaine. L’arrivée d’un saxophone de plus en plus free (à la façon de Lucrate Milk) ajoute à leur cirque un bon gros numéro foutraque (« Slimy Waltz »). Les interludes se font gore-comique avec cris éructés : on pense alors aux cinématographiques Corman Et Tuscadu sur « l’interlude n°1 », et à une comptine électronique méchante sur « l’interlude n°2 »). La maîtrise des ambiances les plus batcaves est une fois de plus totale (« It’s a Trap », « Strange Meat » : deux tubes évidents pour cette année), balayant les anciens comparses que furent les Dresden Dolls ou encore Deadchovski. Les synthés savent se faire glaçants pour les contes les plus noirs (« Akuma Banzaï »). Plus loin, on lorgne avec délice dans le psycho-surf électronique, avec une sorte de Siouxsie bien à l’aise sur sa planche de surf (« Spectral Rendez-Vous »). KatzKab s’amuse, ressuscite un esprit français foutraque hérité des scènes punk, prog et psychédélique (et en plus « Boîte Miroir » joue sur les terres des paroles de Jad Wio). La voix de Vik. B (la femme) est assurée et mutine, sûre de son fait, joue des pointes et harponne les oreilles de maintes délicates pichenettes. La basse tabasse, parfaitement mise en avant dans le mix lorsqu’il le faut (« Ein kleines Loch ») et les compositions se parsèment de breaks bien dosés. Pour « DSM-5 », le piano se fait lancinant (bien amorcé par « l’Interlude n°4 »), malmené par une batterie espiègle, avant de lancer sa pluie de notes cabossées, comme une roue désaxée qui retrouverait in extremis ses repères, puis repartirait en vagabondages : ok, let’s riot ! Plus évident, « Tyke » est le titre idéal pour se dandiner avec élégance en soirée, tout en sirotant un cocktail à base d’hémoglobine… Là aussi, le son est très bon (cette guitare heavy comme il faut sonne vraiment bien ! Bravo à Jean-Charles Versari).

C’est uniquement sur la version LP (écoutable sur leur bandcamp) que l’intégralité de l’album prend sens avec ces transitions iconoclastes. Lesquelles transitions rappellent le travail donné par Siouxsie And The Banshees dont bon nombre de faces B étaient elles aussi des moments expérimentaux qui densifiaient le portrait du groupe. En se donnant l’espace nécessaire sur ce Syndrome de Diogène (le fait d’accumuler chez soi sans rien jeter, mais pas seulement…), les KatzKab se montrent plus angoissants, plus torturés et plus théâtraux (la mélodie lente et assourdie soudainement libérée de l’interlude n°5 ») ; leurs compositions plus classiques y gagnent une audibilité plus forte, mise en valeur par les passages bruitistes, comme si les transitions étaient des couloirs entre différentes pièces et différentes scènes. La pochette, proche des visuels de Position Parallèle, reflète bien cet état lancinant de rêve éveillé où tout semble possible. Basculant souvent dans un registre de chansons en français, KatzKab rejoint la cohorte de ces artistes gonflés qui prennent des risques : ainsi les Forguette Me Note avaient su eux aussi aller au bout de leurs idées et donner tout son sens au mot collectif. Inclassable (même si attaché à une scène gothique en plein retour underground), le groupe est programmé à tout va en premières parties, sur des groupes aussi différents que Collection d’Arnell-Andréa (date le 21 février prochain à Paris), Adult. ou encore Dear Deer. Rappelons tout de même qu’entre KatzKab et le précédent Katzenjammer Kabarett, ces personnes savent aussi assurer un show de plus d’une heure. Levons mieux le rideau sur eux !

Be Sociable, Share!

Tracklisting :
01. Slimy Waltz

02. Interlude

03. It’s a Trap !

04. Boîte Miroir

05. Interlude

06. Ein kleines Loch

07. Interlude

08. Akuma Banzaï

09. Interlude

10. DSM-5

11. Spectral Rendez-Vous

12. Interlude

13. Tyke

14. Strange Meat

Be Sociable, Share!























Tweet

Note : 78%