Kælan Mikla – Nótt eftir nótt

04 Déc 18 Kælan Mikla – Nótt eftir nótt

Plus qu’attendu au tournant, Nótt eftir nótt, le deuxième vrai album des Islandaises fait porter un poids énorme sur leurs épaules.

La sortie des démos il y a quelques mois (Mánadans) a bien été une tentative de déjouer les attentes et de ne pas succomber à l’angoisse du fameux « deuxième disque ». Portées par le soutien de Robert Smith de The Cure (groupe dont le label avait aussi rusé, sortant Boys don’t cry pour le marché américain avant Seventeen Seconds), galvanisées par des titres bien écrits, dans l’air du temps du revival cold-wave, avec ce petit plus que sont les cris et le désespoir sincère, le trio ne peut que ressentir une certaine pression. Les titres épars, dont la collaboration entre Sólveig Matthildur et Stockhaussen (le très beau « Heim ») ne pouvaient que renforcer chez les premiers auditeurs ce besoin d’y croire.

Leurs comparses Lebanon Hanover, Hante., None, Selofan, Soma Sema ou encore Zoè Zanias n’ont pas l’aura nécessaire pour brandir au plus haut l’étendard de cette renaissance froide : trop typées, trop froides, trop « gothiques » dirons-nous pour un grand public avide, mais frileux dès lors que les musiques froides habillent leur congélateur d’oripeaux dark trop visibles.

C’est donc sur les plus-si-jeunettes Margrét Rósa, Laufey Soffia et Sólveig Matthildur que reposent des attentes qui les dépassent sans doute. Elles ont su elles-même évoluer physiquement et artistiquement, quittant leur jeu post-punk d’écorchées vives pour des tenues davantage réfléchies.

D’entrée de jeu, la pochette appelle l’émotion. Avec son visuel noir et blanc du logo KM du groupe, le premier long-format faisait un peu peine à voir. Le deuxième, pour les démos, était bien plus évocateur, mais là, c’était le contenu, daté et imprécis, en recul chronologique, qui laissait à désirer. La surimpression de visage voilé sur fond aquatique (une Ophélie ?) nous comble. Les teintes glauques des photos de Verði ljós illustrent à merveille nos rêves et complètent ce que suggérait le titre déjà dévoilé, « Hvernig Kemst Ég Upp? ». Celui-ci assurait la jonction avec les productions précédentes, noir et malsain, tout en gardant une petite touche naïve. Fait notable, c’est ce titre qui est le plus long du nouveau disque en dépassant la barre des cinq minutes…

Alors, on se l’écoute cet album et, malheureusement, l’émotion doit être guidée et aidée… Là où l’on souhaitait une deuxième révalation, on a une confirmation un peu redondante. L’introductif « Gandreið » est sympathique avec sa grâce coldwave, mais cela n’en fait pas un titre phénoménal. On songe à du Neva pour la façon dont les cris sont produits sur « Nornalagið », un peu en retrait, basse chaloupée et synthé en première ligne sur une mélodie un poil trop dense pour être pleinement sensible. Les superpositions de lignes vocales gâchent un peu l’urgence maladroite qui faisait le charme des premiers titres, quand bien même la douce griffure vocale est encore à l’œuvre.

Là où l’on avait découvert le trio progressivement plus mûres (le super clip en dévoilements et réfractions stroboscopiques de « Glimmer & Aska » causait même une épilepsie sanguine), on a du mal à accepter une simple continuité… « Andvaka » joue totalement son rôle de transition entre deux mondes, ce faisant, il devient un titre d’accès facile et qui ne déçoit pas.

Etonnament, comme nous l’annoncions, plusieurs morceaux sont plutôt courts, comme si on était sur des ébauches, des esquisses, des tentatives timides de dire autre chose, autrement. La rage sourde de « Skuggadans » est à peine mise en place (bons vocaux criés sur nappages synthétique darkwave) que le titre se clot, abruptement. Pas le temps de tomber en transe ni de se mettre à danser pour de vrai. La fin du disque est heureusement plus riche avec le brelan d’As « Andvaka » (voir plus haut), le parfait « Nótt Eftir Nótt » embrumé façon Faith et soutenu par des voix spectrales et murmurées, un titre évident, composé avec Bang Gang (mais si, le groupe de Barði Jóhannsson !) ; la troisième carte étant « Dáið Er Allt Án Drauma », ce final au synthé, mélancolique et lent, aux rythmiques asthmatiques qui hésitent à se lancer. C’est une musique malade, portée par des syllabes plus longuement tenues.

Bien sûr, on sent que cette question du « faire mieux » a été étudiée par les musiciennes, en témoignent les incartades que sont donc « Skuggadans » et « Næturblóm, ». Ce dernier finit par charmer, avec son ambiance doucereuse, sorte de Ladytron nimbé de Disintegration, un peu trop cheap pour rivaliser avec les tenants de la cold la plus emphatique, mais très bon en live (voir sur Youtube). Les claquements de cymbales synthétiques offrent un maintien honorable et la voix susurrante assurant son lot de découvertes.

Il faudra certainement un temps d’adaptation de notre part pour accepter cette stabilisation ombrée à un niveau plus qu’honorable, en lieu et place de l’illumination, de l’épiphanie.

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Tracklisting :
01. Gandreið

02. Nornalagið

03. Hvernig Kemst Ég Upp?

04. Skuggadans

05. Draumadís

06. Næturblóm

07. Andvaka

08. Nótt Eftir Nótt (avec Bang Gang)

09. Dáið Er Allt Án Drauma

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Note : 75%